Politique & Société


23
avr 07

Le bal des rabatteurs

Je les vois défiler, un par un, pas abasourdis pour un sou, apparemment satisfaits, balancer une courte intervention souvent floue et confuse, et annoncer la nouvelle, l’air de rien, comme si c’était une bonne chose, avant de s’effacer. Je parle des rabatteurs, ceux qui ont confirmé ce soir à 200% ce que je pensais de la politique. Des partis en miettes, idéologie vendue, dépouillés d’électorat après s’être pendant des années moqué de leurs électeurs, et aujourd’hui à la solde de la machine politico financière qui les manipule. Pas fâchée la Marie-Georges, de voir le PCF en lambeaux (et avec lui, toute la force syndicale et progressiste, moteur des avancées sociales de ce pays… laissant le socialisme aux bobos et aux gays parisiens). Plutôt souriante l’Arlette, de voir que le terreau ouvrier se trouve aujourd’hui bien plus captivé par des notions d’individualisme exacerbé, couplé à une protection xénophobe épidermique d’un Le Pen ou de son sosie délavé. Contents Besancenot, Voynet, exécutant avec joie et comme à la parade la dernière partie de leur contrat, en se moquant éperdument de la conviction avec laquelle ces centaines de milliers, ses millions de personnes ont voté pour eux, un peu plus tôt dans la journée en pensant effectivement défendre un projet de société. Radieux de Villiers, qui a rempli son contrat de récupération des voix les plus radicales de Jean-Marie. (celles qui étaient passées entre les mailles du filet Sarkozien) Enervée Marine Le Pen, que l’UMP ait repris « le positionnement » (sic) de son papa.

Et les gens qui font la fête… Hallucinante propension qu’ont ces gens à se réjouir de rien, pour compenser le vide sidéral de leur vie. Des jeunes qui dansent… enfin, des jeunes en pull Zadig&Voltaire, au dessus de leur chemise en soie, stéréotypes du 16ème et du 17ème, pas foutus de comprendre une équation à deux inconnues en cours, donc encore moins à-même de comprendre leur rôle de pion dans ce jeu d’échec de pouvoir et de communication. Des femmes voilées qui crient « Ségolène présidente », des gens qui espèrent, comme ils espéraient en 1995, la première élection où la joie des gens pour de la politique m’avait choquée. Tant de désillusions sont passées en 12 ans, tant de complaintes et de manifs, tant de lois passées de force, tant d’abus démocratiques, tant de déclarations accusatrices à la machine à café ou aux dîners de famille, mais ce soir, les gens font la fête. Une fête qui ne dure qu’un temps. Le temps de se sentir concerné par cette appartenance communautaire, qui n’est au final qu’une appartenance à une case marketing. Une fois le segment exploité, il s’autodétruira, comme le message de mission impossible, et comme le programme politique de leur chouchou d’un soir. Autodestruction d’un projet de société, désatomisation de segments marketing que 4 millions d’électeurs viennent de vivre en direct à la télé.

« Individu consommable, mis dans des cases inflexibles
Et si je brise les chaînes invisibles des identités hybrides
La complexité sera ma résistance, mon fond de commerce
Cela fera de moi un mauvais commercial mais un homme libre » (Rocé)


18
avr 07

Pourquoi je ne me retrouve dans aucun candidat

J’ai mûrement réflechi, je me suis informé, j’ai suivi leurs pérégrinations électorales, j’ai bu leurs discours champêtres, banlieusards ou citadins, j’ai pesé le pour, le contre ainsi que toutes les autres prépositions qui s’en rapprochent. Mais rien n’y fait. Ou plutôt si, tout concorde, tout est lumineux: je ne me retrouve dans aucun candidat. Certes, je le savais déjà avant, et j’aurais mieux fait de m’épargner tant de lectures et suivis d’actualité pour en arriver à une si piètre conclusion. Non pas que, doué de surnaturels pouvoirs divinatoires, j’avais tout analysé et compris d’avance. Simplement qu’à chaque dernières élections durant lesquelles j’ai eu le bonheur citoyen de me faire tamponner la carte d’électeur, j’ai ressenti la même désillusion. Ne pas savoir sincèrement pour qui glisser mon bulletin dans l’urne.

