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28
août 07

A quoi bon être roi, quand on est riche et triste?

Cambodia.... true people

Au milieu de nulle part, à 12 000 km de mon appart[1]. Des huttes de bois surélevées pour laisser passer la mousson sans dégâts; maisons de fortunes sans eau, sans électricité et sans meubles, juste un fil de lin de part et d’autre de la pièce principale pour étendre le linge humide. Dans le jardin, des bassines. Bassines pour faire le riz, bassines pour laver le linge, bassines pour se laver, bassines pour préparer le repas d’après. De la fumée aussi, puisqu’on vient de tuer un boeuf, une fumée épaisse qui enrobe des herbes, des épices. Dieu n’a pas attendu l’homme pour créer l’essentiel. Autour, il n’y a rien, à part une végétation luxuruante qui permet à tout le monde de manger à sa faim. Mais la bouffe ne tombe pas du ciel. Trainer la charette sur la route de terre[2], torrent de boue après la pluie, et pousser, toujours pousser, par 55° C, sans eau. Les enfants suivent, nus, en sueur, le plus grand de 6 ans s’occupe de sa soeur de 3 ans. Pas l’temps de jouer à la poupée.

J’aurais cru que cette scène eût fait émerger des sentiments très forts, mais pourtant, tout ce que j’arrive à ressentir, c’est l’étonnement quant à tous ces gens, ces paysans, ces intellectuels, ces travailleurs des PMA qui quittent leur pays pour venir dans le notre. Ils quittent un pays où la raison de vivre est le travail pour manger, travail sain qui laisse sa place au bonheur une fois l’assiette remplie, qui laisse sa place aux rires, à la solidarité, à l’amour de sa(de la) femme et ses enfants, ils quittent tout cela pour un pays au travail irraisonné, décorellé de toute raison objective. Le travail pour la gloire, le travail pour pouvoir acheter des choses fausses, juste le temps qu’elles nous fassent oublier qu’on est triste, le travail pour progresser, produire, aller vite, s’améliorer, gagner plus gagner plus plus plus…. Gagner plus et enrichir d’autres, gagner plus sans en avoir besoin, gagner plus alors qu’on a déja de quoi survivre, gagner plus et ne jamais être heureux…

Cher est le bonheur car pieuse est la piste
A quoi bon être roi quand on est riche et triste?
Les âmes s’évaporent loin de la terre
Le temps s’écoule, les palais s’écroulent, deviennent poussière (Akhenaton, Promethée, 1995)

Notes

[1] là d’où ces lignes sont écrites

[2] contrairement à ma photo, rares sont celles à moteur


2
août 07

Raz le blog

(excusez ce jeu de mot merdique, digne d’une Une de Libération)

Ca y’est, ça devait arriver. J’en ai officiellement marre de tous les blogs de merde que je me tape dans mon lecteur RSS. Tous les blogs de merde qui composent cette fameuse blogosphère sur laquelle tout le monde se branle mais qui ne brasse que le vide.

Au royaume des indépendants, puisqu’ils le sont tous à les écouter, au royaume des gens qui ne se soucient pas de leur lectorat, et écrivent au gré de leurs impulsions, on retrouve en fait des gens conditionnés par ce qu’ils savent que l’on attend d’eux.

Cela donne des femmes, (dont certaines sont sûrement intelligentes), qui bradent leur fierté et leur cerveau pour se cantonner à réciter leurs amourettes de comptoir dont tout le monde se fout, leur petit problème de remplissage de vagin ou de remplissage consumériste. S a acheté telle robe chez Paul & Joe, alors que R, qui baise la société de consommation et vaut bien plus que ces incitations au rabais dont seuls les faibles sont victimes, s’est procurée le dernier jean Temps des Cerises, et même que c’est trop ‘top’ parce qu’elle l’a eu 20% moins cher sur ventes-privees. Mais la meilleure, c’est sûrement C qui s’est faite enculer une quinzaine de fois la semaine dernière mais qui finalement préfère le meilleur ami de celui qui la pénètre car il sait la prendre comme il faut et puis il faut dire qu’il est indépendant[1], mais bon il abuse un peu parce que bon il prend beaucoup de drogue, mais moi le mur se rapproche je ne suis que dérive et gnagna… Et j’en rajoute à peine, l’écriture du vide, ni fond ni forme. Du vomi scriptural, sur millions de pixels.

Du côté des mecs, c’est pas bien mieux. Esclavage consumériste encore et toujours, avec leur iPhone de merde et leur dernier Blackberry dont il n’ont pas encore compris que la seule utilité était de pouvoir être exploité 24/7 en faisant passer ça pour un progrès technologique, tandis que sur d’autres sites on bave sur les dernières Air Max Jordan 3 chépakoi designé par un japonais dont le nom sort d’un manga ou d’un mauvais karaoké, qui est vendue en 400 exemplaires dans le monde, qui est objectivement affreuse mais qui semble tout de même justifier les 950$ demandés pour l’acquérir. Et ne comptez pas sur eux pour la mettre, non ! une paire de cette qualité ne se met pas, elle se possède !! Alors je me réfugie sur l’autre blog, celui où ces guignols du web continuent encore et encore de s’exciter sur des non-sites, des non-idées, du vide existentiel labellisé deux-point-zéro (donc financé à 5 zéros), à jouer à celui qu’a la plus grosse avec les rankings de blog, à sucer les gens dans les commentaires en annihilant toute notion de fierté pour obtenir quelques backlinks qui augmenteront leur classement comme si la valeur de leur personne en dépendait, symétrique comportement de tous ces rappeurs du dimanche qui sucent et resucent sur MySpace, se la jouent vrais avec leur bling bling sur la photo de leur profil, mais restent enfermés constamment dans la maison en préfabriquée de leur parents à Champs sur Marne, en écoutant ACDC et en balancant des « lol mdr » à qui mieux-mieux sur MSN… Monde glauque, sans tripes, sans couilles, sans âme, qui m’ennuie et que j’emmerde, que je voulais découvrir en faisant ce blog mais qui me conforte à rester dans la vie réelle à parler à des gens vrais (comme à l’apéro, big up à vous), à niquer des meufs en 3D et pas en smiley, à déconner ou à errer, à rigoler ou à pleurer, bref à vivre pour de vrai.

