septembre, 2007


27
sept 07

La notion d’espérance

L’espérance nous fait courir, nous fait sourir et nous fait tenir, son absence nous fait douter et peut même nous faire mourir. Parce qu’être heureux n’est qu’une impression, une perception, un sentiment, comme celui d’exister, basé sur ce que nous pensons qui va nous arriver et pas sur ce que nous vivons effectivement.

L’espèce l’a bien compris, si bien que dans son lien le plus concret à l’être, la religion, elle a formé des structures entretenant l’espérance. C’est pourquoi, plus on approche de la désespérance, plus on s’accroche à Dieu, à un salut surhumain, au Paradis ou au pardon, comme pour donner un sens à notre existence, qui n’en a aucun sans perspective de futur heureuse.

L’espérance nous enveloppe, nous propulse autant qu’elle nous déprime, et celui qui ne croit pas en Dieu la cherche dans ses substituts : les autres humains, la télévision, etc…

La télévision depuis 7-8 ans est étroitement reliée à l’espérance. Après avoir promu et développé des modèles de rêve et de réussite à suivre pour toutes les jeunes âmes perdues (en fait pour développer des complexes d’infériorité visant à faire acheter les produits faits pour les gommer), elle a produit des émissions qui permettent à cette même victime d’espérer entrer dans cette caste secrète de l’apparence. Loft Story, Star Academy, Nouvelle star, etc… Toutes ces émissions n’existent et ne rencontrent du succès que grâce l’espérance de ces dizaines de milliers de personnes qui font la queue au casting dans le but de donner un sens à leur futur, parce que se penser dans 5 ans star jet-setteuse puante qui gagne des millions en trémoussant son derrière semble plus sexy que de se voir tel qu’on sera vraiment, toujours coiffeuse, toujours boucher, toujours caissière…

La télé utilise cette espérance en transformant la star accessible en destin atteignable, renforcant encore son respect et admiration pour la star accessible qui sort de ces sélections atteignables, un respect qui augmente son envie de s’en approcher, et qui développe donc 1/ sa réceptivité aux produits de consommation lés, et 2/ son parasitisme, soit cette glorification du vide existentiel sur lequel se fonde la société du spectacle. Un parasitisme qui mène encore et toujours à la réduction de pensée, qui fait que nos chers compatriotes soient si nombreux à aduler notre cher président, non pas parce qu’il a augmenté leur niveau de vie et sorti leur famille du chômage, mais parce qu’il fait des footings et affiche sa pétasse de femme fièrement, comme un acteur ou un chanteur américain. Entre Sarkozy, le footing, le rêve atteignable, la démystification, l’identification, et l’espérance, il y a définitivement ressemblance troublante de méthode entre Endemol et notre cher Président.

La télé ne marche cependant pas pour tout le monde. Pour un RMIste du nord de la France, pull Brice 1994 sur les épaules, Gitane maïs à la bouche et visage marqué, l’espérance de célébrité par le physique est un peu compromise. Alors il y a l’espérance de sortir de sa misère sociale par l’argent. D’où le PMU, d’où les jeux de grattage, d’où Euromillions, espérance de sortir de sa vie de merde qui fait se frotter les mains depuis plusieurs décennies du côté du ministère des Finances.

Et puis il y a l’espérance humaine, soit cette réaction mathématique de chaque humain vis-à-vis d’une potentielle amélioration de ses perspectives futures. On cherche tous à rencontrer des personnes qui nous changent de voie, nous propulsent, nous font sauter des échelons. S’il y a 48 lois du pouvoir selon Robert Greene, il n’y en a pour moi qu’une seule de valable. Si on connaît les motifs d’espérance d’une personne, on en fait à peu près ce que l’on veut.

La séduction est évidemment basée sur ce principe, puisqu’inconsciemment, si on arrive à déclencher le bon facteur d’espérance, on devient vite indispensable à la personne. Dans un pays sous-développé, l’espérance n’est pas à chercher loin, elle est même inscrite sur votre visage de blanc, c’est votre argent. Et pas besoin de chercher midi à quatorze heures, plus c’est gros et plus ca marche. En occident, c’est différent. On doit faire espérer subtilemet. Voyager régulierement entre New York et Paris pour la bonniche de Goussainville, avoir des amis hauts placés chez Jean-Paul Gauthier ou Zadig et Voltaire pour la bobo pétasse en devenir, être chef d’entreprise en croissance pour la jeune chômeuse, avoir son 50m² en plein Paris pour celle qui overdose de vivre chez papa-maman, etc… La, plus c’est fin plus ca marche. Le but étant de générer cette espérance pour avoir un passe VIP dans sa vie, et développer ensuite l’attraction nécessaire pour qu’elle soit heureuse non pas de ces potentialités, mais simplement de vous avoir dans sa vie. Comme pour les politiques, elle oubliera très vite les promesses non tenues.

