juillet, 2007


30
juil 07

L’amour du sillon

La musique a rythmé ma vie. Quand j’ai mal au cœur, j’ai mal au mic. Je m’enivre sans alcool dans un océan de jazz, et quand j’ai le blues, c’est du rock que je croque. Bercé à Brassens, et fasciné par le personnage, chaque passage à Sètes est devenu un pèlerinage. Je deviens un ascète[1] du vinyl à chaque fois que je me trouve dans un garage. J’y déniche un Brel, un Arsonists ou un Pete Rock, entre deux J5, Minnie Ripperton ou Nina Simone. Le son me porte, me berce, me transporte et n’a de cesse de me ressusciter quand viennent les jours de détresse. Et quand ceux-ci s’annoncent, telle une onde immonde, je dénonce la violence du monde d’un détournement de son. Et c’est à fond la caisse… claire et le caisson au top, que je vadrouille vitres baissées, bercé par un morceau de pop… Et pour plaire, être populaire et voir la couleur du string ficelle d’une jolie demoiselle, je fredonne du Neil Young, sauf si elle dit que c’est naze, alors je lui rappe un Nas, un Del, sauf si je suis las… d’elle… Son string était pastel, j’allume ma télé pour voir le karaoké, mon ex était chanteuse… y passe t-elle ? Mais à terme je sais que tout devient poussière, sauf le sillon, Lashoz m’a appris que c’est grâce à lui que nous brillons, nous crions, nous vivons ce son sensass éloge des sens sans cesse… et les mots…. sensuelles caresses dont je ne me lasse… et grâce auxquels je mets un terme aux maux et aux dégueulasses démons de mon égo…

le parasite

Notes

[1] à multiples facettes quand je pique une nouvelle cassette


23
juil 07

L’art du live

live

Plus tôt dans la journée :

Réveil sucré et sexué, session skate, 30 minutes de queue à la caf pour obtenir le nouveau numéro surtaxé de la caf, une raclée au Pes 4, quelques divagations existentielles, freestyles et délire musical sur radio campus Rouen, échange de vinyles fructueux, petits larcins au Bricorama, pâtes à la sauce tomate-gruyère, petit pont massacreur, gribouillage de rimes embrassées sur un ticket de bus, lecture du dernier volume de One Piece devant un diabolo menthe en terrasse… la vie est belle.

Il est 18h00, je rejoins Fruty Franky place du Vieux Marché. Deux trois « Yeah Yaa! », puis place au récit habituel des anecdotes de la journée, on se balance quelques vannes, et on se tape quelques barres abdominales. Direction l’épicier du coin pour l’achat du pack de bière réglementaire, sans oublier la bouteille de martini pour Louna. Louna est toute en beauté ce soir, elle est fraîche, buena, ravissante, charmante, séduisante, bref, je fonds comme un glaçon quand elle m’embrasse et je me fais violence pour ne pas croquer le grain de beauté qui se balade au-dessus de ses lèvres. Autour de nous les regards des passants se liquéfient sur elle. Elle a le printemps dans les yeux, de la folie douce dans le sourire, elle dégage nonchalamment dans l’air chaud l’odeur du bonheur. On flâne de la place du vieux marché au théâtre des arts. Notre trio fait des zigzag d’escargot, des virages serpentins, nos savates suivent le rythme lent et paisible de l’humeur. On ne marche pas : ON PLANE. Notre peau absorbe les derniers rayons de soleil, et on respire chaque particule de vie qui flotte dans la ville. Le sourire scotché, on savoure le début de l’été.

Après un « pile ou face » arnaqueur, puis un « pierre-feuille-ciseaux » vengeur, on file direction place St Marc car « askiparait » y a un super festival avec des concerts qui défoncent tout…askiparait.

On connait Rouen, on se fait pas trop d’illusion.

On y va quand même joyeusement en espérant entendre du rock de qualité, ou de la chanson française sympathique, inutile d’espérer du rap, de la funk, ou de l’électro, en croisant bien les doigts on aura peu être une chance de voir de la musique Tsigane.

Déception. La musique du concert ressemble vaguement à du rock pseudo alternatif-variet-évolutif-subversif mais surtout vomitif. On finit les bières sur un banc en face d’une benne à ordure au fond de la place St Marre, et on se dit finalement qu’on va quand même tâter l’ambiance, histoire de… faire autre chose que de gâcher de la fonce-dé.