PasDesChiffons n’appartient pas à ça, car on se tape éperdument de ce que les gens pensent de nous, de texte de caillera en analyse, de langage soutenu en verlan, de prose en vers, de politique en rap, de séduction en philosophie, le blog est comme on est, beaucoup trop complexe pour faire de nous ce qu’on attend. PasDesChiffons, c’est une grosse éjaculation sur le web, parce qu’on se vide de trop pleins d’analyses, que c’est 200% égoïste, et que plus les jours passent, plus les textes défilent, et plus on se sent vidés, zen, prêt à repartir sur des projets nouveaux. En laissant bien loin derrière nous les superstars du web, trop occupés à raconter leur dernière sodomie virtuelle sur MSN…

parasite

PS : Excusez mon langage châtié mais c’est l’été…. Septembre sera soutenu.

Notes

[1] comprenez qu’il a assez de maille pour m’entretenir, moi qui me dit féministe mais qui ne me nourrit que de l’effet que je fais aux hommes


30
juil 07

L’amour du sillon

La musique a rythmé ma vie. Quand j’ai mal au cœur, j’ai mal au mic. Je m’enivre sans alcool dans un océan de jazz, et quand j’ai le blues, c’est du rock que je croque. Bercé à Brassens, et fasciné par le personnage, chaque passage à Sètes est devenu un pèlerinage. Je deviens un ascète[1] du vinyl à chaque fois que je me trouve dans un garage. J’y déniche un Brel, un Arsonists ou un Pete Rock, entre deux J5, Minnie Ripperton ou Nina Simone. Le son me porte, me berce, me transporte et n’a de cesse de me ressusciter quand viennent les jours de détresse. Et quand ceux-ci s’annoncent, telle une onde immonde, je dénonce la violence du monde d’un détournement de son. Et c’est à fond la caisse… claire et le caisson au top, que je vadrouille vitres baissées, bercé par un morceau de pop… Et pour plaire, être populaire et voir la couleur du string ficelle d’une jolie demoiselle, je fredonne du Neil Young, sauf si elle dit que c’est naze, alors je lui rappe un Nas, un Del, sauf si je suis las… d’elle… Son string était pastel, j’allume ma télé pour voir le karaoké, mon ex était chanteuse… y passe t-elle ? Mais à terme je sais que tout devient poussière, sauf le sillon, Lashoz m’a appris que c’est grâce à lui que nous brillons, nous crions, nous vivons ce son sensass éloge des sens sans cesse… et les mots…. sensuelles caresses dont je ne me lasse… et grâce auxquels je mets un terme aux maux et aux dégueulasses démons de mon égo…

le parasite

Notes

[1] à multiples facettes quand je pique une nouvelle cassette


18
juil 07

Save the cheerleader, save New-York

New York ain't the world, baby.

Bel exemple de mégalomanie américaine, la série Heroes est basée sur la fameuse phrase « Save the cheerleader, save the world » (sauve la pom-pom girl, sauve le monde). Or, il est simplement question d’empêcher un méchant doté de super pouvoirs (Gabriel Sylar) de faire exploser un gentil (Peter Petrelli) dôté d’un pouvoir dangereux (générer de l’énergie nucléaire, donc se transformer en bombe atomique s’il en perd le contrôle). La scène se passant à New York, il s’agit donc de sauver New York. Quand Nagasaki a pété sous une bombe de l’oncle Sam, les américains dormaient tranquille. Je doute fort que les asiatiques (et le reste du monde) en aient quelque chose à foutre que New York explose, en tout cas surement pas au risque d’être en péril. C’est par des amalgames sournois glissés habilement dans des séries mainstream que la manipulation se fait, doucement mais sûrement…


16
juil 07

Velib’, ou l’escroquerie écologique

Velib L’écologie, c’est un truc dont les politiciens se foutent complètement, mais très pratique pour faire passer des mesures perverses.

Cette idée se confirme un peu plus depuis que les candidats à la Présidentielle ont axé le débat sur l’écologie, à défaut d’avoir les idées suffisamment étoffées pour pouvoir l’axer sur les vrais problèmes. Le dernier truc en date, c’est les travaux un peu partout dans Paris pour installer les fameuses bornes « Vélib », les vélos libre-service pour les parisiens[1]. Ce truc est une escroquerie à différents niveaux.

Déjà, Vélib, c’est l’occasion pour Delanoë de flamber en une de tous les magazines en désespérance éditoriale, alors que concrètement, sa gestion de l’attribution du contrat est loin de valoir des éloges. C’est JC Decaux qui construit les emplacements et fournit les vélos, entreprise choisie au terme d’un pseudo appel d’offres. En échange, le publicitaire se voit rétribuer du prix des abonnements[2]. En apparence, ce n’est que justice. Seulement, JC Decaux n’a rien installé gratuitement. La condition a été l’attribution du marché publicitaire de la ville de Paris à JC Decaux, en échange de ces -coûteuses- installations (concessions qui dure une vingtaine d’années et qui menaçait de passer dans les mains du concurrent ClearChannel). Un marché de plusieurs milliards d’euros, puisque l’intégralité des recettes publicitaires présentes sur les abribus et autres supports arrivent dans les caisses de JC Decaux. Je n’ai pas vu de document là dessus, mais il y a fort à penser qu’un encart publicitaire sera placé à terme soit sur le cadran des vélos, soit sur les stations d’accueil. Un tel support mobile et multiple est un régal pour un annonceur. (Surtout sur ceux qui voudront se positionner sur du très à la mode « écologiquement correct »). Parce que les milliards d’agressions visuelles et sonores que l’on subit chaque jour ne semble pas être assez.

