Je les vois défiler, un par un, pas abasourdis pour un sou, apparemment satisfaits, balancer une courte intervention souvent floue et confuse, et annoncer la nouvelle, l’air de rien, comme si c’était une bonne chose, avant de s’effacer. Je parle des rabatteurs, ceux qui ont confirmé ce soir à 200% ce que je pensais de la politique. Des partis en miettes, idéologie vendue, dépouillés d’électorat après s’être pendant des années moqué de leurs électeurs, et aujourd’hui à la solde de la machine politico financière qui les manipule. Pas fâchée la Marie-Georges, de voir le PCF en lambeaux (et avec lui, toute la force syndicale et progressiste, moteur des avancées sociales de ce pays… laissant le socialisme aux bobos et aux gays parisiens). Plutôt souriante l’Arlette, de voir que le terreau ouvrier se trouve aujourd’hui bien plus captivé par des notions d’individualisme exacerbé, couplé à une protection xénophobe épidermique d’un Le Pen ou de son sosie délavé. Contents Besancenot, Voynet, exécutant avec joie et comme à la parade la dernière partie de leur contrat, en se moquant éperdument de la conviction avec laquelle ces centaines de milliers, ses millions de personnes ont voté pour eux, un peu plus tôt dans la journée en pensant effectivement défendre un projet de société. Radieux de Villiers, qui a rempli son contrat de récupération des voix les plus radicales de Jean-Marie. (celles qui étaient passées entre les mailles du filet Sarkozien) Enervée Marine Le Pen, que l’UMP ait repris « le positionnement » (sic) de son papa.
Et les gens qui font la fête… Hallucinante propension qu’ont ces gens à se réjouir de rien, pour compenser le vide sidéral de leur vie. Des jeunes qui dansent… enfin, des jeunes en pull Zadig&Voltaire, au dessus de leur chemise en soie, stéréotypes du 16ème et du 17ème, pas foutus de comprendre une équation à deux inconnues en cours, donc encore moins à-même de comprendre leur rôle de pion dans ce jeu d’échec de pouvoir et de communication. Des femmes voilées qui crient « Ségolène présidente », des gens qui espèrent, comme ils espéraient en 1995, la première élection où la joie des gens pour de la politique m’avait choquée. Tant de désillusions sont passées en 12 ans, tant de complaintes et de manifs, tant de lois passées de force, tant d’abus démocratiques, tant de déclarations accusatrices à la machine à café ou aux dîners de famille, mais ce soir, les gens font la fête. Une fête qui ne dure qu’un temps. Le temps de se sentir concerné par cette appartenance communautaire, qui n’est au final qu’une appartenance à une case marketing. Une fois le segment exploité, il s’autodétruira, comme le message de mission impossible, et comme le programme politique de leur chouchou d’un soir. Autodestruction d’un projet de société, désatomisation de segments marketing que 4 millions d’électeurs viennent de vivre en direct à la télé.
« Individu consommable, mis dans des cases inflexibles
Et si je brise les chaînes invisibles des identités hybrides
La complexité sera ma résistance, mon fond de commerce
Cela fera de moi un mauvais commercial mais un homme libre » (Rocé)