La place est blindé de jeunes normands alcoolisés « à la roots » avec djembé et boubou africain désaccordés, on y trouve aussi des familles sur leur 31 (voir même 51) pour la sortie du week-end, deux-trois groupes de cailleras venus draguer le vent rouennais, et une bande de vagabond-schlags tatoués et percés, accompagnés de leur vieux chiens qui puent mais qui ma foi, sont parfois plus sympathiques que la plupart des humains ici présents.

Pendant notre ascension vers le centre de la scène, on s’enfonce dans une ambiance qui oscille entre la mort et le coma. Bizarrement, plus on pénétrait cette masse de zombies sous somnifères, plus on entendait des cris de public en folie. Pourtant personne ne criait, et quand je dis « personne », je pèse mes mots. Je décide donc de me rapprocher en espérant trouver devant la scène un groupe de fanfarons qui expliquerait cette ambiance euphorique. Tout ce que je trouve c’est toujours ce public passif, qui balance son corps tout doucement en affichant un sourire d’imbécile satisfait par le goût de la merde.

Je me rapproche de la scène, et là, mes oreilles n’en croient pas leurs yeux. Je fixe les enceintes et constate écœuré que c’est un public enregistré, un public de folie, mais factice, comme les faux rires dans les séries télévisées pas marrantes. Le chanteur du groupe se croit au Madison Square Garden ou à Woodstock, il est complètement déchainé, c’est le concert de sa vie, et franchement, il fait vraiment pitié. L’ambiance paraît délirante, mais juste sur la bande audio ou à la limite sur son visage. Le public à l’air d’apprécier mais reste sage comme une limace image.

Je baignais donc dans une superbe arnaque apparemment kiffante, personne n’avait l’air de trouver ça scandaleux, pire que ça, personne n’a rien remarqué.

Je profite de ce blog pour demander solennellement le bon vieux châtiment de la guillotine mal aiguisée ou de l’écartèlement moyenâgeux pour ce genre de guignols qui insultent et pissent sur l’art du live.

En ce qui concerne les autres, chanteurs, rappeurs, variéteurs qui font du play back sur scène, à la télé, ou pendant la cérémonie des Défaites de la Musique, j’exige qu’on rétablisse immédiatement le lynchage à coup de caillasses sur la place publique et les 100 coups de bâtons cloutés (avec des clous rouillés, cela va de soi, on ne détruit pas des squelettes sans casser des pieux).

Fatigué par ces moutons, écœuré par ce chanteur-bourricot et sa technique de fouine, on s’est enfui plus vite que le guépard vers un bar qui servait des girafes de bière, afin d’apercevoir des éléphants roses dans les rues. On a finit dans un état pitoyable à 4 heures du matin dans la boite la plus pourrie de Rouen à rigoler comme des débiles pour n’importe quoi. « Le Bidule » c’est la boîte où tu ne peux pas te faire recaler, où il faut minimum 4 grammes dans le sang pour vouloir y rentrer, où le vigile est moins costaud que mon auriculaire, où le dj c’est le barman, où la musique varie entre techno d’Ibiza des années 80, Dalida, Britney Spears, Telephone, et Ace of Base[1], où des gens de trente ans et plus se galochent comme dans les booms du collège, bref la boîte où on finit nos soirées quand la ville ne veut plus de nous et que c’est réciproque.

Personne ne peut nous empêcher de kiffer. La vie est belle.

Lashoz

Notes

[1] et souvent on a droit a la compile « Hit machine volume 18 », un superbe cru des années 90 à savourer avec déléctation: « i like to move it move it! »


18
juil 07

Save the cheerleader, save New-York

New York ain't the world, baby.

Bel exemple de mégalomanie américaine, la série Heroes est basée sur la fameuse phrase « Save the cheerleader, save the world » (sauve la pom-pom girl, sauve le monde). Or, il est simplement question d’empêcher un méchant doté de super pouvoirs (Gabriel Sylar) de faire exploser un gentil (Peter Petrelli) dôté d’un pouvoir dangereux (générer de l’énergie nucléaire, donc se transformer en bombe atomique s’il en perd le contrôle). La scène se passant à New York, il s’agit donc de sauver New York. Quand Nagasaki a pété sous une bombe de l’oncle Sam, les américains dormaient tranquille. Je doute fort que les asiatiques (et le reste du monde) en aient quelque chose à foutre que New York explose, en tout cas surement pas au risque d’être en péril. C’est par des amalgames sournois glissés habilement dans des séries mainstream que la manipulation se fait, doucement mais sûrement…


16
juil 07

Velib’, ou l’escroquerie écologique

Velib L’écologie, c’est un truc dont les politiciens se foutent complètement, mais très pratique pour faire passer des mesures perverses.