En accord avec aucun candidat sur tous les points de son programme, j’espère en secret tomber sur celui qui pensera tout comme moi, aura les mêmes idées, les mêmes projets. En attendant, je me contente du moins pire, j’accorde ma confiance à celui ou celle qui se rapproche le plus de mes convictions. Mais je ne me sens toujours pas représenté. Je suis celui qui attend un programme sur mesure, égoïste utopiste qui croit possible l’accession de 30 millions d’élus aux mandats, portés par l’individualisme de 30 millions d’électeurs.

Heureusement la segmentation des discours et la communautarisation (cf. L’élection présidentielle pour les nuls) sont là pour soigner mes états d’âme. Elles me prennent par la main et m’emmènent, moi convaincu par un discours formaté pour ma gueule, uniquement la mienne: je suis coincé dans ma petite case de jeune étudiant blanc des classes moyennes, et on m’adresse pile-poil un discours pour jeunes étudiants blancs des classes moyennes. Miracle, mon voisin lui aussi a été convaincu par un discours s’adressant pile-poil aux voisins de jeunes étudiants blancs des classes moyennes. Et avec lui aussi convaincus son voisin et le voisin de son voisin. Des idées politiques, des réflexions sociales et un programme électoral comme pensés pour chacun de nous, assouvissant cet égoïsme qui nous rend tellement indécis. Aurais-je ainsi trouvé le candidat idéal, chevalier blanc (ou noir en fait, je m’en fiche) sur son destrier républicain venant enfin délivrer ma France des maux qui la rongent ?

C’est beau, c’est bien pensé (et c’est bien écrit, merci je prend aussi). Sauf que. Je me suis penché sur la segmentation de mon voisin et je me suis rendu compte que là ça ne collait plus du tout, chez mon nouveau candidat fétiche. Son cheval est gris, moi j’avais demandé blanc ou noir pour aller avec le chevalier, et au final, ce con de politicien propose à mon voisin d’isoloir des options bien différentes de celles qui m’étaient avancées sur les mêmes thèmes. Je ne sais plus qui croire, je suis perdu et en plus d’avoir découvert le pot-aux-roses, je ne me retrouve plus dans aucun candidat.

Ce qui est amusant est surtout d’entendre autour de soi cette dernière remarque, agrémentée d’une pincée de nostalgie pour le bon vieux temps, ou d’un habituel « c’était mieux avant » qui fait doucement s’éclater de rire les anciens. A croire que depuis quelques années uniquement, la politique est affaire de corrompus et de menteurs, et qu’il devient impossible pour l’électeur de faire son boulot correctement en trouvant du premier coup le candidat type qui répond parfaitement à ses attentes. Mais parce qu’avant on pouvait ? Certes, un Napoléon Bonaparte avait au moins l’enviée capacité d’envelopper la France votante dans une unité et une certitude déprimante pour les 12 candidats des présidentielles de 2007: un referendum avec lui, c’était « oui » ou « oui« [1].

Les candidats étaient-ils meilleurs et plus représentatifs avant ? je ne le pense pas, en tout cas pas plus réprésentatifs dans l’absolu. Si l’on se plaint plus, c’est peut-être aussi parce que nos références ont évolué, nos façons d’envisager la politique se sont multipliées, notre attention sur les problèmes mondiaux s’est décuplée. Mais nous sommes aussi devenu une génération de zappeurs, où tout doit aller plus vite, où nous passons d’un candidat à l’autre, d’une opinion politique à l’autre car la lenteur des débats ne nous sied plus. De plus nombreux paramètres entrent en jeu dans une élection, et l’explosion médiatique nous abreuve d’information tant et si bien qu’elle rend les choix plus difficiles car chaque déclaration d’un candidat allègera ou ajoutera un poids sur le plateau de la balance électorale de chacun. Au fond, pas moins qu’avant on ne se retrouve réellement dans un candidat, l’avantage autrefois était probablement de l’ignorer plus qu’aujourd’hui.

