Nous sommes 4 déclassés qui observons depuis très jeunes nos semblables, notre tréfonds, et notre environnement.
Parole aux déclassés
Etre déclassé, c’est avoir été éduqué dans un certain environnement social, et une fois arrivé à l’âge adulte, évoluer dans un environnement social radicalement différent. Fruit d’une élévation sociale, notre déclassement se traduit par une culture ouvrière et populaire d’enfants d’immigrés, et une vie professionnelle et sociale au contact direct et permanent de la bourgeoisie. Bourgeoisie de droite (instituée) ou gauche (nouvelle bourgeoisie), légitime ou arriviste, que nous avons dû découvrir et appréhender durant nos études, et que nous devons aujourd’hui compter parmi notre cercle social, car travaillant en permanence avec eux. Passés d’un monde populaire où la lutte des classes est une évidence au monde des entreprises fleuron du capitalisme ou elle ne fait que se confirmer, nous travaillons dans la « nouvelle économie » (un secteur extrêmement éloigné de l’activité de production, extrêmement intangible puisque virtuel et déshumanisé à l’extrême); la bourgeoisie que nous fréquentons aujourd’hui est donc essentiellement une bourgeoisie de gauche (peu au fait de la misère du monde, mais se targuant quand même de vouloir y remédier), bobos parisiens au pseudo bon vivre qui nous exaspèrent autant qu’on s’y habitue.
Le déclassé, c’est quelqu’un qui évolue dans un milieu avec une grille de lecture et d’interprétation différente des autres éléments de la classe. Parler à des immigrés de première génération qui jouent au dominos sur le boulevard de Belleville; être dans une soirée VIP avec des gens hypocrites sous coke qui vous disent qu’ils aiment beaucoup l’Afrique du Nord croyant vous complimenter au cas où un poste se libère; autant de variété de situations que nous pouvons vivre en une journée et que nous interprétons désormais avec un recul très singulier.
Le déclassé n’est attaché à aucun groupe social. Pas attaché à sa classe d’appartenance, car il a passé la majorité de sa vie à travailler pour s’en défaire, et sûrement pas sa classe d’adoption, dont il abhorre l’inauthenticité, l’autosatisfaction, le mépris, le refus du conflit, le lissage, la soumission, les normes de consommation, le manque de réalisme, le vide intérieur sidéral.
Le déclassé fils d’immigré doit en plus ajouter à son actif (ou son passif) un détachement particulier à son pays, car élevé dans des codes et des traditions qui viennent d’ailleurs. Cet ailleurs auquel il n’est du reste guère plus attaché, ne lui ayant rien apporté concrètement, et ne le reconnaissant pas comme un des siens.
Sans appartenance religieuse, sans attachement à une terre, sans appartenance sociale, le déclassé est un étranger à son environnement, ayant pour seule croyance son expérience et son vécu, qui le pousse à un rationalisme indispensable au processus de transcendance (s’élever et se détacher de toutes les conditions objectives qui forment sa subjectivité). La transcendance étant indispensable à l’analyse, nous pensons que le déclassé peut avoir un niveau de compréhension plus complexe et complet qu’un homme que le système a enfermé dans sa condition sociale, financière, communautaire, et culturelle.
On n’est pas des chiffons !!
On n’est pas des chiffons, c’est un cri de rage, un trop plein à évacuer, une envie de laisser une trace avant tout pour nous même, car on sait que seule l’émulation et la stimulation de la publication peut régulariser nos écrits. Observateurs d’une génération Kleenex, société a usage unique dans le travail, qui applique à la lettre les préceptes de la société de consommation en multipliant le sexe à usage unique, les achats à usage unique, et même les amis à usage unique. Nous avons cassé la fenêtre il y a plusieurs années après avoir renoncé de rester dans l’ascenseur en panne et nous avons décidé de s’en échapper, de s’élever, de regarder de haut cette génération sans cause et sans but, qui cherche en dehors d’elle-même les réponses qu’elle ne veut pas voir au fond d’elle même. Génération tellement plurielle et hétéroclite, mais tellement semblable et similaire car reflet d’une constante universelle et humaine, tellement divisée, sourde, aveugle, mais forcément porteuse d’un changement prochain.
On n’est pas des chiffons sera violence, contestation, réflexion et destruction, car il faut bien rendre ce qu’on a reçu, il faut bien hurler ce trop plein de souvenirs qui aurait gâché nos vies sans ce réveil, il faut bien avoir un avis tranché dans ce flou global consensuel et lissé. Mais ces articles sont avant tout espoir. Parce que se poser la question de qui on est, de qui sont nos prochains, de quel est notre environnement, nous amène à voir la réalité du monde, dans toute sa merveille, et à voir que sous cette génération avachie, des tonnes de trésors sont inexplorés. Personne n’est un chiffon.
« en fait si j’écris, c’est pour éviter d’descendre dans la rue en poussant des cris » (Fabe)
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