L’espérance, celle qui nous fait tenir, celle qui nous fait faire des choses bien pour que la personne qu’on aime et qui nous regarde de haut soit fière, l’espérance de la rejoindre un jour la tête haute, l’espérance feu de paille des médecins avec les familles des malades, l’espérance foireuse des recherches médicales qui n’aboutissent sur rien (pas parce que les chercheurs sont mauvais, mais parce qu’un vaccin rapporte moins que les médicaments), l’espérance comme autant de raisons de ne pas voir la réalité en face, puisque nous sommes des autruches fuyantes et qu’une espérance en chasse une autre, notre bouclier à l’autodestruction, celle qui nous guette tous si on se rend compte de ce qu’on est vraiment.


24
sept 07

Le fonctionnement de l’espèce humaine

L’effort, la séparation, le manque, la maladie, la souffrance, la mort… L’être humain survit à tout. Toute créature est concue pour maximiser ses chances de survie et de réplication, pour perpétuer l’espèce et l’amener à perdurer à travers les époques. Alors les espèces s’adaptent. La mouche se déguise en abeille, le caméléon se déguise en plante, certains poissons en corail, les fourmis s’organisent en équipe, etc… L’homme a quant à lui presque tout essayé pour maximiser sa survie : chasse, combat, fabrication d’armes blanches, puis d’armes à feu, d’armes de guerre, bombe atomique, armes bactériologiques, etc…

Toutes ces recherches, ces évolutions ont progressivement amené l’homme à être l’unique espèce capable de dominer toutes les autres. Or, la Nature est construite comme un tout composé de différentes espèces, chacune disposées à aider une autre espèce à perdurer, et chacune chassée et détruite par une troisième espèce, dans le but de maintenir un équilibre logique entre ressources et population. En étant la seule espèce capable de maitriser toutes les autres existant sur la terre, l’homme a donc pu se répliquer de facon plus rapide que la croissance de son milieu naturel, l’amenant ainsi à le détruire pour continuer sa course effrénée. Continuant sa route vers le « progrès », l’homme gagne en années d’espérance de vie, devenant quasiment invincible, modifiant sa composition biologique avec des médicaments (DHEA, Viagra…), contourne les lois naturelles de fécondité équilibrées (fécondation in-vitro, etc…), une course lui permettant de quasi doubler sa population totale en 100 ans, et donc de devenir la seule espèce à croissance exponentielle.

Cette domination absolue, amenant une croissance déraisonnée de l’espèce, allait conduire progressivement l’homme à l’inéluctable : devenir son propre ennemi, seul moyen de réguler l’avancée de l’espèce humaine. Les guerres, les clans, le terrorisme, peu importe le but avoué, tous ces actes de barbarie ont cela en commun qu’ils freinent l’explosion de la population. Et plus l’avancée se poursuit, plus l’homme met au point des systèmes de destruction plus massifs, comme pour compenser la progression toujours plus importante. L’autre preuve que l’homme est devenu son propre ennemi est une étude basique des maladies humaines « récentes » : le cancer, soit un nombre de cellules rebelles qui se dérèglent pour attaquer toutes les cellules « sœurs » (comme une tribu qui en attaque une autre), le SIDA, qui vise précisément l’acte de reproduction, comme pour pousser l’humain à séparer ce fondement capital de l’espèce, à savoir l’absence de dissociation entre prise de plaisir et reproduction, absence de calcul et caractère magique de l’opération. La troisième preuve de se retournement de l’homme contre l’homme, c’est l’équilibre de l’espèce par le suicide. Ayant développé une vie sociale pour imposer une solidarité de fait entre les humains (objectif de survie de l’espèce), la pression biologique a pris une dimension nouvelle avec la pression sociale, avec la montée de l’individualisme, de la pression de l’excellence, et de tous les jeux de manipulations humains que cela implique, multipliant là les occasions pour un être humain de s’autodétruire.