Zapolitique

Notes

[1] Le 10 mai 1802, Napoléon organisait un plébiscite en posant la question suivante: « Napoléon Bonaparte sera-t-il consul à vie ?« . Le résultat de plus de 3,5 millions de « oui » contre 8374 « non » pourrait laisser certains rêveurs, sauf de rappeler que le scrutin n’était pas secret…


16
avr 07

Vote électronique

On veut semble t-il généraliser le vote électronique en Europe. Quoiqu’assez progressiste (au sens propre du terme) en général, je dois dire qu’il faut ici se méfier sérieusement de ce qui se présente comme une avancée technologique. En effet, les français qui viennent exercer leur devoir de citoyens et qui redonnent un peu de leur temps le soir, tout cela multiplié par des dizaines de milliers de personnes dans des dizaines de milliers de bureaux partout en France est un garde-fou inestimable de la démocratie. En plus de contrôler avec des centaines de milliers d’yeux différents la validité de chaque bulletin, et donc la validité parfaite du scrutin (ce qui nous a toujours évité des scandales incroyables comme aux Etats-Unis, où on ne sait toujours pas si GW Bush est un président élu ou pas), c’est pour la plupart des gens leur seul et unique contact avec la république.
La première fois qu’on m’a demandé au bureau de vote « êtes vous disponible pour venir dépouiller ce soir », j’ai eu pour la première fois de ma vie l’impression d’être français (à 19 ans). J’étais presque choqué: « pourquoi est ce qu’on me demande à moi d’avoir un rôle si important alors que je suis au niveau zéro de l’échelle sociale? »

Perdre ce lien, c’est perdre le seul endroit et le seul moment de la vie où la nationalité transcende le statut social et les appartenances communautaro-ethniques.

ps: Pour ceux qui en doutaient, le hacking sans difficulté d’une machine de vote électronique. (NULLE machine programmée par un homme n’est inviolable… si les énormes industries de la musique, du cinéma, du DVD porno ne sont jamais parvenues à dépasser l’intelligence des hackers, pourquoi des sociétés de services informatiques de seconde zone mandatées par l’Etat y arriveraient-elles??)


4
avr 07

Le vote blanc

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Le vote blanc non comptabilisé est une règle constitutionnelle anti-démocratique. Le vote blanc exprime une volonté, un avis, un choix. C’est une alerte à laquelle il faut répondre, c’est un échec de la démocratie représentative. Si aucun candidat ne satisfait une large partie de l’electorat[1], c’est que le système va mal.

Qui sait ? Peut être qu’il se porte bien notre système adoré…

On peut le voir sous un autre angle, on peut constater que les barrières à la candidature présidentielle ont parfaitement joué leur rôle (coût d’une campagne, lobby des 500 signatures, études politiques, classe politique hermétique, partialité des médias). Le vote blanc doit forcément arranger certaines personnes. Ce qui est sur c’est qu’il ne dérange personne.

Le renoncement au vote, c’est pire que le vote blanc contestataire, c’est une véritable alerte rouge de la déresponsabilisation de la population.

Nous sommes blasés, vous nous avez eu à l’usure…

Notes

[1] sans compter tout ceux qui votent par défaut, ils sont de plus en plus nombreux…


31
mar 07

La Politique tapine pour l’économie

Les relations entre le pouvoir, les médias, les lobbys communautaires et financiers sont d’une évidence transparente pour l‘œil critique et cartésien.

Je vous préviens tout de suite, je ne me complais pas dans la théorie du complot qui décrédibilise toute critique contestataire du pouvoir. Théorie selon laquelle une poignée d’hommes haut placés font des calculs machiavéliques et contrôlent le monde dans une salle luxueuse enfumée d’inhalation de cigares.

Il s’agit d’interactions sociétales et systémiques, d’interdépendances flagrantes engendrant des influences concrètes sur les décisions aux enjeux importants et souvent financiers.

Une campagne, ça se finance. Et quand on voit combien sa coûte c’est déjà anti-démocratique. Il existe donc une dépendance claire entre politique et lobby d’investisseurs, comme il existe à l’inverse des barrières à l’action politique érigées par les impératifs économiques. Le Pen ne pourra jamais virer les étrangers, sinon qui nettoierait la merde dans ce pays? Comment va-t il remplacer cette main d‘œuvre de substitution et de pression à la baisse du salaire? Une armée de chômeurs qui ne demandent qu’à travailler et qui à défaut grattent les allocations sociales…

Il y a des réalités économiques et des pressions telles sur les politiques que dans une certaine mesure, ils ont les mains doublement liées. Ils ne peuvent pas s’attaquer à certains secteurs avec la même liberté que celle dont ils bénéficient pour d’autres secteurs, ils ne peuvent pas réformer des fondations du système économique créatrices de malaise social et d’injustcice etc…

Cette interdépendance à deux niveaux produit deux fois plus de barrières au changement structurel de notre jolie société adorée.