Quel est donc l’intérêt de la Mairie de Paris à vouer tant d’énergie à introduire les vélos à Paris? L’assainissement de l’environnement ? N’importe quelle personne qui conduit dans Paris sait pertinemment deux choses : 1/ aucun automobiliste ne peut laisser sa voiture pour un vélo (donc les cyclistes ne sont que des piétons reconvertis, d’où une absence totale d’économie de pollution), 2/ que les pistes cyclables ont considérablement rétréci la chaussée, d’où des embouteillages énormes qui n’existaient pas il y a quelques années, qui créent incontestablement des pics de pollution dans Paris. Il suffit pour cela de comparer la circulation rue de Magenta entre République et Gare du Nord avant la piste cyclable, et après.

L’intérêt de Delanoë et comparses est double.

  • Les pistes cyclables sont un véritable fiasco dont même les écolos critiquent le déploiement outrancier. Il était donc indispensable de les crédibiliser un peu en augmentant artificiellement leur fréquentation.
  • La construction des pistes cyclables, de même que la généralisation des places de stationnement payantes a toujours eu pour but de décourager les automobilistes. Mais pas n’importe lesquels : ceux qui ne peuvent se payer un box ou un parking privé, ceux qui sont obligés de transporter des éléments lourds pour aller travailler (donc les travailleurs manuels, les artisans, etc.…), et plus généralement, ceux qui ne peuvent se payer le luxe d’habiter près de leur travail. Le but de la mairie est donc de continuer le nettoyage de la ville, le déplacement massif des pauvres vers les banlieues pour libérer les appartement pour les riches, ce qui rend une balade à Paris aussi chiante, entre bourgeois méprisant à la terrasse de leur bar « lounge » et touristes moutonniers qui se ruent sur des casquettes « Paris » made in China à 20 euros (bien que produite pour 0,2 cents).

J’ai tort ? Regardez donc qui se balade à vélo à Paris… Le même public qui va voir les soirées Slam à Bastille (et qui achète l’album de grand corps malade), les mêmes que dans les manifs pour la régularisation des sans-papiers. Les bobos. Je n’ai jamais vu de caillera en vélo dans Paris en dehors des mini-rodéos sur les vélos de la Poste volés pendant la tournée du facteur. Je n’ai jamais vu un ouvrier du bâtiment sur un vélo, ni un Malien du foyer. Etudiants en sociologie, vous qui vous ennuyez, allez donc faire un sondage en Septembre près des bornes Vélib, ça intéresserait du monde, et ca vous changera d’un énième éloge de Pierre Bourdieu. Parce qu’il est bon de rappeler que ces bornes actuellement en construction sont systématiquement installées sur des places de stationnement payantes. Déjà qu’il faut environ 40 mn pour trouver une place dans n’importe quel coin de Paris et que l’engorgement est connu et calamiteux, on installe ces escroqueries qui ne plairont qu’aux bobos sur des places qui font déjà défaut. Et encore une fois, je vois peu de Bugatti, de CLS et de Série 7 sur les places de stationnement payantes.

Le Parasite..

…..(En attendant j’empile mes PV, j’enrage dans les files, je tournois dans le quartier, et je crache sur cette ville.)

Notes

[1] cet article fut écrit en Mai, les Vélib’ sont sortis officiellement hier

[2] vantés pour son faible prix, l’abonnement Vélib’ reste 30 fois plus cher qu’à Lyon


11
juil 07

Cendrine Dominguez, ou le parcours type de la pétasse

En voiture dans la banlieue est, je me laisse distraire sur une route nationale par un panneau publicitaire (de ces panneaux ultra glauques le long des zones industrielles où il fait toujours gris). J’y reconnais Cendrine Dominguez, ex présentatrice de Fort Boyard et de différentes émissions de seconde zone. Il s’agit en fait d’une publicité pour Domus, le grand centre commercial dédié à la maison. C’est marrant ca, Domus. Quand on regarde la télé, on a toujours l’impression que les gens passent leur vie dehors, mais quand on regarde ce qui se vend, on se rend compte que y’en a plus d’un qui moisit chez lui. D’ailleurs, quand j’ai vu Domus arriver en même temps que ces conneries d’émission de déco, je me suis demandé si l’un entraînait l’autre ou vice et versa…. Les investisseurs de Domus ont-ils créé de toute pièce un programme télévisé pour générer de la demande ou ont-ils répondu à une demande créée par la télé ? Permettez moi de privilégier l’option 1. Nous laisserons aux journalistes qui s’ennuient le soin de vérifier. Bref. Cendrine Dominguez présente donc une animation commerciale liée à la décoration d’intérieur.

Voici un bel exemple de mise au rebus d’un ex-canon de beauté une fois passée la quarantaine ! La carrière typique serait donc d’être mannequin, d’épouser un sportif célèbre et s’approprier sa renommée via son nom, comme lors d’une fusion-acquisition, entrer facilement dans le milieu du spectacle, et atteindre son sommet en présentatrice télé. Une fois la déchéance atteinte, se recycler dans la décoration d’intérieur (prisonnière de son psychologisme réducteur) et dans les animations commerciales où les beaufs rêvent devant ce qui était à l’intérieur de leur petit écran il y a quelques années, quand Virginie Efira sucait encore son pouce (s’entrainant déjà à son cœur de métier).

La fraicheur a une fin, l’esprit n’en a pas. Quelle belle lecon de morale !