C’est pour parer à cela que l’humain, par le principe de l’adaptation de l’espèce à travers le temps (pour se protéger d’un danger ) s’est bardé d’un artifice de protection à la dépression, de protection à l’autodestruction, capable d’augmenter encore un peu sa valeur survie, face à cet ennemi d’un genre nouveau. Il s’agit de l’espérance, que nous étudierons dans un article très bientôt.


20
sept 07

Vélib’, la face cachée

Vélib, face cachée

Une des vérités sur Vélib’


17
sept 07

Le bobo, ou la mort de Paris

Ils sont beaux, tous frais et tous propres, sortent d’un bureau en véranda ou de leur loft. Une pièce immense dans laquelle trônent sculptures d’art moderne, toiles et matériel dernier cri. Entre wifi et hifi, informatique et connectique, le Mac occupe une place essentielle. Comme la consommation consensuelle de la moindre nouveauté dictée par la blogosphère. Le père est prof, s’habille en pantalon en velours beige et en chemise de bûcheron. La mère est photographe, travaille 49 jours par an, si l’on admet que passer une journée à attendre l’envol d’un papillon soit du travail, et s’habille d’un boubou africain et d’un foulard désaccordé dans les cheveux. La surface est à trois chiffres, et nous sommes dans l’est parisien. Un quartier « coloré » comme ils disent, dont ils ont su soigneusement faire éviter les risques à leurs enfants en jouant de leur influence (ou de leur chéquier, ou de leur vagin, cochez la case correspondante) auprès du recteur d’académie.

Les années passent, les cheveux des parents grisonnent, mais ils se baladent toujours aussi souvent dans Paris, l’air de rien, de tongs et d’un tshirt sale vêtus, surtout depuis que leur Maire leur a donné un moyen de se promener tout en respectant l’atmosphère. Vélib’ est devenu leur religion, puisque Buddha n’est qu’une croyance. Loin du Vat et loin de l’Asie, ils aiment néanmoins se revendiquer bouddhistes convaincus, pour la philosophie zen que cela comporte, puisqu’après tout, nous sommes tous des humains, nous devons nous aimer, être solidaires et nous entr’aider. La guerre c’est vain, sauf quand c’est pour appeler le commissaire divisionnaire pour faire envoyer 6 voitures de la BAC quand un enfant noir de 6 ans à eu le malheur de racketter son fils. Franchement, ils ont bien fait de le mettre dans le privé à partir du collège, c’était pour le protéger et pis bon, grâce à ca il a réussi, il est à H4 en maths sup. Clément est parti, il a son appartement maintenant. Ils peuvent savourer, prendre le temps de manger des bonnes choses, comme la nouvelle confiture d’amendes de Bolivie qu’ils ont trouvé chez Naturalia à seulement 9euros70, ou comme le bon café du Pérou, produit du commerce équitable évidemment. Il y a d’ailleurs fort à parier qu’à force de toucher une part ‘équitable’ d’un café à 10 euros, le producteur chilien sera bientôt mieux habillé que notre couple de Beaumarchais. Profiter, donc… et se relaxer, avec le CD d’un super artiste, un vrai poète des temps modernes, Grand corps Malade, dont la profondeur des textes et du vécu ne cesse de les émouvoir. Ce soir, ils iront voir la rue Kétanou après avoir bu un verre à la terrasse de chez Stéphane à Gambetta. Super cosy chez Stéphane, il accueille même des toiles d’artistes graffiti. Ils sont forts quand même ces jeunes là, dommage que certains souillent les murs comme des chiens, pour marquer leur territoire.

Leur vie est passée vite, depuis leur enfance bourgeoise rangée du côté du boulevard Saint Germain, puis l’âge de la rébellion au lycée, sous influence guévariste, puis leur rencontre, à 16 ans, quand ils ont compris qu’ils ne se quitteraient plus jamais de leur vie (ils convenaient plus tard que les tromperies ethniques étaient exclues de l’univers adultérin). Ce qui les a soudés, c’est leur premier voyage au Mali à 19 ans. Voir toute cette misère, et les gens qui gardent le sourire malgré ça, ça les a ramené sur terre. Alors ils se sont lancés dans l’art pendant qu’ils finissaient leur CAPES, pression des parents oblige. C’était ça ou rien de toute façon, ils voulaient faire du social. L’histoire ne dit pas si mettre des gens en CAP en 4ème et faire des cours sous anti-dépresseurs et alcool fait partie du domaine du social ou pas. Mais quoiqu’il en soit, ils ont toujours su garder cette relation spéciale avec l’Afrique, relation qu’ils souhaitaient entretenir et développer en militant dans des associations de régularisation des sans papiers, où ils sont allés jusqu’à s’occuper du barbecue et des saucisses pendant les manifestations, ou en faisant des banderoles contre l’expulsion d’un élève nigérian dans l’école maternelle d’à coté. Cet engagement, ce militantisme s’est concrétisé le jour où ils ont pris leur carte au PS, très touchés par le programme social et environnemental de Delanoë. C’est le vrai défi de demain d’ailleurs, ils en sont convaincus. Les croissants bio dans le bol de café équitable, Libé à la main, ils en parlent tous les matins. L’être humain est en train de détruire cette Nature qui lui a pourtant tout donnée. Ils s’attristent un temps sur le sort des générations futures, puis rallument leur chaudière au fioul.