29
mar 07

Le pouvoir au peuple

Le pouvoir au peuple ça n’existe plus depuis longtemps, mais est-ce que cette noble idée a vraiment existé un jour dans la réalité ? Nous évoluons dans un système de participation passive. Nous baignons dans l’illusion du changement par le vote qui est tellement rare et manipulable.

On a le droit d’ouvrir sa gueule une fois tous les 5 ans et un peu moins ou plus pour les autres élections. Le reste du temps on a le privilège royal de pouvoir se gratter le cul, de n’en avoir rien à foutre de notre pays, de développer une réflexion critique et fiable, de fermer les yeux, de manifester son désaccord dans la rue (mais pas trop quand même), d’acquiescer devant l‘évolution de la société…

Les élections c’est un peu comme choisir entre un sourd et un aveugle pour ne pas élire le fou furieux, ils ne nous entendent pas, ils font semblant de nous voir et se servent du troisième pour créer un faux choix à leur avantage.

Ils commencent seulement à nous « calculer » depuis qu’on représente un segment à conquérir, un segment de marketing à charmer avec au choix la poudre aux yeux, l’utilisation de la peur, la démagogie, l’action symbolique, le faux changement révolutionnaire…


27
mar 07

La politique de la persuasion

Il ne faut pas être très malin pour comprendre que la démocratie est une sorte de tyrannie de la majorité[1], mais aujourd’hui même si cette analyse reste théoriquement vraie, elle est complètement dépassée. La majorité n’est pas unie et ne parle pas d’une seule voix. C’est une majorité certes, mais composée de plusieurs minorités distinctes.

La politique est devenue marketing et communication, elle se limite de plus en plus à la science de l’utilisation médiatique. La variation d’image de marque des présidentiables est une des preuves qui nous crève les yeux. Sarkozy qui passe du méchant radical au compréhensif adepte du double discours, Royal qui reste prudemment dans la technique du «je satisfait tout le monde » et je n‘ouvre que des portes ouvertes, Le Pen qui lisse et arrondit les angles de ses idées et mise sur un rajeunissement de sa communication, et enfin Bayrou l’opportuniste rassembleur d’indécis incarnant le faux changement sans jamais rentrer dans les détails pratiques. Toutes ces stratégies illustrent cette évolution constante de la politique vers l‘art de communiquer, l‘art de persuader au lieu de convaincre, l’art de persuader par les associations d’idées et les sentiments primaires au lieu de convaincre par les arguments, les constats cohérents, la réflexion pure et impartiale. Il s’agit d’influencer en utilisant les sentiments, les problèmes personnels et particuliers de l’electorat, la peur, la diabolisation de l’adversaire[2].

Une campagne ça commence très tôt et ça se prépare en amont, mais pas par la qualité effective du travail accompli pendant le mandat du politicien, la campagne se prépare par l’image qu’il renvoie à la population avec souvent des actes très symboliques destinés précisément à telle ou telle communauté.

Le débat démocratique se réduit à faire passer l’autre pour le méchant. il n’y a pas de combat noble ou de confrontation de visions, il faut incarner le gentil qui vous a compris, et donc renvoyer tous les autres au rang de méchants diables nuisibles. Ce manichéisme infantile qui veut tout simplifier au combat du bien contre le mal écrase et enterre définitivement le débat d’idées complètes et complexe, l’incitation à l’information, à la nuance, et à l’ouverture au débat national étape par étape. Le peuple se perd dans des discours ou des faux débats où seule la parole, le verbe, les coups bas et le sophisme sont réglementaires. Un manichéisme d’autant plus ridicule quand on constate qu’il n’y a plus de gauche mais un parti unique UMPS

On est en droit de se demander si la manipulation médiatique du 21 avril sous le spectre de l’insécurité n’avait pas pour but de n’offrir aucun choix à la population au deuxième tour. L’épouvantail Le Pen contre le président sauveur (passible d‘une peine de prison faut-il le rappeler?). C’est pourtant si évident. Le lynchage médiatique de ce même nationaliste extrémiste Jean Marie Le Pen depuis son entrée dans la politique (commanditée par Mitterrand) est un autre complément de réflexion face à l‘évidence des coïncidences.