9
juil 07

L’évolution des cailleras

Avant, les hiérarchies étaient simples. La caillera portait un survêtement Lacoste, couleur flashy si possible, genre jaune poussin ou vert grenouille, avec une casquette assortie de la même marque vissée sur la tête. Il y avait aussi la banane en cuir, tantôt vissée classiquement autour de la taille (jamais serrée au maximum, aspect « cool » oblige), tantôt posée en bandoulière. C’était simple et facilement identifiable. De l’autre côté, il y avait tout ce qui n’était pas caillera. Pour prendre l’exemple inverse, on va prendre les bourgeois, qu’on va subdiviser en deux sous catégories, les chalalas et les Charles-Henri (qu’on appelle désormais communément les « adhérents UMP » avec Lashoz, après les images de la victoire de Sarkozy parmi les jeunes militants). Chez les chalalas, déja le souci de la marque de luxe, du moulant, de la gomina, de la déchirure de jean, etc… Pendant que du côté des Charles-Henri, c’était déjà polo avec pull col en V par-dessus, ou chemise sortie nonchalamment du pantalon, lui-même à pinces avec les mocassins qui vont bien.

Aujourd’hui, quand j’observe les ados, je réalise que tout a changé. Si je décrypte bien, ça donne ca : Ce qui aurait été une caillera dans les années 90 a opéré aujourd’hui une fusion improbable entre le chalala et le bourgeois de l’UMP, avec une coupe aussi ridicule que répandue composée d’une crête infâme formée au gel, réplique symétrique de la frange chez la pétasse, avec des vêtements plutôt moulants, plutôt déchirés, toujours de marque (RJ512, Diesel, etc…), et un outil de peacocking genre chaîne en argent Tati Or ou sacoche en bandoulière Manhattan Portage (marque dont ils ne doivent pas connaître l’origine). Plus de casquette, c’est passé de mode (d’ailleurs j’ai remarqué une invasion des casquettes de Baseball américaines et des maillots de basket NBA chez les maliens du foyer Robespierre). Plus de marques classiques comme les nôtres, genre Adidas, Nike, etc… Plus de vêtements de sport. La mode, c’est de s’habiller en permanence comme si on allait en soirée, donc avec un faux style élaboré mais négligé, donc cool. Enfin, dernier élément distinctif, le portable (dernier cri, genre Motorola RAZR, à croire qu’ils changent d’abonnement tous les 3 mois, pendant que je me traîne encore mon ericsson de 2003) toujours à la main, genre toujours à l’affût d’un de mes 23 appels quotidiens (note mentale : préciser que s’il sort avec une bonniche de banlieue, y’a des chances que 22 des 23 appels soient d’elle, avec le fameux « T OUUUU ? », voire le « ouaich vazy T OU là ? », et que ce phénomène peut également arriver même s’il ne sort pas encore avec elle).

J’ai également remarqué que ce changement de style en cache un autre : la distinction entre une caillera et une non-caillera est plus difficile à faire, et ce pour deux raisons. La première c’est que la catégorie chalala et la catégorie caillera est fusionnée (chez les filles comme les garçons). Les chal, toujours au contact de la mode et du sentier, sont vraiment les innovateurs, suivis par les cailleras. La deuxième raison, c’est qu’une catégorie du milieu a pris une place considérable. Ce sont des enfants d’immigrés, mais encore plus blancs à l’intérieur que les militants UMP. Genre une génération qui n’existait pas à l’époque, complètement lavés de toute conscience dissidente « grâce » à l’abrutissement de MSN, Skyblog, MySpace et Difool, un quartet qui représente 95% de leur vie. Ils semblent vouloir éviter le conflit à tout prix et n’avoir aucune autre préoccupations que les fausses zoulettes (leur exact opposé : les filles françaises qui forcent l’accent arabe pour plaire aux pseudo-racailles : deux escroqueries symétriques qui s’attirent) qui animent leur quotidien (virtuel).

Une chose est sure, au royaume des jeans slim Kaporal 5, du Vivelle Dop gel fixation extra forte, du t-shirts à manche longue « FBI » ou « Special Agent », des Converses et du boxer Dim, les « vrais » cailleras doivent se prendre la tête pour savoir qui taper dorénavant…

note : si je suis déjà passé de mode le jour où cet article paraît, donnez nous les dernières marques et les dernières tendances dans les commentaires !


25
juin 07

Souvenir de gosse, part 2: Premier contact avec la bourgeoisie

Au collège, mon meilleur pote s’appelait Clément-Charles. Il était avec moi à l’école primaire, mais vu que j’étais proche de ceux qui lui frappait violemment l’arrière de son crâne à chaque fois qu’il nous croisait, il avait dû inconsciemment m’identifier comme élément hostile. En 6ème cependant, on avait en commun d’être les deux seuls survivants de notre école primaire (les autres ayant été affecté dans le lycée pailleron, le même qui avait brulé intégralement quelques années avant). Forts de ce point commun, on a commencé à s’apprécier.

C’était l’amitié des découvertes. Découvertes des filles, avant je ne pensais pas à quoi elles pouvaient servir à part à jouer les précieuses, découverte de la musique, puisqu’il m’a fait découvrir les Red Hot, Jimi Hendrix, Rage against the Machine, Nirvana, et tous ces groupes de junkies qui avaient le mérite d’affermir mon oreille musicale et de contraster avec le rap qu’écoutait mon frère H24. Evidemment, je ne savais pas que j’étais en train de me construire une culture musicale plus riche que 90% des « rappeurs ». Dans la série des premières, il y a eu ma première invitation à aller chez un ami (mes potes de primaire vivant dans des squats ou des cités où ils étouffaient a 10 enfants), première invitation à un anniversaire, et puis avant tout, mon premier vrai contact avec la bourgeoisie : la famille de Clément-Charles.