Cette idée se confirme un peu plus depuis que les candidats à la Présidentielle ont axé le débat sur l’écologie, à défaut d’avoir les idées suffisamment étoffées pour pouvoir l’axer sur les vrais problèmes. Le dernier truc en date, c’est les travaux un peu partout dans Paris pour installer les fameuses bornes « Vélib », les vélos libre-service pour les parisiens[1]. Ce truc est une escroquerie à différents niveaux.

Déjà, Vélib, c’est l’occasion pour Delanoë de flamber en une de tous les magazines en désespérance éditoriale, alors que concrètement, sa gestion de l’attribution du contrat est loin de valoir des éloges. C’est JC Decaux qui construit les emplacements et fournit les vélos, entreprise choisie au terme d’un pseudo appel d’offres. En échange, le publicitaire se voit rétribuer du prix des abonnements[2]. En apparence, ce n’est que justice. Seulement, JC Decaux n’a rien installé gratuitement. La condition a été l’attribution du marché publicitaire de la ville de Paris à JC Decaux, en échange de ces -coûteuses- installations (concessions qui dure une vingtaine d’années et qui menaçait de passer dans les mains du concurrent ClearChannel). Un marché de plusieurs milliards d’euros, puisque l’intégralité des recettes publicitaires présentes sur les abribus et autres supports arrivent dans les caisses de JC Decaux. Je n’ai pas vu de document là dessus, mais il y a fort à penser qu’un encart publicitaire sera placé à terme soit sur le cadran des vélos, soit sur les stations d’accueil. Un tel support mobile et multiple est un régal pour un annonceur. (Surtout sur ceux qui voudront se positionner sur du très à la mode « écologiquement correct »). Parce que les milliards d’agressions visuelles et sonores que l’on subit chaque jour ne semble pas être assez.

Quel est donc l’intérêt de la Mairie de Paris à vouer tant d’énergie à introduire les vélos à Paris? L’assainissement de l’environnement ? N’importe quelle personne qui conduit dans Paris sait pertinemment deux choses : 1/ aucun automobiliste ne peut laisser sa voiture pour un vélo (donc les cyclistes ne sont que des piétons reconvertis, d’où une absence totale d’économie de pollution), 2/ que les pistes cyclables ont considérablement rétréci la chaussée, d’où des embouteillages énormes qui n’existaient pas il y a quelques années, qui créent incontestablement des pics de pollution dans Paris. Il suffit pour cela de comparer la circulation rue de Magenta entre République et Gare du Nord avant la piste cyclable, et après.

L’intérêt de Delanoë et comparses est double.

  • Les pistes cyclables sont un véritable fiasco dont même les écolos critiquent le déploiement outrancier. Il était donc indispensable de les crédibiliser un peu en augmentant artificiellement leur fréquentation.
  • La construction des pistes cyclables, de même que la généralisation des places de stationnement payantes a toujours eu pour but de décourager les automobilistes. Mais pas n’importe lesquels : ceux qui ne peuvent se payer un box ou un parking privé, ceux qui sont obligés de transporter des éléments lourds pour aller travailler (donc les travailleurs manuels, les artisans, etc.…), et plus généralement, ceux qui ne peuvent se payer le luxe d’habiter près de leur travail. Le but de la mairie est donc de continuer le nettoyage de la ville, le déplacement massif des pauvres vers les banlieues pour libérer les appartement pour les riches, ce qui rend une balade à Paris aussi chiante, entre bourgeois méprisant à la terrasse de leur bar « lounge » et touristes moutonniers qui se ruent sur des casquettes « Paris » made in China à 20 euros (bien que produite pour 0,2 cents).

J’ai tort ? Regardez donc qui se balade à vélo à Paris… Le même public qui va voir les soirées Slam à Bastille (et qui achète l’album de grand corps malade), les mêmes que dans les manifs pour la régularisation des sans-papiers. Les bobos. Je n’ai jamais vu de caillera en vélo dans Paris en dehors des mini-rodéos sur les vélos de la Poste volés pendant la tournée du facteur. Je n’ai jamais vu un ouvrier du bâtiment sur un vélo, ni un Malien du foyer. Etudiants en sociologie, vous qui vous ennuyez, allez donc faire un sondage en Septembre près des bornes Vélib, ça intéresserait du monde, et ca vous changera d’un énième éloge de Pierre Bourdieu. Parce qu’il est bon de rappeler que ces bornes actuellement en construction sont systématiquement installées sur des places de stationnement payantes. Déjà qu’il faut environ 40 mn pour trouver une place dans n’importe quel coin de Paris et que l’engorgement est connu et calamiteux, on installe ces escroqueries qui ne plairont qu’aux bobos sur des places qui font déjà défaut. Et encore une fois, je vois peu de Bugatti, de CLS et de Série 7 sur les places de stationnement payantes.