Lashoz

Notes

[1] Tocqueville m’excusera pour ce manque de respect

[2] ll devrait y avoir plus d’études poussées et accessibles sur les stratégies de campagnes précédentes, celles de Chirac, Mitterrand , Giscard, Jospin. Des études faisant preuve d’une prise de recul sur les forces en places à chaque époque, sur les enjeux dissimulé, les faux débats de société, les stratégie adoptée dans les actes, et la politique de communication. Pourquoi ce domaine d’étude est une véritable boîte noire ?


23
mar 07

L’élection présidentielle pour les nuls

Expliquer l’élection présidentielle revient à expliquer rapidement le principe du marketing. Au départ de toute communication marketing, on distingue les différents types d’acheteurs potentiels de nos produits (si je vends des yaourts, j’aurais « les femmes qui surveillent leur poids », « les gosses qui aiment le chocolat », et ainsi de suite…). Une fois qu’on a fait ce travail, on estime la « solvabilité du segment », ou en gros, qu’est ce qu’on a à gagner à faire de la publicité pour ces gens là. Combien sont-ils, quel est leur pouvoir d’achat yaourts, etc… Après, je choisis mes segments. C’est alors que je créé un discours spécifique pour chacun d’entre eux, avec un message publicitaire propre (choix du support de pub, choix de ton du message, éventuellement choix de la marque, du logo, etc…). Le but est simple : un message unique pour tout le monde ne vendrait pas, car les gens ne se sentiraient pas concernés. L’être humain est individualiste depuis 60 ans (en gros, depuis que l’Etat s’est substitué aux solidarités familiales). Il veut donc un message qui le concerne, qui lui rappelle qu’il existe en tant que membre d’un certain groupe social (un segment, donc), et ca lui fait plaisir, donc il y est réceptif.

La politique, c’est pareil. On a deux grandes forces en présence (UMP / PS), qui en gros se partagent la moitié des électeurs chacun. La bataille à chaque élection dépend donc en grosse partie de ces quelques voix qui peuvent faire la différence. Ces deux partis sont les seuls à pouvoir gagner, car les seuls bénéficiant d’accords de taille avec les plus grosses entreprises de France, accords en échange desquels elles renverront l’ascenseur une fois élues [1]. Cette connivence malsaine leur assure des financements suffisants pour faire une campagne de pub d’envergure.

Seulement voila, une publicité pour séduire 50% des français, c’est pas possible en yaourt, et encore moins possible en politique. D’autant qu’on les a bassiné toute l’année pour leur faire croire qu’ils appartiennent à une case bien précise pour mieux leur refourguer les fruits de nos surproductions (mais si !! tous les pédés mettent des strings !! or, t’es un pédé !! tu vas l’acheter mon string Dim oui ou merde !!), du coup, un message trop grossier ne satisferait aucune communauté d’acheteurs ! (un électeur étant un « acheteur de projet » en quelque sorte). Les deux mastodontes vont alors aller convaincre leurs adhérents les plus crédibles sur leur segment de marché [2] de créer des partis bidons (généralement ils s’y prennent une élection avant pour pas que ce soit trop gros, et encore), bien ciblés sur un type d’électorat que le message mainstream du mastodonte doit occulter pendant sa campagne de masse. En gros on a identifié des segments sur lequels il fallait un message publicitaire particulier, et le message publicitaire va être relayé par un candidat (une baudruche) et un parti (une baudruche) à part entière. Caricaturés à l’extrême, ces partis ne sont là que pour contenter les sensibilités communautaires et pour flatter le désir de reconnaissance de chacun… (on peut d’ailleurs s’attendre dans les prochaines élections à voir un parti des homosexuels, des noirs, ou des femmes).

