juin, 2007


29
juin 07

Commémoration de l’esclavage

Le 10 Mai dernier c’était le jour de la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Je n’ai jamais eu confiance en ces mesures politiques d’apparence qui consistent à instituer des jours officiels pour telle ou telle cause.

Quand on me caresse dans le sens du poil, mes poils s’hérissent. C’est plus fort que moi, c’est un vieux reflexe que je tiens de mon ami le corbeau fromager.

Si j’étais une femme, je ferais partie de celles qui crachent sur « la journée de la femme ». Ca part d’une bonne intention et ça devient une carotte empoisonnée et emballée dans un joli papier cadeau avec le ruban de la bonne conscience masculine. Il n’y a rien de plus insultant, que ces mecs qui offrent une rose à leur copine chaque 8 mars[1], si j’étais l’une d’elle, je crois bien que je lui ferais avaler les épines.

Pour l’esclavage c’est pareil, tout le monde s’en félicite, on veut nous faire croire à un rééquilibrage juste qui permet la reconnaissance officielle d’une réalité historique, alors que ce n’est que l’aveu facile et déculpabilisant des atrocités du passé. Une reconnaissance officielle évitant l’auto flagellation nécessaire et minimum requise. Je vois ça comme une illusion de justice en retard. Un coup d’éponge magique et inconscient. Vous savez, le fameux devoir de mémoire qui calme les esprits et qui ne change rien. Mais cette fois c’est encore plus absurde, le devoir de mémoire occulte le présent.

Aujourd’hui 10% de la population mondiale, c’est à dire 550 millions[2] de personnes sont des esclaves modernes. Et ça ne se passe pas que dans le tiers monde. Dans Paris on en trouve plein, des jeunes filles sans papiers vendue par leurs parents à des couples bourgeois ou même modestes, toutes les couches socioprofessionnelles en profitent. Le travail au noir [3] cache parfois d’obscures pratiques esclavagiste.

Les enfants qui travaillent dans les champs, mines, usines, décharges, distilleries, le tourisme sexuel en asie et en Afrique, les délocalisations abusives, toutes ces réalités, on s’y habitue, ce n’est que le résultat logique de notre système économique, le prolongement d’une réalité historique et humaine apparement perpétuelle. Disons que c’est « normal » car de toute façon on s’en fout, c’est trop loin et puis il y a pas marqué Superman non plus, faut pas déconner.

Voila donc ma demande: Cessons de commémorer une abolition datant de 1848 qui n’a jamais été respectée , et commémorons la survivance de l’esclavage, dans la joie et la bonne humeur.

Notes

[1] sans oublier la fête de l’amour mercantile, la Saint valentin

[2] 250 millions d’adultes et 300 millions d’enfants. Selon le BIT et l’OIT, Bureau et organisation internationale du travail

[3] ou du noir, arabe, indien c’est au choix


28
juin 07

Digestions pré-examinales

(Il y a un an déjà… humeurs textualisées en juin 2006 sur mon ancien blog. Parce que chaque mois de juin, j’ai l’impression que le temps a trop vite passé)

Maud et Éric, on vous avait prévenu, avant les exams vous mangez n’importe quoi. Mais grâce à Dieu et à Danone, la solution yaourto-médicale est là. Le yaourt médical c’est comme pour le yaourt anglais: vous utilisez des termes de médecin avec du yaourt dans la bouche afin de donner à votre discours une couleur plus authentique, tout en empêchant le commun des mortel de comprendre et donc éventuellement de vous démasquer (parce que si vous avez bien suivi, vous n’êtes pas médecin).

Oui Maud et Éric mangent mal. Mais en période d’ »exams » c’est normal, chaque minute de révisions (et de sorties aux Planches) compte et le temps disponible pour préparer de vrais repas (boeuf bourguignon, coquilles saint-jacques, choucroute provençale, …) s’amincit à mesure que leur cholestérol s’enflamme. D’autant plus que Maud et Éric vivent seuls (dans un loft de 150 m² avec terrasse en plein Paris) et révisent en même temps.
Du coup Éric a mal au ventre. Non pas que son futur recalage aux partiels l’angoisse (dans la vie Éric est au cours Florent) mais tout simplement qu’il est intestinalement désordonné (c’est là qu’intervient le yaourt dans la bouche): il faut dire qu’à midi, Éric s’est enfilé une demi-pizza de chez Garcia, une barquette de frites, et descendu la moitié d’une bouteille de soda, ce que ne manque pas de lui faire discrètement remarquer sa colloc’. Heureusement Maud, Dieu et Danone ont THE solution: « Prends un Bio de Danone, c’est carrément top bien contre le ventre qui fait du bruit« .