La génération future en l’occurrence, c’est leur fils. Il est dans sa chambre de bonne à la Muette, pour travailler ses cours de maths au calme. Enfin, travailler est un grand mot, car le petit chenapan est allongé sur son lit, un pétard à la bouche, en train de se faire sucer par Camelia, la petite nièce du ministre du logement. C’est la petite star de la classe, sur laquelle bavait Thierry, élève méritant issu d’une famille d’ouvriers d’origine portugaise, beau gosse assez costaud, mais qui n’a jamais réussi à lui parler par timidité teintée de respect excessif. Thierry a lu sur Internet que si Clément était si à l’aise avec les filles, ça pouvait être dû au fait que de voir ses parents se balader nus dans leur loft à longueur de journée, en parlant de sexe et en donnant à leur fils des conseils de drague y était peut être pour quelque chose. Thierry retient la leçon et décida de passer plus de temps sur ce blog qui lui fait prendre conscience, à 19 ans, qu’il vaut plus que tous ces types réunis. Quelques années plus tard, Clément rentrera à HEC, deviendra président du BDE car les élèves apprécient son goût pour la fête (comprenez pour l’alcool, la débauche et la vulgarité), un goût pour la fête que ne comprennent pas Maï, Phuong et Kacem, enfants d’immigrés vietnamiens et tunisiens, élevés dans la droiture et le respect, qui pensent avant tout à leur crédit de 34 000 euros et leur loyer de 610 euros à payer chaque mois, le tout avec 350 euros de bourse par mois. Du coup, ces derniers se défoncent en filière finance de marché, car ils ont des facilités avec les chiffres, pendant que Clément se rangera en filière communication, n’ayant, selon ses dires, pas le goût du capitalisme. Ce qu’il veut, lui, c’est travailler dans l’humanitaire, aider ceux qui n’ont pas eu sa chance, toutes les victimes collatérales de la mondialisation. Pour cela, il a tissé un réseau intéressant parmi les altermondialistes et n’hésite pas à prendre tous les risques deux Dimanche par mois, aux côtés de ses amis d’ATTAC et de José Bové, en arrachant des plantations d’OGM et en chassant des abeilles accusées de transporter du miel transgénique, pendant que ses parents distribuent des merguez devant une église occupée du 19ème. C’est ce sentiment d’exister, de participer à l’amélioration du sort des populations qu’il veut développer dans sa vie professionnelle. Il sera cependant heureux d’être embauché 3 ans plus tard comme auditeur junior chez Ernst and Young, pour éplucher les comptes de Diesel, répartis entre Iles Caïman, Luxembourg et Barbade, et les milliards en liquide provenant de sociétés fantômes en Russie. Mais il doit faire son boulot, il est pro, et ce n’est pas un esclave du capitalisme mafieux.

Une soirée de plus à Paris où les gens comme ça prennent encore un peu plus de terrain, plongeant la ville dans un niveau supérieur d’inauthenticité dont elle n’avait pas besoin, et je regarde de ma fenêtre, mon verre à la main, tous ces Clément, leur regard de peur quasi permanent à chaque fois qu’ils croisent « une racaille » (comprenez tout ce qui est jeune et immigré), leur air relâché à trois mètres de là, dès qu’ils sont dans le café bobo où seuls les gens comme eux se rendent, leurs vêtements en lambeaux qui contrastent avec leurs courses le samedi au Monop’, et sa bouteille d’eau à 1,70€. N’en prends pas trop, disent ils, si on en manque on pourra en choper chez l’arabe. Je les vois rire aux éclats, comme quand je les fréquentais à l’époque où je voulais les décortiquer, tels des rats de laboratoire.. Et je me souviens du jour où je discutais avec Lionel, chez un ami en or qui m’a hébergé pendant 5 mois car mon dossier de location avait été refusé 37 fois, quand il s’apitoyait sur mon sort de SDF et me regardait droit dans les yeux en me disant « tu sais, pour une telle situation, tu devrais contacter mes amis d’SOS Racisme ». Pour un rageux du 93 débarqué en province, c’était plus violent qu’une droite de Cassius Clay dans le foie.