Le Parasite..

…..(En attendant j’empile mes PV, j’enrage dans les files, je tournois dans le quartier, et je crache sur cette ville.)

Notes

[1] cet article fut écrit en Mai, les Vélib’ sont sortis officiellement hier

[2] vantés pour son faible prix, l’abonnement Vélib’ reste 30 fois plus cher qu’à Lyon


13
juil 07

Bob Dob

airman bwoyyy L’artiste se nomme Bob Dob. C’est mortel. Merci Ramirezooo ;)

Un pur style, qui me fait penser aux dessins des Crados, vignettes pour enfants qui ont été interdites pour leur violences quand j’étais à l’école, j’étais trop dégouté! Pour ceux qui s’en souviennent on peut les retrouver ici!! Merci Le Parasite ;)

Pour en voir plus sur Bob Dob

Bonne dégustation.

P.S: la deuxième illustration me donne bien envie d’écrire un texte! Vaste sujet!


11
juil 07

Cendrine Dominguez, ou le parcours type de la pétasse

En voiture dans la banlieue est, je me laisse distraire sur une route nationale par un panneau publicitaire (de ces panneaux ultra glauques le long des zones industrielles où il fait toujours gris). J’y reconnais Cendrine Dominguez, ex présentatrice de Fort Boyard et de différentes émissions de seconde zone. Il s’agit en fait d’une publicité pour Domus, le grand centre commercial dédié à la maison. C’est marrant ca, Domus. Quand on regarde la télé, on a toujours l’impression que les gens passent leur vie dehors, mais quand on regarde ce qui se vend, on se rend compte que y’en a plus d’un qui moisit chez lui. D’ailleurs, quand j’ai vu Domus arriver en même temps que ces conneries d’émission de déco, je me suis demandé si l’un entraînait l’autre ou vice et versa…. Les investisseurs de Domus ont-ils créé de toute pièce un programme télévisé pour générer de la demande ou ont-ils répondu à une demande créée par la télé ? Permettez moi de privilégier l’option 1. Nous laisserons aux journalistes qui s’ennuient le soin de vérifier. Bref. Cendrine Dominguez présente donc une animation commerciale liée à la décoration d’intérieur.

Voici un bel exemple de mise au rebus d’un ex-canon de beauté une fois passée la quarantaine ! La carrière typique serait donc d’être mannequin, d’épouser un sportif célèbre et s’approprier sa renommée via son nom, comme lors d’une fusion-acquisition, entrer facilement dans le milieu du spectacle, et atteindre son sommet en présentatrice télé. Une fois la déchéance atteinte, se recycler dans la décoration d’intérieur (prisonnière de son psychologisme réducteur) et dans les animations commerciales où les beaufs rêvent devant ce qui était à l’intérieur de leur petit écran il y a quelques années, quand Virginie Efira sucait encore son pouce (s’entrainant déjà à son cœur de métier).

La fraicheur a une fin, l’esprit n’en a pas. Quelle belle lecon de morale !


9
juil 07

L’évolution des cailleras

Avant, les hiérarchies étaient simples. La caillera portait un survêtement Lacoste, couleur flashy si possible, genre jaune poussin ou vert grenouille, avec une casquette assortie de la même marque vissée sur la tête. Il y avait aussi la banane en cuir, tantôt vissée classiquement autour de la taille (jamais serrée au maximum, aspect « cool » oblige), tantôt posée en bandoulière. C’était simple et facilement identifiable. De l’autre côté, il y avait tout ce qui n’était pas caillera. Pour prendre l’exemple inverse, on va prendre les bourgeois, qu’on va subdiviser en deux sous catégories, les chalalas et les Charles-Henri (qu’on appelle désormais communément les « adhérents UMP » avec Lashoz, après les images de la victoire de Sarkozy parmi les jeunes militants). Chez les chalalas, déja le souci de la marque de luxe, du moulant, de la gomina, de la déchirure de jean, etc… Pendant que du côté des Charles-Henri, c’était déjà polo avec pull col en V par-dessus, ou chemise sortie nonchalamment du pantalon, lui-même à pinces avec les mocassins qui vont bien.