Le but ? Rapatrier les voix de ces électeurs qui veulent se sentir exister, les centraliser sur un membre du parti, qui ne manquera pas (pour satisfaire à ses obligations contractuelles) de faire un report « républicain » de ses voix sur son employeur au deuxième tour. (donc le PS ou l’UMP)

Maintenant que vous avez compris ça, relisons la liste des candidats sous un angle nouveau :

  • Marie Georges Buffet & Arlette Laguiller : usent et abusent du rôle historique du PCF (qui n’a strictement plus rien à voir avec ce qu’il est aujourd’hui), pour capturer les votes de tous ceux qui ne croient pas au capitalisme pour finalement les tromper en les redirigeant vers un parti aussi peu marxiste que Georges Bush. Dans le cas de Laguiller, les pseudos-solutions apportées frôlent la caricature tant elle ignore les réalités de la mondialisation et de l’internationalisation de l’économie. (comme dirait Lashoz, Laguiller c’est une marxiste qui n’a pas lu Marx)
  • Olivier Besancenot : baudruche stupide et misérable travaillant à séduire le segment des gens plutôt très jeunes, plutôt très pauvres, plutôt immigrés (il nous fait croire qu’il écoute NTM), desquels la gauche à dû sensiblement s’écarter pour aller séduire la folle du Marais. On notera que pour séduire un tel segment, ils auraient quand même pu nous sortir un arabe, pas une pareille tête de victime !
  • Frédéric Nihouls : Segment du chasseur, beauf, amoureux de la terre et de la bonne chair, que l’UMP a dû laisser de coté pour éviter de passer pour nationaliste et rétrograde auprès de la bourgeoisie urbaine. 2ème effet Kiss Cool, récupérer une partie des votes de Le Pen.
  • Philippe de Villiers : émissaire chargé de récupérer le maximum de voix de Le Pen pour l’UMP en chassant sur le terrain historique du FN à savoir la haine de l’étranger. Sans subtilité d’ailleurs, car de Villiers c’est quand même l’escroquerie démocratique absolue : il obtient ses 500 signatures sans effort alors qu’il est encore plus caricatural que Le Pen (qui, soi disant du reste, aurait du mal à les avoir), et alors surtout qu’il n’est crédité que de 1% des suffrages. Si la démocratie était un minimum mieux qu’un article d’encyclopédie, ce type là n’aurait non seulement pas le droit de se présenter à l’election (et donc pas le droit de s’exprimer), mais on retirerait aussi 5% à Sarkozy, pour avoir créer son rabatteur de façon aussi vulgaire.
  • José Bové : Clown, pitre chargé de rameuter les voix des plus puants des bobos : les alter mondialistes. Ces gens qui s’arment de boubous et de foulards palestiniens pour défiler dans les rues de Porto-Alegre, à 950 euros d’avion de Paris.

On remarquera que les rabatteurs sont plus nombreux à gauche qu’à droite, la gauche s’étant toujours inscrite dans une logique réductrice de contentement des individualités, et donc dans l’évitement soigné des problèmes d’ensemble. (voir l’article sur les minorités visibles)

Donc en gros, nous qui critiquons tant les américains, avons un système qui n’en est finalement pas éloigné du tout car le « choix », une fois dépecé de ses subtilités marketing, est très binaire: UMP ou PS?

Election à l'américaine

Notes

[1] inclusion dans les appels d’offre, voire attribution directe de marché public, subventions, emplois d’appoint en cabinet ministériel ou même poste de ministre façon Thierry Breton, commande d’études bidon, etc…

[2] ou les plus télégéniques, pour Besancenot


23
mar 07

Minorités visibles

ou comment créer des différences là où il n’y'en a pas, juste pour segmenter l’électorat, et diviser pour mieux régner.

Merveilleux néo-concept de gauche bobo que de mettre en avant des différences de soi-disant éthnie pour masquer les vrais problèmes socio-économiques. A la manière des féministes, bonnes petites soldates de la bourgeoisie capitaliste, on divise les gens entre sexe, entre préférence sexuelle, entre origine ethnique pour faire une segmentation politicienne du genre « on est la gauche! on va contenter tout le monde! le pédé, l’arabe de service et la femme! ». Mais l’arabe (l’homo, la femme), avant d’etre arabe (un homo, une femme), c’est peut-être un ouvrier, et ce qui peut le + améliorer son quotidien n’est pas qu’on l’identifie comme arabe et qu’on lui applique une démagogie dédiée, c’est qu’on répartisse mieux les richesses, entre travailleurs directement reliés à la production, et travailleurs parasitaires (financiers, rentiers… qui jouissent des fruits du travail d’autrui).