Du coup pourquoi se manger chaque jour les 10 fruits et légumes frais qu’ils ont la santé, de la pub d’avant ? Y’a bien assez de tomate sur la pizza, grâce à Bio de Danone tout va bien dans mon ventre. Bon ok, normalement il faut 15 jours pour que ça commence à faire ses effets (si si, c’est marqué sur la boîte), mais là Éric ça fait 15 seconde qu’il en mange du Bio et il se sent déjà d’attaque pour la dernière part de pizza.

Je suis content qu’une grande entreprise ait enfin décidé de tout miser sur de jeunes étudiants. Pour ce qui est de miser sur de jeunes diplômés, faudrait déjà que Maud et Éric les passent, leurs exams, depuis le temps qu’ils les préparent !

Nota (juin 2007) : On ne voit plus Maud et Éric. Peut-être ont-ils enfin eu leur bac ? Il est vrai que Bio est devenu Activia entre temps, et qu’il a fallut passer à autre chose. Maintenant, Danone donne aussi sa chance au quinqua pré-ANPE (il ne le sait pas encore), fringant malgré sa localisation dans une zone industrielle en déclin. Le quinqua de la publicité aime l’Activia à la mangue. Avec son prochain yaourt, Activia ét(h)iquetable, Danone donnera sa chance au jeune diplômé quinqua producteur de mangue équitable cubaine à écouler.


27
juin 07

Le juste milieu

Trop souvent : Séduction = Rapport de domination

Les règles du jeu sont imposées par « les adversaires-partenaires ».

Il suffit qu’un des deux impose cette maudite règle de domination sentimentale pour être obligé de s’y plier, et de lui rendre la pareille.

Alors amuse toi bien, prend ton pied à défaut de lui prendre la main, décapite cupidon, isole ton coeur jusqu’à le refroidir, puis souffre ou fait souffrir… car apparement il faut choisir.

Ces méthodes froides et mathématiques marchent à merveille. C’est déconcertant, déprimant.

Heureusement que nous ne somme pas tous bardés de bouclier et de flèches empoisonnées. C’est déja assez triste et compliqué comme ça, pas besoin d’en rajouter. Laissons les jouer, car selon eux croire à l’amuuuur et délivrer ses sentiments sans retenue, c’est un signe de faiblesse. Comme s’ils n’y croyaient pas. C’est par défaut et peur qu’ils s’endurcissent, rarement par choix.

where’s the Love?

C’est toi et ta chance! Alors bonne chance!

illustration de Marcoschin raining_men2.JPG men's spa


25
juin 07

Souvenir de gosse, part 2: Premier contact avec la bourgeoisie

Au collège, mon meilleur pote s’appelait Clément-Charles. Il était avec moi à l’école primaire, mais vu que j’étais proche de ceux qui lui frappait violemment l’arrière de son crâne à chaque fois qu’il nous croisait, il avait dû inconsciemment m’identifier comme élément hostile. En 6ème cependant, on avait en commun d’être les deux seuls survivants de notre école primaire (les autres ayant été affecté dans le lycée pailleron, le même qui avait brulé intégralement quelques années avant). Forts de ce point commun, on a commencé à s’apprécier.

C’était l’amitié des découvertes. Découvertes des filles, avant je ne pensais pas à quoi elles pouvaient servir à part à jouer les précieuses, découverte de la musique, puisqu’il m’a fait découvrir les Red Hot, Jimi Hendrix, Rage against the Machine, Nirvana, et tous ces groupes de junkies qui avaient le mérite d’affermir mon oreille musicale et de contraster avec le rap qu’écoutait mon frère H24. Evidemment, je ne savais pas que j’étais en train de me construire une culture musicale plus riche que 90% des « rappeurs ». Dans la série des premières, il y a eu ma première invitation à aller chez un ami (mes potes de primaire vivant dans des squats ou des cités où ils étouffaient a 10 enfants), première invitation à un anniversaire, et puis avant tout, mon premier vrai contact avec la bourgeoisie : la famille de Clément-Charles.