J’ai des souvenirs précis de ce jour là :

  • J’étais extrêmement gêné
  • Je remerciais plus que de raison, comme si le fait de me laisser entrer était un honneur que je ne méritais pas forcément
  • J’étais affreusement mielleux, ce qui contrastait avec la réalité qu’ils voyaient par leur fenêtre depuis des années, à savoir ma nature de racaille.
  • Son père (un bon vieux francais avec une moustache et un bérêt, du genre qu’on voit dans le cortège du FN pour la fete de jeanne d’arc, des fusils dans l’entrée pour chasser, etc…) me regardait de haut avec une méfiance incroyable, une attitude dont je me souviens encore tant elle m’a foudroyée. Il y avait derrière une politesse de facade, une évidente déception à l’égard de cette fréquentation de son fils, et, plus sournoisement, une haine palpable, qui devait remonter à sa propre enfance. Je suis resté ami avec ce type pendant 5 ans, et pendant 5 ans j’aurais eu droit à ce même regard méprisant de la part de son père.
  • Sa mère parlait ouvertement de sexe, ne fermait pas le son à la télé quand il y avait des gros mots, avouait avoir fumé des joints plus jeunes, se pavanait en bikini sur le balcon de leur F4 HLM (c’est à ce moment que j’ai d’ailleurs dit à mon père d’arrêter d’espérer pour notre dossier), bref, représentait tout l’inverse de ma mère et confirmait tout ce que la télé me montrait. Evidemment, en tant qu’ado, ca a été un gros chamboulement intérieur, étant évidemment beaucoup plus convaincu par ce modèle de laisser aller prôné par la télévision que par mon modèle familial, tellement pas drole pour un gosse de 12 ans.

Un jour, il m’a proposé d’aller en week end en Normandie chez ses grand parents. Hônnetement, je n’avais jamais été invité nulle part avant. A deux trois boum tout au plus, où ma timidité m’empêchait de draguer les filles dont j’étais secrètement amoureux. J’ai cependant réussi à avoir deux amourettes de jeunesses, mais les deux avaient un point commun : elles m’avaient sauté dessus. Ca m’a permis d’apprendre ma lecon numéro 1 : jouer les rebelles (ou mieux, en etre un) et avoir de l’humour (j’ai toujours eu une productivité de blagues et vannes assez conséquente) est un cocktail qui attirait les femmes. Invitation solennelle en Normandie, donc. La Normandie, dans mon inconscient de gosse pauvre, c’était un peu New York. Je me rappellerai toujours de ce jour de CE1, bizarrement limpide dans ma mémoire. C’était à la veille des vacances de Pâques. La maîtresse nous demande « Où allez vous partir en vacances cet été ? », et elle de passer en revue les élèves un par un. Le premier intérrogé était un certain Jérome L, pas crésus mais pas comme nous. Sa réponse était simple « Je vais en Normandie ». Le mec à coté de lui était Hakim K, un mec extrêmement pauvre qui avait un sourire bêta inscrit en permanence sur son visage, il répondit bêtement « En Normandie ». Coïncidence ? La tournée continue, avec Youssoufou : « En normandie ». Amine, « En Normandie », Sarah « En Normandie », etc etc… jusqu’à moi. A ce moment, dans ma tête il y a eu ce qui a dû certainement se produire dans celle des 14 élèves avant moi, à savoir « mais moi je suis jamais parti en vacances de ma vie !! pourquoi elle me demande ca la maitresse !! Si je dis la Normandie ca va faire un peu gros donc vaut mieux trouver une autre région mais j’en connais aucune a part nouillorque… mais peut etre que… ‘NORMANDIE’ » ayé c’était sorti de ma bouche, avec le regard du menteur qui sonde le regard de l’autre pour évaluer à quel point son mensonge a été décrypté. La maitresse était amusée mais n’a évidemment pas relevé et expliqué cette flagrante situation de misère sociale et de complexe intégral du colonisé. Il était donc l’heure d’aller en Normandie, de voir ses buildings, ses endroits de fêtes comme on l’imaginait. Après deux heures de voitures, je me suis rendu compte que la normandie, c’est un peu le parc des Buttes Chaumont en plus grand. J’étais blasé. En plus, j’ai vite réalisé que la famille dans la bourgeoisie, c’était pesant et omniprésent (et contrairement à nos familles, c’était pas du tout naturel et ca ne savait pas recevoir). C’est tout plein d’attentions surfaites, tout plein de clichés, et j’ai surtout découvert ce que c’est d’être considéré comme un bon sauvage. « Et ton copain, il mange du porc ? ». Non, évidemment son « copain » est un imbécile inculte qui n’est pas en mesure de répondre oui ou non à une question fermée. Son copain est cet animal méprisable, douce curiosité issu d’une tribu qui créé des ornements dont on décorerait bien nos appartements, mais qui sont forcément inférieurs et méprisables puisqu’on leur a pillé leur pays avec leur consentement. Les décorations de statuettes africaines, les posters Banania, les chapeau de pailles à côté des empalements, ce voyage a creusé un énorme trou à l’intérieur de moi, instantanément. Un trou que les remarques assassines, que les « et ses parents, ils travaillent ? », les « bah ! il boit pas d’alcool ? Ah oui, c’est la religion » ont fait remplir d’acidité… Une acidité qui n’est pas complètement partie, 15 ans après.

Pas complètement partie parce que, même avec ma sagesse d’animal social bien dressé, je n’arrive pas à encaisser tous les coups. Je n’arrive pas à encaisser quand je dis « Merci docteur, j’espère que ca ira mieux la prochaine fois » et qu’on me répond « Inch’allah… c’est comme ca qu’on dit chez vous non ? ».. Je ne peux pas encaisser quand je vois que les regards du père de Clément Charles sont les mêmes regards de tous les directeurs de machin qui travaillent dans mon groupe de communication, les mêmes regards des parents de 80% de mes amis, de 95% des parents de mes copines, les mêmes regards de 85% des gens dans le métro le jour où je veux me sentir bien le week-end avec ma casquette, ma capuche et mon casque de baladeur… Les mêmes regards quand les flics m’arrêtent et me mettent des amendes, le sourire en coin. Le même regard de tous ces blaireaux de bourgeois d’ESC que j’ai supporté pendant trois ans. Le même regard depuis, malgré les emplois que j’ai créés, les activités que j’ai développées, l’argent que j’ai fait rentrer dans les boites qui m’ont embauchées, malgré la reconnaissance unanime par le marché de mes compétences… La puissance de l’apparence, personne ne peut s’en défaire.