Alors je les regarde, moi, gosse du 20ème et de Montreuil, partout où ils m’ont suivi, continuer de sucer l’âme de mes quartiers préférés en vantant le mélange tout en étant les acteurs numéro 1 du communautarisme. Mais bon, de toute façon moi je m’en fous si Paris meurt, ca fait longtemps que les gens que j’aime n’y vivent plus.


13
sept 07

La déception

L’espérance est mère des déceptions. Ce surplus de bonheur par anticipation que nous confère le fait de croire en quelqu’un ou en quelque chose se termine forcément. Ca s’appelle le retour à la réalité. Fin de prospective, perspective rétive, potentiel répit mais probable précipice. Le retour est hard, et va de pair avec le niveau d’idéalisation qui s’est formé dans notre tête. On fonde notre espérance sur nos manques, et nos manques nous rendent faibles, serviles, soumis à cette volute de fumée construite par le fruit de l’imaginaire. Manque de chance, les trous étaient carrés, et le jeu du réel ne contenait que des ronds. Rien ne rentre, rien ne se comble et c’est déroutant. C’est dégoûtant de devoir jeter les pièces encore censées compléter le puzzle quelques heures avant. Alors on s’y accroche, pour un tour de manège additionnel, histoire de voir, on ne sait jamais. Mais comme un rond ne devient pas un carré, rien ne change et on se retrouve là au milieu de nulle part avec ce fameux choix. Le choix de la détresse qui nous tend les bras, bouteille de rhum, de Gin ou de vodka. Flash ou spliff pour les novices, larmes, armes ou crime pour les sensibles. Chacun sa méthode, mais une seule solution, combler ses manques par soi même, car un pansement ça se décolle, ça craint l’eau et ça se barre à la première occasion. Une fois coagulée, la plaie n’a plus besoin de son pansement, et bizarrement, c’est toujours là que ce connard colle le mieux.


10
sept 07

Pages blanches pour idées noires

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Vision onirique d’une prophétie auto-réalisatrice

Je mâche et rumine mes démons comme des clous rouillés,
je veux manger la carotte, briser le bâton, et jeter le boulet.
J’ai cherché, j’ai fouillé, j’ai tenté d’allumer la lumière
Mais je n’ai trouvé qu’un pétard mouillé et la poussière de ma chair souillée.
A chaque tentative d’envol, mon nez percute le sol et ma vue est brouillée.
Comme une ambulance folle à la sortie d’une école le destin dérape puis fonce pour m’écrabouiller.

Allez tiens buvons ces verres de nitroglycérine et allons jouer au rugby.
Me demande pas à qui profitent ces crimes, je vomis sur ce qu’ils publient.
La bourse est devenu la météo de la vie,
une boite à image est branché sur le nombril des petits,
on boit du pétrole et on créé des maladies.
C’est jamais trop précis la Poésie de la prophétie,
est-ce possible que la vérité oscille entre les grosses crises de doute, l’impossible et le proscrit ?

Ma rage s’épanouit dans la crasse de mon boom cœur et dans la moiteur de mon turbin,
je vomis sur les hommes, crache sur les femmes car j’aime les humains.
Seule la mort réveille les sentiments, donc faut pas te louper,
autour de ton corps tes proches se sont regroupés,
et comme toi ils restent bouche bée…
…la tête enregistre encore des informations après avoir été coupée.

Je me vois tout nu devant un grand feu bleu et mauve au milieu d’une forêt,
tatoué, doué, fou et loué, muni d’un collier de dents de poulets et d’un fouet.
J’observe la contrée, le croissant de lune devient bague,
je drague l’horizon qui ondule et me nargue.
Je divague, la divine terre fait des vagues, je devine d’où vient cette vaste blague.
Puis j’ouvre ma bouche, géante et béante,
avale une tempête de pierres, où se mêlent des pendules,
des cerbères, des fientes de fentes, et des dagues.
Aprés cette digestion assassine et burlesque,
sur les rives d’une riviére de sirop de grenadine venant de l’est.
mon corps se liquéfie et pénètre dans les racines gigantesque
d’un arbre monstrueux à la mine funeste contaminé par la peste.