J’ai des souvenirs précis de ce jour là :

  • J’étais extrêmement gêné
  • Je remerciais plus que de raison, comme si le fait de me laisser entrer était un honneur que je ne méritais pas forcément
  • J’étais affreusement mielleux, ce qui contrastait avec la réalité qu’ils voyaient par leur fenêtre depuis des années, à savoir ma nature de racaille.
  • Son père (un bon vieux francais avec une moustache et un bérêt, du genre qu’on voit dans le cortège du FN pour la fete de jeanne d’arc, des fusils dans l’entrée pour chasser, etc…) me regardait de haut avec une méfiance incroyable, une attitude dont je me souviens encore tant elle m’a foudroyée. Il y avait derrière une politesse de facade, une évidente déception à l’égard de cette fréquentation de son fils, et, plus sournoisement, une haine palpable, qui devait remonter à sa propre enfance. Je suis resté ami avec ce type pendant 5 ans, et pendant 5 ans j’aurais eu droit à ce même regard méprisant de la part de son père.
  • Sa mère parlait ouvertement de sexe, ne fermait pas le son à la télé quand il y avait des gros mots, avouait avoir fumé des joints plus jeunes, se pavanait en bikini sur le balcon de leur F4 HLM (c’est à ce moment que j’ai d’ailleurs dit à mon père d’arrêter d’espérer pour notre dossier), bref, représentait tout l’inverse de ma mère et confirmait tout ce que la télé me montrait. Evidemment, en tant qu’ado, ca a été un gros chamboulement intérieur, étant évidemment beaucoup plus convaincu par ce modèle de laisser aller prôné par la télévision que par mon modèle familial, tellement pas drole pour un gosse de 12 ans.

Un jour, il m’a proposé d’aller en week end en Normandie chez ses grand parents. Hônnetement, je n’avais jamais été invité nulle part avant. A deux trois boum tout au plus, où ma timidité m’empêchait de draguer les filles dont j’étais secrètement amoureux. J’ai cependant réussi à avoir deux amourettes de jeunesses, mais les deux avaient un point commun : elles m’avaient sauté dessus. Ca m’a permis d’apprendre ma lecon numéro 1 : jouer les rebelles (ou mieux, en etre un) et avoir de l’humour (j’ai toujours eu une productivité de blagues et vannes assez conséquente) est un cocktail qui attirait les femmes. Invitation solennelle en Normandie, donc. La Normandie, dans mon inconscient de gosse pauvre, c’était un peu New York. Je me rappellerai toujours de ce jour de CE1, bizarrement limpide dans ma mémoire. C’était à la veille des vacances de Pâques. La maîtresse nous demande « Où allez vous partir en vacances cet été ? », et elle de passer en revue les élèves un par un. Le premier intérrogé était un certain Jérome L, pas crésus mais pas comme nous. Sa réponse était simple « Je vais en Normandie ». Le mec à coté de lui était Hakim K, un mec extrêmement pauvre qui avait un sourire bêta inscrit en permanence sur son visage, il répondit bêtement « En Normandie ». Coïncidence ? La tournée continue, avec Youssoufou : « En normandie ». Amine, « En Normandie », Sarah « En Normandie », etc etc… jusqu’à moi. A ce moment, dans ma tête il y a eu ce qui a dû certainement se produire dans celle des 14 élèves avant moi, à savoir « mais moi je suis jamais parti en vacances de ma vie !! pourquoi elle me demande ca la maitresse !! Si je dis la Normandie ca va faire un peu gros donc vaut mieux trouver une autre région mais j’en connais aucune a part nouillorque… mais peut etre que… ‘NORMANDIE’ » ayé c’était sorti de ma bouche, avec le regard du menteur qui sonde le regard de l’autre pour évaluer à quel point son mensonge a été décrypté. La maitresse était amusée mais n’a évidemment pas relevé et expliqué cette flagrante situation de misère sociale et de complexe intégral du colonisé. Il était donc l’heure d’aller en Normandie, de voir ses buildings, ses endroits de fêtes comme on l’imaginait. Après deux heures de voitures, je me suis rendu compte que la normandie, c’est un peu le parc des Buttes Chaumont en plus grand. J’étais blasé. En plus, j’ai vite réalisé que la famille dans la bourgeoisie, c’était pesant et omniprésent (et contrairement à nos familles, c’était pas du tout naturel et ca ne savait pas recevoir). C’est tout plein d’attentions surfaites, tout plein de clichés, et j’ai surtout découvert ce que c’est d’être considéré comme un bon sauvage. « Et ton copain, il mange du porc ? ». Non, évidemment son « copain » est un imbécile inculte qui n’est pas en mesure de répondre oui ou non à une question fermée. Son copain est cet animal méprisable, douce curiosité issu d’une tribu qui créé des ornements dont on décorerait bien nos appartements, mais qui sont forcément inférieurs et méprisables puisqu’on leur a pillé leur pays avec leur consentement. Les décorations de statuettes africaines, les posters Banania, les chapeau de pailles à côté des empalements, ce voyage a creusé un énorme trou à l’intérieur de moi, instantanément. Un trou que les remarques assassines, que les « et ses parents, ils travaillent ? », les « bah ! il boit pas d’alcool ? Ah oui, c’est la religion » ont fait remplir d’acidité… Une acidité qui n’est pas complètement partie, 15 ans après.

