
Plus tôt dans la journée :
Réveil sucré et sexué, session skate, 30 minutes de queue à la caf pour obtenir le nouveau numéro surtaxé de la caf, une raclée au Pes 4, quelques divagations existentielles, freestyles et délire musical sur radio campus Rouen, échange de vinyles fructueux, petits larcins au Bricorama, pâtes à la sauce tomate-gruyère, petit pont massacreur, gribouillage de rimes embrassées sur un ticket de bus, lecture du dernier volume de One Piece devant un diabolo menthe en terrasse… la vie est belle.
Il est 18h00, je rejoins Fruty Franky place du Vieux Marché. Deux trois « Yeah Yaa! », puis place au récit habituel des anecdotes de la journée, on se balance quelques vannes, et on se tape quelques barres abdominales. Direction l’épicier du coin pour l’achat du pack de bière réglementaire, sans oublier la bouteille de martini pour Louna. Louna est toute en beauté ce soir, elle est fraîche, buena, ravissante, charmante, séduisante, bref, je fonds comme un glaçon quand elle m’embrasse et je me fais violence pour ne pas croquer le grain de beauté qui se balade au-dessus de ses lèvres. Autour de nous les regards des passants se liquéfient sur elle. Elle a le printemps dans les yeux, de la folie douce dans le sourire, elle dégage nonchalamment dans l’air chaud l’odeur du bonheur. On flâne de la place du vieux marché au théâtre des arts. Notre trio fait des zigzag d’escargot, des virages serpentins, nos savates suivent le rythme lent et paisible de l’humeur. On ne marche pas : ON PLANE. Notre peau absorbe les derniers rayons de soleil, et on respire chaque particule de vie qui flotte dans la ville. Le sourire scotché, on savoure le début de l’été.
Après un « pile ou face » arnaqueur, puis un « pierre-feuille-ciseaux » vengeur, on file direction place St Marc car « askiparait » y a un super festival avec des concerts qui défoncent tout…askiparait.
On connait Rouen, on se fait pas trop d’illusion.
On y va quand même joyeusement en espérant entendre du rock de qualité, ou de la chanson française sympathique, inutile d’espérer du rap, de la funk, ou de l’électro, en croisant bien les doigts on aura peu être une chance de voir de la musique Tsigane.
Déception. La musique du concert ressemble vaguement à du rock pseudo alternatif-variet-évolutif-subversif mais surtout vomitif. On finit les bières sur un banc en face d’une benne à ordure au fond de la place St Marre, et on se dit finalement qu’on va quand même tâter l’ambiance, histoire de… faire autre chose que de gâcher de la fonce-dé.
La place est blindé de jeunes normands alcoolisés « à la roots » avec djembé et boubou africain désaccordés, on y trouve aussi des familles sur leur 31 (voir même 51) pour la sortie du week-end, deux-trois groupes de cailleras venus draguer le vent rouennais, et une bande de vagabond-schlags tatoués et percés, accompagnés de leur vieux chiens qui puent mais qui ma foi, sont parfois plus sympathiques que la plupart des humains ici présents.
Pendant notre ascension vers le centre de la scène, on s’enfonce dans une ambiance qui oscille entre la mort et le coma. Bizarrement, plus on pénétrait cette masse de zombies sous somnifères, plus on entendait des cris de public en folie. Pourtant personne ne criait, et quand je dis « personne », je pèse mes mots. Je décide donc de me rapprocher en espérant trouver devant la scène un groupe de fanfarons qui expliquerait cette ambiance euphorique. Tout ce que je trouve c’est toujours ce public passif, qui balance son corps tout doucement en affichant un sourire d’imbécile satisfait par le goût de la merde.
Je me rapproche de la scène, et là, mes oreilles n’en croient pas leurs yeux. Je fixe les enceintes et constate écœuré que c’est un public enregistré, un public de folie, mais factice, comme les faux rires dans les séries télévisées pas marrantes. Le chanteur du groupe se croit au Madison Square Garden ou à Woodstock, il est complètement déchainé, c’est le concert de sa vie, et franchement, il fait vraiment pitié. L’ambiance paraît délirante, mais juste sur la bande audio ou à la limite sur son visage. Le public à l’air d’apprécier mais reste sage comme une limace image.
Je baignais donc dans une superbe arnaque apparemment kiffante, personne n’avait l’air de trouver ça scandaleux, pire que ça, personne n’a rien remarqué.
Je profite de ce blog pour demander solennellement le bon vieux châtiment de la guillotine mal aiguisée ou de l’écartèlement moyenâgeux pour ce genre de guignols qui insultent et pissent sur l’art du live.
En ce qui concerne les autres, chanteurs, rappeurs, variéteurs qui font du play back sur scène, à la télé, ou pendant la cérémonie des Défaites de la Musique, j’exige qu’on rétablisse immédiatement le lynchage à coup de caillasses sur la place publique et les 100 coups de bâtons cloutés (avec des clous rouillés, cela va de soi, on ne détruit pas des squelettes sans casser des pieux).
Fatigué par ces moutons, écœuré par ce chanteur-bourricot et sa technique de fouine, on s’est enfui plus vite que le guépard vers un bar qui servait des girafes de bière, afin d’apercevoir des éléphants roses dans les rues. On a finit dans un état pitoyable à 4 heures du matin dans la boite la plus pourrie de Rouen à rigoler comme des débiles pour n’importe quoi. « Le Bidule » c’est la boîte où tu ne peux pas te faire recaler, où il faut minimum 4 grammes dans le sang pour vouloir y rentrer, où le vigile est moins costaud que mon auriculaire, où le dj c’est le barman, où la musique varie entre techno d’Ibiza des années 80, Dalida, Britney Spears, Telephone, et Ace of Base[1], où des gens de trente ans et plus se galochent comme dans les booms du collège, bref la boîte où on finit nos soirées quand la ville ne veut plus de nous et que c’est réciproque.
Personne ne peut nous empêcher de kiffer. La vie est belle.
Lashoz