La puissance de l’apparence, le jugement sur l’apparence, soit cette capacité à toujours nous faire sentir comme si on était de trop, comme si on était inférieur. Dieu merci, ca ne prend plus sur moi depuis que j’ai conscience de valoir mieux que 98% d’entre eux, mais pour un qui y voit clair, combien se laissent aveugler ? Combien sont maintenus dans une situation d’infériorité qu’ils n’ont pas demandé ? Combien se sentent écrasé ? Ce qui donnera des enfants frustrés et complexés par cette situation figée et immuable en apparence… une situation qu’ils ne penseront donc pas possible de renverser à la régulière, et seront donc tentés de la renverser par la force (après tout une agression n’est jamais « gratuite », c’est toujours un rééquilibrage foireux d’un sentiment d’infériorité). Je le dis car chez moi, la limite est encore fine… presque personne dans mon entourage ne peut s’en douter, vu la « réussite » aux yeux des gens… Mais les cicatrices ne referment pas facilement, et ce n’est pas avec quelques billets de banque qu’on peut effacer une mémoire blessée. Je vis heureux et épanoui, mais chaque rappel de ce rapport de domination inconscient fait rapprocher la douce limite, cette frontière subtile entre la rage à mettre dans le travail et dans la recherche du bonheur, et la rage tout court… En espérant ne jamais flirter avec le rouge plus de quelques minutes, ce qui m’a pour l’instant toujours sauvé.

La puissance de l’apparence. La puissance de l’apparence, ca génère un autre phénomène absolument ignoble chez les enfants d’immigrés : c’est la sucerie dyssimétrique, soit ce mépris d’avance qui précède un lêchage exagéré quand la personne s’est rendue compte de votre position sociale. On en parle la prochaine fois…. « Inch’allah » comme on dit chez moi….


14
juin 07

Pourquoi les RH sont des femmes ?

Vous vous rappelez de la réduction psychologiste ? Si, si, dans cet article. Voici pour moi, l’exemple même de la réduction psychologiste qui amène le système capitaliste à se servir de la femme pour le boulot de merde, avec son plus grand consentement. (et le soulagement des hommes)

Qui sont les RH ?

RH, ca veut dire ressources humaines. Pour quiconque a déjà travaillé dans sa vie, le premier réflexe lorsqu’on arrive dans une nouvelle entreprise, c’est de savoir qui et où sont les RH. Car on n’est dupe que la première fois. Les RH, c’est le service qui se fait passer pour ton ami mais qui t’arnaque à la première occasion.

Lors de ton embauche, c’est elles qui mettront la pression à la baisse sur ton salaire, en usant de chantage à la non-embaûche à mesure que tu seras vraiment en galère (d’où la déconcertante facilité des entretiens quand on a déja un poste). Une fois embauché, c’est elles qui surveilleront tes congés, la validité de ton coupon de carte orange (attention, tu pourrais leur carotte 5,20 euros.. Quand tu es payé 25K en dessous du prix du marché), c’est elles qui te feront croire qu’elles t’accordent des formations, qu’elles t’accordent un droit à la recherche d’un logement, et que c’est une chance, alors qu’il s’agit uniquement de dispositions légales obligatoires figurant dans le code du travail, et qu’au contraire c’est un scandale que l’entreprise ait violé la loi pendant 3 ans. C’est également les RH qui se chargent d’épier ta productivité, ton comportement, et qui décideront in fine si tu as droit ou pas à une augmentation cette année ou pas, même si tu t’es saigné et que les résultats sont là. Enfin, c’est évidemment elles qui te remettront ta lettre de licenciement le jour J.

Car les RH, contrairement à ce qu’on croit la première fois qu’on les voit, c’est un service du coté du patronat, et en aucun cas des salariés. Elles reportent directement au directeur général, et parlent du personnel avec tout un tas d’indicateurs financiers genre productivité par tête, productivité horaire, headcount, masse salariale… ce qui, avouons-le, est un langage bien obscur pour parler d’êtres humains.

La génèse de sa vocation

Je l’ai vu devant moi. Elle s’appelait Caroline. C’était l’année ou je n’avais tellement plus rien à foutre en école de commerce que je m’étais perdu en filière RH. On était tous en alternance (la filière des pauvres ou des acharnés du travail, voire les deux). Elle était assistante DRH dans une entreprise de maïs vers Lyon. Elle aimait son métier. Une boite purement industrielle, des employés très modestes et très mal payés. Elle me disait que ce qu’elle aimait, c’est le coté humain, le côté social. Elle avait l’impression de faire quelque chose pour les gens. Je l’aimais bien. Elle avait un cul très musclé, des seins en forme de pommes. Elle m’aimait beaucoup et faisait toujours ma partie pour les travaux de groupes. Un jour elle s’est lâchée, et m’a raconté une anecdote arrivée la semaine d’avant. Elle a reçu un budget de 100 euros de son patron. Objectif, inviter 10 personnes au restaurant… Faites vos calculs…. Bingo, c’était direction le MacDonalds (de Bron je crois, à coté d’Ikéa). Alors les gens mangent, se détendent, tout contents que la nouvelle des RH les invite à manger. Puis, avec l’argent restant, ils passent à un bar, où ils commandent du pinard. La, les instructions étaient claires : « ne buvez pas, laissez ces pochtrons se bourrer la gueule, surtout Dubreuil, et attendez, ils vont commencer à balancer, et là, essayez de vous rappeler de chaque phrase ». Chose qu’elle a faite, consciente « que c’est pas bien », mais sans le moindre regret.