Pas complètement partie parce que, même avec ma sagesse d’animal social bien dressé, je n’arrive pas à encaisser tous les coups. Je n’arrive pas à encaisser quand je dis « Merci docteur, j’espère que ca ira mieux la prochaine fois » et qu’on me répond « Inch’allah… c’est comme ca qu’on dit chez vous non ? ».. Je ne peux pas encaisser quand je vois que les regards du père de Clément Charles sont les mêmes regards de tous les directeurs de machin qui travaillent dans mon groupe de communication, les mêmes regards des parents de 80% de mes amis, de 95% des parents de mes copines, les mêmes regards de 85% des gens dans le métro le jour où je veux me sentir bien le week-end avec ma casquette, ma capuche et mon casque de baladeur… Les mêmes regards quand les flics m’arrêtent et me mettent des amendes, le sourire en coin. Le même regard de tous ces blaireaux de bourgeois d’ESC que j’ai supporté pendant trois ans. Le même regard depuis, malgré les emplois que j’ai créés, les activités que j’ai développées, l’argent que j’ai fait rentrer dans les boites qui m’ont embauchées, malgré la reconnaissance unanime par le marché de mes compétences… La puissance de l’apparence, personne ne peut s’en défaire.

La puissance de l’apparence, le jugement sur l’apparence, soit cette capacité à toujours nous faire sentir comme si on était de trop, comme si on était inférieur. Dieu merci, ca ne prend plus sur moi depuis que j’ai conscience de valoir mieux que 98% d’entre eux, mais pour un qui y voit clair, combien se laissent aveugler ? Combien sont maintenus dans une situation d’infériorité qu’ils n’ont pas demandé ? Combien se sentent écrasé ? Ce qui donnera des enfants frustrés et complexés par cette situation figée et immuable en apparence… une situation qu’ils ne penseront donc pas possible de renverser à la régulière, et seront donc tentés de la renverser par la force (après tout une agression n’est jamais « gratuite », c’est toujours un rééquilibrage foireux d’un sentiment d’infériorité). Je le dis car chez moi, la limite est encore fine… presque personne dans mon entourage ne peut s’en douter, vu la « réussite » aux yeux des gens… Mais les cicatrices ne referment pas facilement, et ce n’est pas avec quelques billets de banque qu’on peut effacer une mémoire blessée. Je vis heureux et épanoui, mais chaque rappel de ce rapport de domination inconscient fait rapprocher la douce limite, cette frontière subtile entre la rage à mettre dans le travail et dans la recherche du bonheur, et la rage tout court… En espérant ne jamais flirter avec le rouge plus de quelques minutes, ce qui m’a pour l’instant toujours sauvé.

La puissance de l’apparence. La puissance de l’apparence, ca génère un autre phénomène absolument ignoble chez les enfants d’immigrés : c’est la sucerie dyssimétrique, soit ce mépris d’avance qui précède un lêchage exagéré quand la personne s’est rendue compte de votre position sociale. On en parle la prochaine fois…. « Inch’allah » comme on dit chez moi….


23
juin 07

Quelques chiffres et des lettres (et puis encore des lettres)

Si vous cherchez un stage à la mairie de Paris, voici l’adresse à laquelle vous devez envoyer votre candidature:

Mairie de Paris
Direction du Développement Economique et de l’Emploi
Bureau des Contrats Aidés, de l’Alternance et des Stages
Service de l’Accueil des Stagiaires Extérieurs
32, bd Henri IV
75004 PARIS

Ouf! Il va sans dire que toute personne qui aura inscrit avec exactitude l’adresse sur l’enveloppe, en arrivant à faire tenir chaque nom de service sur une seule ligne, se verra automatiquement proposer un CDI.