Hier, je réaliserais mes rêves et demain j’ai pris le mauvais chemin.
Dans la 7ième dimension, je médite et m’installe dans l’axe,
évite les extrêmes en place qui périclitent et gâchent leur mérite, puis je me relaxe.
L’éternité c’est maintenant, ça fait un moment que je prend mon temps,
je suis prêt, on a le bon plan, le don franc,
le bon clan et le cran
pour prendre le vent et aller de l’avant.

Tu ne peux pas le croire ?
Donne une baleine aux piranhas et tu verras comment on ricanera,
on en a marre de devoir se nourrir d’espoir et de vie banale,
rester dans le noir à respirer des pots d’échappement pour atteindre le nirvana.
On a des colis piégé dans le bide,
l’enfance nous a laissé des rides,
et c’est quand tu chutes sans fin dans le vide
que tu es forcé de quitter la chrysalide.

Lashoz


3
sept 07

Crouton et l’attention sucker, part 1

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Crouton se lève de bonne humeur ce matin. L’olympique de Marseille a gagné hier soir, et il ne s’est pas disputé avec sa copine de toute la soirée. Voila sept ans que Crouton et Lili sont ensemble, il se rencontrés à vingt ans, et après les nuits dorées et majestueuses du début, les projets grandioses et les décisions à la hâte (comme celle de s’installer ensemble), s’est enchaînée une routine aussi blasante qu’indispensable. Trois mois après l’emménagement, les petites disputes sont apparues. Un calebute mal rangé, des chaussettes qui traînent, un mégot dans un verre… Et puis c’est devenu systématique et exponentiel : elle lui reprochait de dormir avec ses chaussettes, de marcher en canard, d’être tête en l’air, bref, ils avaient passé la barrière symbolique où la femme reproche à l’homme tout ce qui faisait son charme avant. Crouton était stupéfait, il ne comprenait pas comment Lili pouvait passer d’un extrême à l’autre en si peu de temps, lui qui s’était toujours si bien comporté. Il la laissait toujours décider des lieux de sorties, lui faisait à manger, débarrassait la vaisselle, pliait toujours quand il y avait un désaccord sur le programme télé à suivre, et rentrait tous les soirs avec une rose. Plus le temps passait, plus il l’aimait, et plus il avait envie qu’elle le sache.

Mais il ne comprend plus, il a une volute de fumée noire devant les yeux, des pensées sombres qu’il ne veut pas voir mais qui lui disent clairement qu’elle ne supporte plus cette relation, et qu’elle compte bien lui faire payer. Il interprète alors toutes les preuves irrévocables de manque de respect comme des signes de fatigue ou d’énervement, certainement liées à son nouveau boulot, dont elle se plaint tant. Lili est journaliste à Libération. Cherchant désespérément une solution, il alterne, entre preuves d’amour pour tenter de la récupérer, et colères noires très violentes, pour lui montrer qu’il ne se laisse pas faire et qu’il sait être un mâle, un vrai.

Les jours passent, Lili s’éloigne, elle est de plus en plus distante. Ils ne font plus que se croiser, eux qui ne pouvaient passer un déjeuner sans traverser Paris pour manger ensemble. Elle ne veut plus l’embrasser, ne lui tient plus la main dans la rue (elle dit que ca la gêne), et a de plus en plus de « journées speed au taf » qui fait qu’elle rentre tard, se cale devant la télé et refuse les câlins. Crouton voudrait vraiment trouver la solution, et s’il pouvait, il irait remonter les bretelles de son boss en personne, lui qui la surcharge tant de travail.

Au travail justement, Lili a rencontré Mali, un franco thaïlandais filiforme et plein de répartie. Ils ont flirté à la machine à café, où Mali l’a doublé dans la file un matin, en lui disant que l’égalité des sexes, ça marche des deux côtés. Elle a ri, et depuis ils passent leurs après midi sur le messenger interne de l’entreprise, pendant que leurs dossiers s’entassent. Elle connaît ses limites, Lili. Elle sait qu’elle aime Crouton et que même si c’est un peu dur en ce moment, c’est l’homme de sa vie. La preuve, ils cherchent à acheter un appartement du côté de Saint-Ouen, un 65m² pour faire une plus-value sous 5 ans. Mais elle se surprend à être aussi heureuse au contact de Mali. Elle y pense le matin, et ça la motive à aller travailler. Et quand vient le soir, elle se sent coupable de ces journées passées sans penser à son homme qui la chérit et l’aime tant.

