En soirée 2.0

Les aventures d’un mec 2.0, un vrai !

Parfois, entre deux journées de boulot aux yeux rivés sur un écran d’ordinateur, j’ai envie de me détendre les pupilles. Elles sont déjà dilatées, pas besoin de boire ou de prendre des pilules bizarres et pas nettes. Donc ce soir je sors. Enfin, j’ai décidé de sortir. Le plus dur étant de trouver le moyen de rentrer autre part. J’ai un bon ami qui connaît une bonne amie qui est bonne. Et dans certains milieux, plus t’es bonne, plus t’es invitée aux soirées sélectives. Je dis sélectives parce que pour rentrer il faut d’abord s’essuyer les pieds sur le paillasson. Je m’acquitte. Après tout, ça ne risque rien, je sors si peu que mes chaussures neuves n’ont pas encore eu le temps de se salir avant moi. Mon jean et mon t-shirt sont propres. Mes cheveux aussi.

La musique n’est pas mauvaise, le buffet non plus. Et comme beaucoup de bons mecs ont ramené plusieurs de leurs amies bonnes, j’ai moi aussi décidé d’être bon ce soir. Un tour d’horizon, le seul 360° que j’arrive encore à faire. Ca piaille beaucoup, ça fait les folles, ça lance des regards d’allumeuses. Moyenne d’âge 17 ou 19, pas plus. Pas moins. Quoique. Ca porte des slims taille basse, des débardeurs taille haute et des décolletés que pas une hormone mâle n’a su rater. À franges ça c’est sûr, mais putes ça reste à voir. Minute ! qui vous dit que je cherche une pute ce soir, moi ? j’ai pas le droit d’être sentimental et de rêver d’une promenade romantique le long du jardin du Luxembourg ? En fait non, pas ce soir.
Et puis cette jolie fille qui me jette quelques regards perdus entre son verre de schweppes et ses deux copines, pourquoi pourrais-je la traiter de pute ? Elle couche si elle veut, et moi maintenant je veux, parce que son regard insiste drôlement sur moi. Alors bien sûr y’a pas que le sexe, et moi aussi je veux qu’on aille au théâtre ensemble, qu’on regarde Match Point ensemble et qu’on danse le tango ensemble. Ce soir je ne veux pas une pute à frange, je veux une meuf à frange. Oui, mais une qui couche.

De toute façon, elle n’a pas l’air assez habillée pour aller au théâtre, et maintenant que ses deux copines se sont un peu éloignées en pouffant[1] pour me laisser le champ libre sur ordre discret de cette demoiselle qui se rafraîchit au tonic indien, je sens que je vais pouvoir lui passer le bonjour.

Non attends. Bonjour c’est trop commun. C’est même hyper aristo. C’est pas une de Quelque Part c’est une fille de. Il m’faut un truc mieux. Un truc jeune. Hello. Ouai Hello c’est bien.
Je lui demande quoi ? Hello ça va c’est minable, et puis ça marche jamais. Hello, sympa ton slim ! . Trop direct, le sien est tellement slim qu’elle va croire que je lui parle déjà de ses fesses. Hello, sympa ta frange ! , ouai c’est bon ça ! Allez go go go deux point zéro.

Salut ça va ? euh… tu m’prêtes ton schweppes ? Elle rit. J’ai changé de plan mais ça marche quand même. On parle. De rien. Même pas de théâtre, même pas de tennis, même pas de tango. Elle s’appelle Laeti’, elle aime les franges, les macarons, et puis la musique hip-heup. Enfin nan, pas trop hip-heup, un peu électro quoi ! Je vois. En fait elle est sneub et maintenant vu comme ça, c’est absolument pas le genre de pute meuf à frange que je fréquente(rais).

On parle de rien puis de tout.

Elle est pas si mal sa frange.

Mince elle doit y aller. Je fais quoi là ? elle me prend au dépourvu. Ses deux copines à franges[2] l’entourent à nouveau. Faut que je fasse le mec classe, charmeur, qui fait aussi craquer les deux bonnes amies bonnes. Sinon c’est foutu. Je lui dis quoi ? Nan rien rien, le mec classe un peu timide. Elles adorent. J’ai qu’à faire comme ça. De toute façon je suis timide alors que je le veuille ou pas, je suis déjà en train de faire comme ça. Et puis on dit que c’est mignon pour rassurer les mecs comme moi, mais parfois je me demande si elles aiment ce qui est mignon. Bon. J’ouvre la bouche… Mais elle me devance et murmure :

Faudrait ab-so-lu-ment qu’on se revoit, c’était chou comme discussion ! dis moi t’as pas un maille spèce ?

‘Tain, j’ai rien vu venir. En fait tout les hommes 2.0 et même 0.0 de la soirée ont dû lui faire des commentaires, lui dire qu’elle était gorgeous, et elle leur a sûrement dit qu’ils avaient un regard so sexy. À tous, même les moches 5.0. Imagine qu’elle les ajoute aussi, mes concurrents 2.0 ??? Ah la pute… à frange !

Elle se fait tirailler la bretelle de soutif par la copine de droite. Son autre copine (qui est de droite aussi) s’impatiente. Et elle au milieu qui me laisse un dernier sourire. MySpace ? (« Voir : + de photos » !). Ca y est, le mateur charmeur 2.0 qui est en moi refait enfin surface. Elle a un papier, j’ai un stylo, et je lui caresse sauvagement mon pseudo de la manière la plus lisible possible.

Ce soir j’ai flirté avec une MySpace girl… En vrai. Moi qui pensait qu’elles n’existaient que sur msn !

(À suivre…)

Notes

[1] Non ce n’est pas le bruit que fait une pouffiasse qui rit.

[2] Une frange chacune.

6 Responses to “En soirée 2.0”


  1. 1 gg juil 2nd, 2007 at 21:04

    Attention ! Si vous voulez rencontrer une fille préalablement vue sur Myspace, voici les pièges à éviter !
    http://k43.pbase.com/v3/65/14265/1/…

  2. 2 lashoz juil 3rd, 2007 at 10:47

    c’est clair GG c’est trop ça…. :)

  3. 3 l & L juil 3rd, 2007 at 14:24

    C’est quoi Myspace ? La “Blogoboulles” version jeun’smusicoshype !

  4. 4 ely juil 3rd, 2007 at 15:44

    En même temps, je crois que tu l’as bien cherché celle-là !!!
    Finalement l & L, on a bien fait de la “dégager” cette sacrée frange…

  5. 5 L'Égo(sé)ïsme juil 4th, 2007 at 1:29

    Fiction bien sûr ;-)

  6. 6 Julia juil 23rd, 2007 at 6:33

    Désolée… C’est peut-être un peu puéril, mais j’ai explosé de rire en lisant “ses deux copines se sont un peu éloignées en pouffant[1]” et la suite “[1] Non ce n’est pas le bruit que fait une pouffiasse qui rit.”… Hilarant! Merci pour cette bouffée de bonne humeur nocturne ;)

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