Veuillez agréer l’expression de mes bla bla bla


22
juin 07

Temps nécessaire à l’évaluation du changement

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Combien de temps nécessite un changement?

Comment mesurer les effets d’une réforme si l’adversaire politique ne fait que détruire ce choix et si le peuple est impatient ?

Alors que le long terme est de rigueur, tout le monde demande des résultats rapidement, trés rapidement, chaque nouveau gouvernement remet des couches, avorte, efface et recommence. Les lois se superposent, les réformes se contredisent et l’évolution sociétale avance d’un pas, recule de deux, avance de trois pas , recule d’un…


20
juin 07

On court tous après les bus !

On préférerait sûrement marcher mais au final on court tous après le bus. Peu importe sa destination, on ne la connaît pas et l’on sait à peine d’où il vient. C’est juste que dans ce bus il y a tout ce dont on pense avoir besoin et qui nous tire vers l’avant. Ce besoin d’être à l’heure, de faire bonne figure, de tout faire dans les temps parce que les autres le font eux aussi ou, pire, nous demandent de le faire.
Bien sûr je métaphorise: être à l’heure dans une relation sociale, c’est l’anti-égoïsme, c’est penser à l’autre qui attend [1]. Mais dans une vie ? Pourquoi ai-je l’impression qu’on me demande régulièrement de courir après les bus comme si les panneaux d’affichage allaient bientôt claironner « service terminé » ?

Faire des études vite. Trouver un boulot vite. Postuler à mon premier job avec déjà en poche le pack « diplôme + expérience pro + année à l’étranger« . Quitter le cocon familial avant 25 ans pour ne pas se faire traiter de « Tanguy« . Avoir moins de 27 ans et se fiancer, se marier, faire des enfants et leur demander de se dépêcher à leur tour. On se dépêche parce que dans l’abribus tout le monde pousse pour passer devant. On se dépêche parce qu’on sait tous que dans le bus, il n’y aura pas de place pour tout le monde.

Le bus passe devant moi, l’arrêt est loin et je ne cours pas. J’arriverai en retard aujourd’hui et je laisserai les autres prendre ma place. Je finirai mes études hier, je trouverai un boulot plus tard, j’irai à l’étranger demain et quitterai Maman à 40 printemps, célibataire et sans enfants.

Vraiment ? Moi qui n’ai même pas la force de lancer un pavé dans l’abribus…

BusRun.jpg

« Donc de plus en plus je rate mes bus
Mais pas ma vie quand je donne mon avis« 
(Fabe in IAM feat. Fabe & East, « L’enfer », L’école du micro d’argent)

Notes

[1] Note pour moi-même: penser à être à l’heure.


18
juin 07

La rupture

rupture

Casser une relation c’est dur. Casser sans blesser c’est impossible. Il existe plusieurs méthode pour casser, choisissez la bonne!

L’adultère

Méthode assez efficace dans son genre mais destructrice pour le partenaire. Si possible, on pratiquera l’adultère dans le lit conjugal avec le meilleur pote (la meilleure copine) ou un des parents proches, et ce, à l’heure de la sortie du boulot. L’effet est puissant et le résultat garanti. Il faut cependant s’assurer qu’il n’y a pas d’objet contendant ou d’armes blanches susceptibles d’inciter le (la) cocu au chantage par la tentative de suicide ou par la menace du meurtre passionnel. On n’est jamais trop prudent. Charcuterie au canifle, sequestration et double viol, torture sentimentale, défilé nudiste dans la rue[1], nombreuses sont les vengeances imaginables. Si vous optez pour ce genre de méthodes alors je vous souhaite de tout mon cœur de ne jamais pouvoir vous regarder dans la glace. Pourquoi ? Car votre personne transpire et suinte la pourriture humaine, la saloperie vomitive et sordide du besoin d’orgasme pathologique, l’irrespect des sentiments d’une personne chère, et la déviance sexuelle la plus dépravée. On ne joue pas avec les sentiments gratuitement, vous voilà avertis, et encore je suis gentil. Oui à la tromperie dans certains cas, non à la tromperie pour obtenir la rupture!