Aujourd’hui, quand j’observe les ados, je réalise que tout a changé. Si je décrypte bien, ça donne ca : Ce qui aurait été une caillera dans les années 90 a opéré aujourd’hui une fusion improbable entre le chalala et le bourgeois de l’UMP, avec une coupe aussi ridicule que répandue composée d’une crête infâme formée au gel, réplique symétrique de la frange chez la pétasse, avec des vêtements plutôt moulants, plutôt déchirés, toujours de marque (RJ512, Diesel, etc…), et un outil de peacocking genre chaîne en argent Tati Or ou sacoche en bandoulière Manhattan Portage (marque dont ils ne doivent pas connaître l’origine). Plus de casquette, c’est passé de mode (d’ailleurs j’ai remarqué une invasion des casquettes de Baseball américaines et des maillots de basket NBA chez les maliens du foyer Robespierre). Plus de marques classiques comme les nôtres, genre Adidas, Nike, etc… Plus de vêtements de sport. La mode, c’est de s’habiller en permanence comme si on allait en soirée, donc avec un faux style élaboré mais négligé, donc cool. Enfin, dernier élément distinctif, le portable (dernier cri, genre Motorola RAZR, à croire qu’ils changent d’abonnement tous les 3 mois, pendant que je me traîne encore mon ericsson de 2003) toujours à la main, genre toujours à l’affût d’un de mes 23 appels quotidiens (note mentale : préciser que s’il sort avec une bonniche de banlieue, y’a des chances que 22 des 23 appels soient d’elle, avec le fameux « T OUUUU ? », voire le « ouaich vazy T OU là ? », et que ce phénomène peut également arriver même s’il ne sort pas encore avec elle).

J’ai également remarqué que ce changement de style en cache un autre : la distinction entre une caillera et une non-caillera est plus difficile à faire, et ce pour deux raisons. La première c’est que la catégorie chalala et la catégorie caillera est fusionnée (chez les filles comme les garçons). Les chal, toujours au contact de la mode et du sentier, sont vraiment les innovateurs, suivis par les cailleras. La deuxième raison, c’est qu’une catégorie du milieu a pris une place considérable. Ce sont des enfants d’immigrés, mais encore plus blancs à l’intérieur que les militants UMP. Genre une génération qui n’existait pas à l’époque, complètement lavés de toute conscience dissidente « grâce » à l’abrutissement de MSN, Skyblog, MySpace et Difool, un quartet qui représente 95% de leur vie. Ils semblent vouloir éviter le conflit à tout prix et n’avoir aucune autre préoccupations que les fausses zoulettes (leur exact opposé : les filles françaises qui forcent l’accent arabe pour plaire aux pseudo-racailles : deux escroqueries symétriques qui s’attirent) qui animent leur quotidien (virtuel).

Une chose est sure, au royaume des jeans slim Kaporal 5, du Vivelle Dop gel fixation extra forte, du t-shirts à manche longue « FBI » ou « Special Agent », des Converses et du boxer Dim, les « vrais » cailleras doivent se prendre la tête pour savoir qui taper dorénavant…

note : si je suis déjà passé de mode le jour où cet article paraît, donnez nous les dernières marques et les dernières tendances dans les commentaires !


2
juil 07

En soirée 2.0

Les aventures d’un mec 2.0, un vrai !

Parfois, entre deux journées de boulot aux yeux rivés sur un écran d’ordinateur, j’ai envie de me détendre les pupilles. Elles sont déjà dilatées, pas besoin de boire ou de prendre des pilules bizarres et pas nettes. Donc ce soir je sors. Enfin, j’ai décidé de sortir. Le plus dur étant de trouver le moyen de rentrer autre part. J’ai un bon ami qui connaît une bonne amie qui est bonne. Et dans certains milieux, plus t’es bonne, plus t’es invitée aux soirées sélectives. Je dis sélectives parce que pour rentrer il faut d’abord s’essuyer les pieds sur le paillasson. Je m’acquitte. Après tout, ça ne risque rien, je sors si peu que mes chaussures neuves n’ont pas encore eu le temps de se salir avant moi. Mon jean et mon t-shirt sont propres. Mes cheveux aussi.