Mais c’est bien pour la gauche, en jouant sur la misère humaine, les gens ont l’impression qu’on s’occupe d’eux…. comme en publicité, on créé des segments (segment de la tarlouze du Marais, segment du rappeur rebelle, etc…), pour adapter son discours (positionnement) et déverser sa propagande aussi fausse qu’une pub pour bouygues télécom (et utilisant les memes principes à la mord moi le noeud). Le but étant le même, achat impulsif de slip, achat impulsif de programme, un même objectif pour l’annonceur: intéresser chaque segment de marché.

Bref, les « minorités visibles », les « si putes si soumises », les julien dray et les homo séropo, cette farce de Prairial 21 et comparses, ne sont qu’une énorme baudruche pour masquer les seuls problèmes ayant une incidence réelle sur la vie des francais et solubles avec un minimum de volonté politique: les problèmes économiques. Mais quel grand parti financé par des entreprises ultra capitalistes et propriétaire des moyens de production risquerait de se mettre à dos ses principaux apporteurs de fonds?


8
mar 07

Les Sauvages et la Mairie

A Bondy sur un rond-point placé en plein dans le ghetto, la mairie a fait preuve d’un humour qui laisse à désirer. Comme tout le monde le sait, dans les cités la population est à 80% issue de l’immigration. C’est sans doute ce qui a donné cette géniale idée à la mairie.

Dans le cadre d’un investissement qui a pour but de rénover «le cadre de vie» entendez par là «comment gaspiller de l’argent», la mairie a placé sur ce fameux rond-point des mannequins représentant des «sauvages» africains vêtus de peaux de léopard avec lances et boucliers (il manquait plus que la marmite et les os dans le nez). Pourquoi? Sans doute pour qu’on puisse se sentir chez nous, évidement, quel imbécile je fais !

Cette magnifique représentation nous rappelle nos pays si éloignés où l’on chasse encore pour manger. C’est de renommée notoire, on vit encore dans des tentes, et on utilise les chameaux pour aller faire les courses chez Acima[1]. J’y ai moi-même rencontré Rahan[2] et quelques dinosaures la dernière fois en cherchant une PlayStation dans le rayon informatique de cette enseigne avide de part de marché vierge. A Bamako on se bat encore avec des lions, et au Zaïre on extrait les diamants de la place Vendôme avec nos mains de sauvages. Tout le monde le sait ! Qu’est-ce qu’on rigole, on risque de s’étouffer à la mairie!

Habituellement ce genre d’investissement sert à refaire les façades, repeindre les passages cloutés, construire un toboggan, et encore tout un tas de mesures ridicules qui permettent de ne rien changer mise a part certaines apparences qu’on ne voit même pas. Mais quand il s’agit de subventionner ou de libérer des locaux inutilisés pour de réelles associations de terrains aux ambitions nobles et humanistes (soutien scolaire, aide aux personnes âgées, atelier d’écriture et de lecture, cellule d’information sur nos droits et nos devoirs de citoyens, aide documentaire et personalisée à la recherche d’emploi), on se heurte à des murs massifs administratifs et politiques capable de dissuader un bulldozer accompagné d’un tank armé d’une bombe nucléaire. Ah pardon je suis mauvaise langue, ça se débloque un peu et seulement dans les paroles pendant les périodes électorales, où l’on vient dans nos quartiers pour gratter nos voies à coups de promesses et grands sourires machiavéliques. On est pas des chiffons et encore moins du PQ…

Alors merci à la mairie de Bondy (et aux autres) pour cette attention si délicate. Etre plus insultant aurait été difficile.

Notes

[1] le nom des délocalisations Auchan au Maroc.

[2] l’homme préhistorique blond, beau et intelligent, il était déjà plus évolué que nous, pfff… l’image ci-dessus est éloquente.