Le changement d’orientation sexuelle

Superbe stratégie que de se découvrir un beau matin homo quand on est hétéro, et inversement. Dans ce cas précis, il faut maitriser l’art du mensonge, et trouver des parades contre les arguments du type bisexualité, passage à vide, ou demande de preuve tangible etc. Attention aux retombées sur l’estime de l’autre, il risque de se remettre sérieusement en question après cet aveu fulgurant et pour le moins déstabilisant. Un des inconvénients de cette méthode c’est que le partenaire va surement demander à voir si c’est bien vrai (il va falloir assumer), de plus il ne faudra pas le recroiser dans la rue en plein rendez vous amoureux car cela pourrait s’avérer sanglant pour vous et pour votre nouvelle cible. On peut donc conclure que cette méthode doit être pratiquée uniquement par les misérables et minables lâches qui sont sûr de couper complètement les ponts avec leur ex.

La disparition

Méthode radicale et efficace, la disparition est une des plus cruelles. « Chérie, bouge pas, je vais chercher des clopes ». Je connais des mères qui se demandent encore dans quel bureau de tabac australien il est parti chercher ses clopes le salopard. Cette méthode est déjà assez méchante pour un coup d’un soir, mais alors dans le cas d’une longue relation avec progéniture grandissante, permettez moi l’expression mais il faut vraiment être une ignoble crapule dégoulinante de vice et boursouflée d’égoïsme glacial. C’est une méthode trés masculine, euh pardon je voulais dire trés lâche…

Le comportement exécrable

C’est une pratique courante chez les hommes et chez les femmes. Elle consiste à pourrir la relation jusqu’à ce que l’autre cède. Dans le meilleur des cas, l’autre rompt et vous pouvez même le faire passer pour un(e) salop(e) et jouer le rôle de la victime traumatisée. Si par malchance ou par manque de perséverance votre partenaire ne veut pas rompre, vous pouvez en dernier recours trouver des fausses excuses déculpabilisantes encore plus blessantes que la vérité crue. On imaginera des reproches personnels, voire physiques. Il suffit parfois de bien creuser pour pouvoir déterrer des vieux dossiers conjugaux douloureux. On pourra par exemple faire constamment la gueule, s’énerver et faire peur, déclencher des disputes intergalactiques pour une petite cuillère mal disposée, bref laissez votre imagination s’exprimer, il existe de nombreuses manière de faire craquer l’autre, soyez imaginatif! En tous les cas le comportement exécrable est une méthode très répandue, aller savoir pourquoi… Surement car nous ne savons pas assumer des sentiments trop lourds à porter en regardant la victime dans yeux.

Et l’homme inventa l’intermédiaire de rupture!

Pour tous les adeptes de toutes ces méthodes lâches et détestables, sachez qu’il est aujourd’hui possible d’être encore plus lâche que le plus couard des traitres. « SOS Rupture » est une entreprise fondée par un berlinois dont l’activité consiste à annoncer à votre partenaire qu’il vient officiellement de se faire larguer. A titre de précaution, ses futurs clients sont priés de remplir un questionnaire pour déceler d’hypothétiques tendances à la violence chez leurs futurs ex-partenaires. Il est même possible de demander à l’entreprise de récupérer ses affaires personnelles chez le conjoint.

Et voila ! L’homme à réussit à faire de l’argent sur la lâcheté humaine, c’est un grand pas pour l’humanité. Je n’y ai pas cru, mais rassurez-vous, ce business est fiable et très lucratif.

Vous connaissez maintenant les grandes méthodes de rupture avec l’être aimé, faites en bon usage bande de batârds.

Cependant, sachez qu’il reste une méthode efficace, destinée aux vrais, aux courageux, aux humains respectueux et dignes, j’ai nommé LA VERITE. L’aveu est certes douloureux, voire ultra-délicat, mais libérateur. Quand le couple devient une prison, un constant travail forcé de concessions et le partenaire un boulet au pied, quand l’amour n’est plus qu’un résidu de pitié et d’affection, il faut se séparer avec honnêteté et franchise. Il suffit de dire la phrase magique avec conviction « je ne t’aime plus » et d’argumenter pour justifier que la rupture sera bénéfique pour les deux, car de toute façon l’amour n’est déjà plus là.

Le reste c’est de la souffrance incompressible et inhérente à l’amour. Une souffrance inévitable pour l’un, et pour l’autre le regret lourd à porter d’être obligé de faire souffrir un être cher sans le vouloir.