Elle aimerait savoir ce qui ne va pas chez elle. Elle a un homme qui l’aime, l’adule, lui offre tout ce dont elle a besoin et se plie à ses exigences. Et voila qu’un homme malpoli et provocateur arrive dans sa vie et balaie toutes ses certitudes. Maudis Mali !! Avec sa facilité et son détachement, il a même réussi à se faire inviter à déjeuner par la jolie Lili ! Jamais elle n’avait rien payé à un homme, et jamais elle n’avait eu le sentiment d’avoir peur de perdre quelqu’un si elle ne le faisait pas. Elle ne concevait pas qu’un homme puisse être autre chose qu’au service intégral de sa dulcinée. Alors, la confiance grandissant, elle a accepté un Jeudi soir d’aller boire un verre avec lui après le travail. Les abdos regonflés par les tranches de rigolades en série, il lui propose innocemment de passer chez lui, pour lui montrer les dernières photos de son voyage en Inde. Il l’a prise de court en lui disant qu’il ne fallait pas qu’elle se fasse de films, qu’elle ne se ferait pas rembourser le resto en nature. Riante, et inconsciemment vexée, elle monte alors les 5 étages à pied, sans sentir son mal de cuisses. Sur le canapé de Mali, ils regardent les photos, un verre de rhum à la main. Il la fait rire et alterne un regard pénétrant dans son œil droit, ponctués d’allers retours vers sa bouche. Son charme s’opère de plus en plus. Elle enchaîne les verres, comme pour atteindre cet état où elle pourra mettre son craquage sur le dos de l’alcool. La température monte, les mains commencent à se trouver. Mali remonte la sienne doucement, de l’intérieur de sa cuisse jusqu’à son entrejambes, où il voit qu’une fournaise est en marche. Il s’approche alors de son cou, qu’elle lui présente volontiers…. remonte, elle commence à frémir… Il cherche alors sa bouche pour l’embrasser, elle goûte subrepticement au fruit défendu, puis elle recule, se braque, penaude. Elle lui explique alors qu’elle est avec Crouton, qu’elle l’apprécie mais qu’elle préfère vraiment rester amis. Mali reste de marbre, toujours sûr de lui. De toutes manières, il connaît cette chanson, si classique qu’elle lui semble être un hymne appris par toutes les femmes adultères en devenir.

Le soir, blottie dans son lit, après avoir répondu une fois de plus à l’interrogatoire de Crouton qui décidément ne comprend pas ces nocturnes imprévues, elle pleure silencieusement. Elle est amoureuse, mais est trop attachée à ce qu’elle a bâti pour tromper son mec. En revanche, elle ne ressent aucune culpabilité, puisqu’elle n’a pas craqué. Voici 8 semaines qu’elle divague et est quasi-esclave des émotions générées par l’habile thaïlandais, 8 semaines qu’elle dévoile les failles dans son couple, comme autant de perches lancées pour l’abordage, 8 semaines qu’elle se venge inconsciemment sur son homme de tellement l’aimer qu’elle ne peut aller jusqu’au bout, de peur de lui faire de la peine. Alors elle se dit que la souffrance est un moindre mal que la peine, et qu’il l’a bien mérité après tout. Elle qui s’est laissée toucher le sexe à travers un pantalon par un autre homme, après 7 ans de couple ne ressent aucun sentiment adultérin. Sept ans de couple, dont 4 de dérive, une aventure intitulée fluctuat nec mergitur si le blagueur de la machine à café n’avait décidé de tirer à boulet rouge sur la bateau qui tangue, arborant tête de mort sur pavillon noir.

Alors blottie dans le chaud de sa couette, et glacée par la peur de perdre, elle envoie un texto discrètement à Mali, pour le flatter, le rassurer, se rassurer, pour le garder, car il est son espérance, sa porte de sortie potentielle si son monde devenait trop sombre. Un texto que Crouton l’entend composer, lui qui ne trouve toujours pas le sommeil à 4h32, sentant alors les larmes chaudes couler sans bruit, le long de son visage.