
Internet part en vrille. Une bulle inutile se créé depuis 2004, où tout semblant de service communautaire basé sur du vide technique et sans création de valeur parvient à se faire financer en quelques mois, et racheter dans la foulée, sans même encore avoir eu le temps d’être rentable. L’exemple de Youtube est criant, puisque racheté 1 milliard de dollar sans en avoir jamais gagné un. Une lecture de The Alarm Clock ou de TechCrunch vous fera prendre conscience de l’ampleur du phénomène.
Cette bulle est celle du 2.0, comme l’appellent les guignols du milieu dont nous avons déjà dressé le portrait, celle du communautaire… Ces sites sont tous basés sur une constante humaine : l’envie éperdue de raconter sa vie pour lui donner un sens. Alors les repères sont perdus, on confond sa vie privée et sa vie publique, on a un rapport social biaisé, on fréquente 20 réseaux « sociaux » différents, mais aucun dans la vie réelle, on passe pour la salope de service sur son Skyblog mais est célibataire depuis 15 mois, on se targue d’avoir 300 amis sur FaceBook mais se pavane seul avec son ordinateur portable dans sa chambre en sautant des repas et en déprimant… On va en soirée non plus pour rencontrer des gens ou s’amuser mais pour faire des photos et crédibiliser le rôle qu’on s’est donné sur son profil MySpace, et on créé son blog pour embellir les choses normales qu’on vit, et inventer le reste pour masquer la misère de notre réalité.
Alors les blogs pullulent, où chacun se donne un rôle, s’invente un personnage et s’efforce de lui donner vie, comme un dessinateur qui met en mouvement un dessin animé, scène par scène, action par action. Progressivement, on se glisse dans la peau du personnage, jongle avec les identités, multiplie les profils différents sur les réseaux différents, histoire d’aller au fond de chacun de ses moi qu’on aimerait être.
Puisqu’on a que ca à faire, on connaît les derniers services à la mode, et en bon « early-adopter » (traduisez « microbe oisif cobaye de la société de consommation »), on a son profil sur Twitter, le degré ultime de la connerie dans lequel le web s’est fourré. Sur Twitter, les gens écrivent ce qu’ils sont en train de faire. Il semble intéressant pour les investisseurs (puisqu’intéressant pour les annonceurs, puisqu’intéressant pour les internautes) de savoir que X est en train de chier, pendant que Y le bourgeois est en vacances en Thaïlande et Z en train d’essayer le nouvel iPhone qu’il s’est empressé d’acheter à New York car il ne pouvait rater une telle occasion d’augmenter son bien être par l’achat d’un objet inutile.
Le web est un magnifique miroir de la misère existentielle des pays développés. Des populations tellement nanties que le temps s’allonge, un temps qu’il faut combler de sentiment d’exister dans une société qui méprise le oisif. Alors on le comble… certains dévouent leur vie au travail et ont l’impression d’exister quand ils font 8h 23h, d’autres achètent toutes sortes d’objets inutiles pour se créer un statut social par le mode de consommation, leurs voisins s’inventent obsédés sexuels alors qu’ils se masturbent sous la couette, on s’invente des soirées, des amis, des exploits sportifs, des albums, des concerts, alors qu’au final, une fois le PC éteint, c’est la soupe de légumes surgelée dans l’assiette et la déprime dans la tête.
Certains imbéciles acteurs de cette tendance de merde comme Loïc Le Meur prévoient même que les communautés virtuelles remplaceront un jour les pays. Quand je vois ce merdier, je me dis que la fin du monde, c’est peut-être simplement le moment où les gens ne sauront plus qui ils sont, identité perdue, schizophrénie généralisée, pour le plus grand bonheur du business de la psychanalyse.
Le Parasite
Tags: internet, schizophrenie
Slavoj Zizek pense qu’il faut voir la question dans l’autre sens : et si c’était le contraire ?
« Prenons l’exemple classique de l’individu timide et impuissant qui adopte l’identité d’un meurtrier sadique et d’un séducteur irrésistible quand il participe à un jeu interactif sur Internet. Il est bien trop simple de ne voir dans cette identité qu’un simple supplément imaginaire, une échappatoire temporaire à l’impuissance dont il souffre dans la réalité. L’idée est plutôt que le fait de savoir que le jeu interactif dans le cyberespace « n’est qu’un jeu » l’autorise à « montrer son vrai moi », à faire des choses qu’il n’aurait jamais accomplies dans ses interactions réelles : la vérité sur cette personne est exprimée sous la forme d’une fiction. Le fait même que je perçoive mon image virtuelle comme un simple jeu m’autorise à lever les obstacles habituels qui m’empêchent de laisser s’exprimer mon « côté obscur ». »
http://wikipedia.un.mythe.over-blog...
hello
j’ai écris ce texte y’a vraiment longtemps, genre en Avril dernier.
Si c’était aujourd’hui, je l’aurais traité différemment, surement + en rapport avec ton article: Second Life semble etre l’expression des frustrations de la vie sociale. Or, la vie dans Second Life se résume au viol permanent, à la zoophilie, à l’orgie généralisée, et à la spéculation immobilière et autres trafics en tout genre.
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N’est ce pas là un signe que 1/ la désespérance sexuelle se généralise à travers le monde développé? et 2/ le but genetique de l’etre humain, ds un univers réel ou virtuel, est de maximiser son profit personnel en travaillant le moins possible?
étudier second life, c’est comme étudier un reportage animalier, on apprend bcp sur la vie humaine.
c’est bien vu.
Si j’ai bien compris vous êtes de vieux dégarnis aigris et je fantasme pour rien
mais vous allez arreter de lire dans mon esprit !!
Pas mieux que jmd. Ah si : j’aime beaucoup ce que vous faites
Très bien vu, car c’est un sujet qui va prendre de l’ampleur, avec retard, alors que les médias traditionnels n’en parlent que par « éxotisme », histoire de faire transpirer les vieux dans les hospices…
C’est en effet effrayant, car les conséquences me semblent pires, car cumulées avec l’exposition de base devant la télévision.
A force de se connecter, la population se déconnecte de la réalité. Après les krachs boursiers, c’est la dépression mondialisée qui nous guette. Un gigantesque asile de névrosés dans lequel le consommateur lambda sera prêt à n’importe quelle folie pour survivre et avoir sa dose, bref, servira de combustible au système.
Depuis 40 ans, on avait pris l’habitude de dire « Orwell c’est pour demain ». Désormais, on peut dire « Matrix, c’est pour demain ». Quel progrès…