Lashoz

Notes

[1] main dans la main avec l’amant(e)en tenant une pancarte « je suis une merde gluante, je trompe ma femme/mon homme avec ce bouffon/bouffonne »


14
juin 07

Pourquoi les RH sont des femmes ?

Vous vous rappelez de la réduction psychologiste ? Si, si, dans cet article. Voici pour moi, l’exemple même de la réduction psychologiste qui amène le système capitaliste à se servir de la femme pour le boulot de merde, avec son plus grand consentement. (et le soulagement des hommes)

Qui sont les RH ?

RH, ca veut dire ressources humaines. Pour quiconque a déjà travaillé dans sa vie, le premier réflexe lorsqu’on arrive dans une nouvelle entreprise, c’est de savoir qui et où sont les RH. Car on n’est dupe que la première fois. Les RH, c’est le service qui se fait passer pour ton ami mais qui t’arnaque à la première occasion.

Lors de ton embauche, c’est elles qui mettront la pression à la baisse sur ton salaire, en usant de chantage à la non-embaûche à mesure que tu seras vraiment en galère (d’où la déconcertante facilité des entretiens quand on a déja un poste). Une fois embauché, c’est elles qui surveilleront tes congés, la validité de ton coupon de carte orange (attention, tu pourrais leur carotte 5,20 euros.. Quand tu es payé 25K en dessous du prix du marché), c’est elles qui te feront croire qu’elles t’accordent des formations, qu’elles t’accordent un droit à la recherche d’un logement, et que c’est une chance, alors qu’il s’agit uniquement de dispositions légales obligatoires figurant dans le code du travail, et qu’au contraire c’est un scandale que l’entreprise ait violé la loi pendant 3 ans. C’est également les RH qui se chargent d’épier ta productivité, ton comportement, et qui décideront in fine si tu as droit ou pas à une augmentation cette année ou pas, même si tu t’es saigné et que les résultats sont là. Enfin, c’est évidemment elles qui te remettront ta lettre de licenciement le jour J.

Car les RH, contrairement à ce qu’on croit la première fois qu’on les voit, c’est un service du coté du patronat, et en aucun cas des salariés. Elles reportent directement au directeur général, et parlent du personnel avec tout un tas d’indicateurs financiers genre productivité par tête, productivité horaire, headcount, masse salariale… ce qui, avouons-le, est un langage bien obscur pour parler d’êtres humains.

La génèse de sa vocation

Je l’ai vu devant moi. Elle s’appelait Caroline. C’était l’année ou je n’avais tellement plus rien à foutre en école de commerce que je m’étais perdu en filière RH. On était tous en alternance (la filière des pauvres ou des acharnés du travail, voire les deux). Elle était assistante DRH dans une entreprise de maïs vers Lyon. Elle aimait son métier. Une boite purement industrielle, des employés très modestes et très mal payés. Elle me disait que ce qu’elle aimait, c’est le coté humain, le côté social. Elle avait l’impression de faire quelque chose pour les gens. Je l’aimais bien. Elle avait un cul très musclé, des seins en forme de pommes. Elle m’aimait beaucoup et faisait toujours ma partie pour les travaux de groupes. Un jour elle s’est lâchée, et m’a raconté une anecdote arrivée la semaine d’avant. Elle a reçu un budget de 100 euros de son patron. Objectif, inviter 10 personnes au restaurant… Faites vos calculs…. Bingo, c’était direction le MacDonalds (de Bron je crois, à coté d’Ikéa). Alors les gens mangent, se détendent, tout contents que la nouvelle des RH les invite à manger. Puis, avec l’argent restant, ils passent à un bar, où ils commandent du pinard. La, les instructions étaient claires : « ne buvez pas, laissez ces pochtrons se bourrer la gueule, surtout Dubreuil, et attendez, ils vont commencer à balancer, et là, essayez de vous rappeler de chaque phrase ». Chose qu’elle a faite, consciente « que c’est pas bien », mais sans le moindre regret.