La musique n’est pas mauvaise, le buffet non plus. Et comme beaucoup de bons mecs ont ramené plusieurs de leurs amies bonnes, j’ai moi aussi décidé d’être bon ce soir. Un tour d’horizon, le seul 360° que j’arrive encore à faire. Ca piaille beaucoup, ça fait les folles, ça lance des regards d’allumeuses. Moyenne d’âge 17 ou 19, pas plus. Pas moins. Quoique. Ca porte des slims taille basse, des débardeurs taille haute et des décolletés que pas une hormone mâle n’a su rater. À franges ça c’est sûr, mais putes ça reste à voir. Minute ! qui vous dit que je cherche une pute ce soir, moi ? j’ai pas le droit d’être sentimental et de rêver d’une promenade romantique le long du jardin du Luxembourg ? En fait non, pas ce soir.
Et puis cette jolie fille qui me jette quelques regards perdus entre son verre de schweppes et ses deux copines, pourquoi pourrais-je la traiter de pute ? Elle couche si elle veut, et moi maintenant je veux, parce que son regard insiste drôlement sur moi. Alors bien sûr y’a pas que le sexe, et moi aussi je veux qu’on aille au théâtre ensemble, qu’on regarde Match Point ensemble et qu’on danse le tango ensemble. Ce soir je ne veux pas une pute à frange, je veux une meuf à frange. Oui, mais une qui couche.

De toute façon, elle n’a pas l’air assez habillée pour aller au théâtre, et maintenant que ses deux copines se sont un peu éloignées en pouffant[1] pour me laisser le champ libre sur ordre discret de cette demoiselle qui se rafraîchit au tonic indien, je sens que je vais pouvoir lui passer le bonjour.

Non attends. Bonjour c’est trop commun. C’est même hyper aristo. C’est pas une de Quelque Part c’est une fille de. Il m’faut un truc mieux. Un truc jeune. Hello. Ouai Hello c’est bien.
Je lui demande quoi ? Hello ça va c’est minable, et puis ça marche jamais. Hello, sympa ton slim ! . Trop direct, le sien est tellement slim qu’elle va croire que je lui parle déjà de ses fesses. Hello, sympa ta frange ! , ouai c’est bon ça ! Allez go go go deux point zéro.

Salut ça va ? euh… tu m’prêtes ton schweppes ? Elle rit. J’ai changé de plan mais ça marche quand même. On parle. De rien. Même pas de théâtre, même pas de tennis, même pas de tango. Elle s’appelle Laeti’, elle aime les franges, les macarons, et puis la musique hip-heup. Enfin nan, pas trop hip-heup, un peu électro quoi ! Je vois. En fait elle est sneub et maintenant vu comme ça, c’est absolument pas le genre de pute meuf à frange que je fréquente(rais).

On parle de rien puis de tout.

Elle est pas si mal sa frange.

Mince elle doit y aller. Je fais quoi là ? elle me prend au dépourvu. Ses deux copines à franges[2] l’entourent à nouveau. Faut que je fasse le mec classe, charmeur, qui fait aussi craquer les deux bonnes amies bonnes. Sinon c’est foutu. Je lui dis quoi ? Nan rien rien, le mec classe un peu timide. Elles adorent. J’ai qu’à faire comme ça. De toute façon je suis timide alors que je le veuille ou pas, je suis déjà en train de faire comme ça. Et puis on dit que c’est mignon pour rassurer les mecs comme moi, mais parfois je me demande si elles aiment ce qui est mignon. Bon. J’ouvre la bouche… Mais elle me devance et murmure :

Faudrait ab-so-lu-ment qu’on se revoit, c’était chou comme discussion ! dis moi t’as pas un maille spèce ?

‘Tain, j’ai rien vu venir. En fait tout les hommes 2.0 et même 0.0 de la soirée ont dû lui faire des commentaires, lui dire qu’elle était gorgeous, et elle leur a sûrement dit qu’ils avaient un regard so sexy. À tous, même les moches 5.0. Imagine qu’elle les ajoute aussi, mes concurrents 2.0 ??? Ah la pute… à frange !

Elle se fait tirailler la bretelle de soutif par la copine de droite. Son autre copine (qui est de droite aussi) s’impatiente. Et elle au milieu qui me laisse un dernier sourire. MySpace ? (« Voir : + de photos » !). Ca y est, le mateur charmeur 2.0 qui est en moi refait enfin surface. Elle a un papier, j’ai un stylo, et je lui caresse sauvagement mon pseudo de la manière la plus lisible possible.

Ce soir j’ai flirté avec une MySpace girl… En vrai. Moi qui pensait qu’elles n’existaient que sur msn !

(À suivre…)

Notes

[1] Non ce n’est pas le bruit que fait une pouffiasse qui rit.

[2] Une frange chacune.