Une fois en poste

Une Stéphanie maintenant. Cette fois-ci elle est blonde, un peu grosse, et de très jolis yeux bleus. En langage de drague, c’est une LSE$$low self-esteem$ extravertie, ce qui veut dire qu’elle donne une impression très ouverte, sympathique voire enjouée et limite hystérique (elle théâtralise les ¾ de ses actes) mais qu’elle a subit un traumatisme grave qui la déstructure en fait profondément dans ses rapports avec les hommes, et qu’elle est un problème à elle seule, donc plein de solitude et de tristesse quand on creuse, mais une vulnérabilité qu’elle utilise à des fins de manipulation exclusivement. Bref, qu’elle est « in-gamable », au risque d’y laisser des plumes. Trêve de digression (je ferai un texte sur ce genre de filles), nous étions dans le train, en route pour un salon, auquel elle m’a certainement amené avec le vague espoir que je tente de la séduire, pour avoir l’impression d’avoir cette emprise qui lui donne ce sentiment d’existance. Chose que je n’ai évidemment pas fait. Mais c’était l’occasion pour moi de prendre des infos. Ainsi, quand je lui demande ce qu’elle aime dans ce métier (en préparant soigneusement le jour ou j’écrirai ces lignes) là encore la réponse est éloquente « j’aime le coté relationnel, tu es près des gens, de leurs besoins, tu es près des managers, tu vois différentes sensibilités, etc… ». Alors je lui demande « et si on te demande de licencier quelqu’un, tu le ferais? », et elle : « bah oui, sans hésitation, c’est mon métier ».

Il y avait aussi Pétra, la suédoise. Qui est venue de Stockholm pour faire son numéro d’actrice à chaque employé, en meeting one-to-one avec chacun d’entre eux, même les stagiaires. Sa technique était toujours la même: laisser l’employé parler librement, de sa vie pro mais surtout de son ressenti personnel, de sa vie personnelle, pour l’amener progressivement vers ses failles. Là, elle tapait son numéro de charme et de chien battu (sur les mecs ou les femmes, les deux marchent), elle faisait semblant de raconter ses problèmes, les larmes aux yeux (une fois c’est crédible mais 25 ca l’est moins), avant de demander: « et sinon, Jean-Pierre, il est comment dans le travail? » ou « Lolita, elle est peu distraite non? » etc… Bref, de l’extorsion d’information par les sentiments..

Ce qui m’amène à penser :

Les femmes ont de plus grandes chances de réussir dans un métier comme la RH, car leur réduction psychologiste tend à leur faire exagérer l’importance des implications sentimentales et « humaines », et à leur faire minimiser les considérations socio-économiques. Consciente de recevoir les ordres du patron (donc d’un individu qui, les 9/10 du temps, est fort d’une formation financière, et pas d’une formation d’assitante social ou de psychologue), elle minimise les impacts des impératifs économiques sur son travail, en refusant de voir l’évidence, donc en refusant de voir qu’elle n’est qu’une petite main à bas prix pour executer le sale boulot du capitalisme.

Les réseaux de racailles (les vrais, ceux dont Sheryo disait « je sais qu’les vrais cailleras n’ont pas l’temps d’péra ») disposent de « nettoyeurs ». C’est les mecs qui vont faire le sale boulot, séquestrer, tabasser, voire plus. Les animaux ont les charognards. Le capitalisme a aussi ses nettoyeurs, ses charognards. Et ces salariés qui executent cette basse besogne sont forcément partie de ces salariés qui, sous couvert d’humanité se laissent à faire les pires ignominies. C’est le cœur même de l’utilisation des femmes par le capitalisme[1]. C’est une des raisons du développement du travail des femmes (et de son appui dans les medias), et de l’immense chance que cela a représenté pour le Capital, alors même que les féministes des medias bernaient tout le monde en parlant de « libération sexuelle ». Une libération du mari pour trouver l’esclavage au patron, qui a servi avant tout à concurrencer les hommes et donc faire une pression GLOBALE des salaires à la baisse. Des entreprises qui ont donc gardé un effectif constant tout en réduisant leurs coûts, dispensées d’embaûcher grâce à la productivité gagnée grâce à ces nouvelles salariées, déterminées, engagées et motivées… bref, une belle opération financière.

Le Parasite

Notes

[1] et de leur fibre émotive, de leur sensibilité à vouloir résoudre des problèmes du monde


4
juin 07

Souvenirs de gosse, partie 1

Enfance

Quand j’étais petit, je croyais que le monde était comme mon école. Dans ma classe, mes meilleurs potes c’était Youssoufou, Batéfili, Abdelssamad, Chems, Hakim et Morad. On s’est tellement marré que je repense sans cesse à eux, même 20 ans après. Vu que tout le quartier était à notre image, bien avant l’époque où il a été ravagé par l’invasion bobo, on nageait dans un océan de bien être, de tolérance… A vrai dire, on ne se posait même pas la question. Il y avait quelques francais bien sûr. Mais bien loin d’eux l’idée de répéter les idées éventuellement racistes de leur parents : le tribunal de la cour statuait en référé à 10h, à 12h et à 15h, il était sans jurés, sans magistrat et sans avocats. Juste un juge (le groupe) et une sanction (le cercle, la mêlée, le passage à tabac).

Je me rappelle qu’un jour, un dénommé Polo (un fils d’immigré portugais ou italien de 3ème génération sans doute, dont les parents avaient eu le temps d’oublier d’où ils venaient) m’avait traité de « sale arabe » dans la cour. Moi, bien que nerveux et provocateur, j’étais finalement assez pascifiste par rapport aux autres. Déjà a l’époque, j’arrivais à être pote avec des gens d’horizons différents… des asiatiques (qui étaient les seuls à rester entre eux), et même des juifs et des francais. Au moment de l’insulte, toute la cour nous a encerclée. C’était l’heure du fameux « Oh l’bataaaard !!! ça m’aurait pas plu !! sanction !!! » repris en cœur par la foule en délire, désireuse de voir du pugilat. Alors j’ai suivi la foule. Premier combat, première victoire, je lui ai même cassé une dent… de laie. J’ai alors été happé par la masse, littéralement porté en triomphe et admiré…. jusqu’à ce que la cloche sonne.