Une fois en poste

Une Stéphanie maintenant. Cette fois-ci elle est blonde, un peu grosse, et de très jolis yeux bleus. En langage de drague, c’est une LSE$$low self-esteem$ extravertie, ce qui veut dire qu’elle donne une impression très ouverte, sympathique voire enjouée et limite hystérique (elle théâtralise les ¾ de ses actes) mais qu’elle a subit un traumatisme grave qui la déstructure en fait profondément dans ses rapports avec les hommes, et qu’elle est un problème à elle seule, donc plein de solitude et de tristesse quand on creuse, mais une vulnérabilité qu’elle utilise à des fins de manipulation exclusivement. Bref, qu’elle est « in-gamable », au risque d’y laisser des plumes. Trêve de digression (je ferai un texte sur ce genre de filles), nous étions dans le train, en route pour un salon, auquel elle m’a certainement amené avec le vague espoir que je tente de la séduire, pour avoir l’impression d’avoir cette emprise qui lui donne ce sentiment d’existance. Chose que je n’ai évidemment pas fait. Mais c’était l’occasion pour moi de prendre des infos. Ainsi, quand je lui demande ce qu’elle aime dans ce métier (en préparant soigneusement le jour ou j’écrirai ces lignes) là encore la réponse est éloquente « j’aime le coté relationnel, tu es près des gens, de leurs besoins, tu es près des managers, tu vois différentes sensibilités, etc… ». Alors je lui demande « et si on te demande de licencier quelqu’un, tu le ferais? », et elle : « bah oui, sans hésitation, c’est mon métier ».

Il y avait aussi Pétra, la suédoise. Qui est venue de Stockholm pour faire son numéro d’actrice à chaque employé, en meeting one-to-one avec chacun d’entre eux, même les stagiaires. Sa technique était toujours la même: laisser l’employé parler librement, de sa vie pro mais surtout de son ressenti personnel, de sa vie personnelle, pour l’amener progressivement vers ses failles. Là, elle tapait son numéro de charme et de chien battu (sur les mecs ou les femmes, les deux marchent), elle faisait semblant de raconter ses problèmes, les larmes aux yeux (une fois c’est crédible mais 25 ca l’est moins), avant de demander: « et sinon, Jean-Pierre, il est comment dans le travail? » ou « Lolita, elle est peu distraite non? » etc… Bref, de l’extorsion d’information par les sentiments..

Ce qui m’amène à penser :

Les femmes ont de plus grandes chances de réussir dans un métier comme la RH, car leur réduction psychologiste tend à leur faire exagérer l’importance des implications sentimentales et « humaines », et à leur faire minimiser les considérations socio-économiques. Consciente de recevoir les ordres du patron (donc d’un individu qui, les 9/10 du temps, est fort d’une formation financière, et pas d’une formation d’assitante social ou de psychologue), elle minimise les impacts des impératifs économiques sur son travail, en refusant de voir l’évidence, donc en refusant de voir qu’elle n’est qu’une petite main à bas prix pour executer le sale boulot du capitalisme.

Les réseaux de racailles (les vrais, ceux dont Sheryo disait « je sais qu’les vrais cailleras n’ont pas l’temps d’péra ») disposent de « nettoyeurs ». C’est les mecs qui vont faire le sale boulot, séquestrer, tabasser, voire plus. Les animaux ont les charognards. Le capitalisme a aussi ses nettoyeurs, ses charognards. Et ces salariés qui executent cette basse besogne sont forcément partie de ces salariés qui, sous couvert d’humanité se laissent à faire les pires ignominies. C’est le cœur même de l’utilisation des femmes par le capitalisme[1]. C’est une des raisons du développement du travail des femmes (et de son appui dans les medias), et de l’immense chance que cela a représenté pour le Capital, alors même que les féministes des medias bernaient tout le monde en parlant de « libération sexuelle ». Une libération du mari pour trouver l’esclavage au patron, qui a servi avant tout à concurrencer les hommes et donc faire une pression GLOBALE des salaires à la baisse. Des entreprises qui ont donc gardé un effectif constant tout en réduisant leurs coûts, dispensées d’embaûcher grâce à la productivité gagnée grâce à ces nouvelles salariées, déterminées, engagées et motivées… bref, une belle opération financière.

Le Parasite

Notes

[1] et de leur fibre émotive, de leur sensibilité à vouloir résoudre des problèmes du monde


14
juin 07

Non-sens humain

vaaache

Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie:

« Prenez l’exemple d’une vache en Europe : elle est subventionnée en moyenne à hauteur de 2 dollars par jour. La Banque Mondiale définit la pauvreté comme étant le fait de vivre avec moins de 2 dollars par jour. 40% de la population mondiale vit avec moins de 2 dollars par jour. Il vaut donc mieux être une vache européenne qu’une personne, dans la moyenne, vivant dans un pays en développement »

Ca laisse rêveur!