C’était ca, notre quotidien. A l’époque, ma mère m’habillait chez Auchan. J’ai eu mes premières baskets de marque à 11 ans, en 5ème, des Nike en promo de chez André. 120 francs. En primaire, je faisais figure de mec classe avec mon manteau à 40 francs du marché de Place des Fêtes. A coté de moi, y’avait Seïdou et ses frères et soeur. Ils étaient 9 enfants dont 5 dans cette école primaire en même temps que moi. Sa sœur, Madjou, était dans ma classe. Ils habitaient dans un squat collé à mon immeuble. Les 5 enfants, bien que répartis sur 5 classes différentes, portaient absolument tous les mêmes vêtements. Chaussures, pull et pantalon. Je suis resté 5 ans dans cette école, je n’ai jamais eu le souvenir de les avoir vu changer de vêtement en 5 ans.

Mais on ne se posait aucune question. Bien sûr, de temps en temps j’entendais la Maîtresse donner des adresses à Madjou mais je ne comprenais rien.. ça parlait d’assistante sociale, de PMI, de planning familial… Madjou, c’était pas le genre à faire des frasques. On n’arrivait jamais à lui parler, et quand on y arrivait, elle parlait tellement bas qu’elle nous faisait flipper. De toute façon on avait du mal à l’approcher à cause de son odeur. Comme on disait, elle sentait pas la laverie. Quand je vois les femmes de ménage, les éboueurs, ces veilleurs de nuits qui vivent au foyer Robespierre, la mine triste et l’avilissement dans l’attitude, je revois Madjou. Comment veux tu t’imposer quand tous les éléments t’écrasent…

Après les cours, on allait au relais. C’était un endroit où tous les gosses du quartier allaient pour travailler, avec des « éducateurs » qui alternaient aide aux devoirs et activités, type danse, etc… J’y suis allé quelques fois, puis ma mère a vite compris que les devoirs étaient un prétexte (« héééheee… je t’itirdis d’aller avec les noirs et les voyaux !! T’as taux ce qu’élle te faut éssé !! »). J’apprenais bien plus tard que tous ces noirs qui peuplaient le relais n’étaient pas la par hasard, mais plutot pour cause de turnover. Le turnover (enfin, je l’appelle comme ca mais pour eux ca devait etre « tu dégages hein ! vLaiment je t’ai déjà dit de pas LentLer avant 19 heuLes hein!!!) c’est quand t’es un mari polygame, que tu vis dans 35 m² et que tu dois stocker les 5 enfants que tu as avec chaque femme. Sans avoir fait maths sup, j’avais déjà compris à cette époque que c’était pas possible.

Alors le soir, ma mère me prenait la main, et m’emmenait faire des courses avec elle. A Prisunic. Pour moi, aller à Prisunic, c’était mon petit bonheur de la journée. Quinze ans après, j’ai appris que pour elle aussi. On achetait pas grand-chose à Prisunic, quelques boîtes de conserves « Forza », une imitation « Banga » que j’aimais beaucoup, soit une boisson à l’eau aromatisée aux fruits exotiques, et un paquet de café. C’était bien avant que Leader Price ne s’installe, et bien avant que Monoprix ne pullule, en même temps que les bobos.

Les bobos, je les ai vu arriver. Enfin, les premières vagues. Ca a commencé par une galerie de sculpture, puis deux, puis un atelier peinture, et des expositions le Samedi matin. Nous on y allait après l’école, mais on ne comprenait défintivement rien, à part que c’était vraiment cool de manger des TUC à l’œil. Ces gens là, on les voyait dans la rue. Ils étaient jeunes, beaux, et avaient des enfants tout aussi beaux. Ils habitaient à quelques numéros de chez nous, mais on n’a jamais vu leurs enfants dans notre école (à mon grand dam, car j’avais flashé sur une Alice). Ils étaient tous à l’autre école, celle de l’autre coté des rails, là où les barres se terminent et laissent place à une petite rue charmante, devant l’église. Bien sûr, nous ne savions pas encore ce qu’était la carte scolaire, le rectorat, la corruption…

A la maison, mon père rabachait dès que l’occasion se présentait les bienfaits de l’excellence à l’école. Il nous rappelait régulièrement que s’il avait pu aller jusqu’au bout de ses études en Algérie, que s’il n’avait pas été orphelin à neuf ans et qu’il avait dû casser les pierres pour pouvoir manger (5FF par jour), il était le plus brillant de sa classe en mathématiques, et serait allé très loin. Un vrai enfant de la guerre. Je ne savais pas que la vie me conduirait à comprendre ce qu’il voulait dire, à savoir que quand tu es dans la merde jusqu’au cou, les études sont un exutoire en or, en plus d’être objectivement le seul moyen pour t’en sortir.

Je me rappelle qu’un jour, mon frère, déjà au collège, ramenait fierement un contrôle où il avait eu 20. Je me souviens très précisément du regard de dédain que mon père lui a lancé en disant « je ne veux pas des 20/20. Je veux que tu ramène des 21/20 ». C’est les petites attitudes qui forgent une éducation.

Une certaine dose de protection m’a empêché miraculeusement de sombrer dans un destin qui me tendait les bras. Si je devais résumer tout ce qui m’est arrivé ensuite, je l’expliquerais par cette époque. C’est à cette époque où ma grille de lecture s’est formée, et où j’ai réalisé que je ne voulais ni être le jeune premier qui ne fait rien avec les autres, ni être dans un groupe où chaque fait et geste n’était plus fait pour moi-même mais pour prouver ma valeur au groupe. Et la seule façon de n’appartenir à personne, c’est d’appartenir à tous. C’est à ce moment là, qui coincide grosse modo à mon entrée au collège, que j’ai eu mes premiers contacts avec la bourgeoisie. Des contacts qui allaient changer ma vie.

Suite au prochain numéro…

Parasite