Je préfère encore la franchise du Front National…

Quelle différence?

Ca ne fait que quelques années que j’ai compris que Le Pen est loin d’être con. Bien au contraire, c’est un des meilleurs orateurs parmi la médiocrité politique, en plus d’être un des plus fins analystes. De mon appartement familial plein de cafards, de cet immeuble pourri et ce quartier de junkies, au royaume des arabes et des noirs, j’ai passé toute mon enfance à le haïr, pensant qu’il était à la cause des pires maux de la planète. Au collège, on se demandait pourquoi personne ne le tuait, pour sauver la face du monde, comme dans les films américains.

C’est en 2002, après les manifestations aussi gigantesques que ridicules, présentées comme un rassemblement « populaire, et républicain, pour sauver la démocratie » derrière cet pure ordure de Chirac que j’ai réalisé qu’il y avait quelque chose d’anormal. Si c’est Chirac qui doit sauver la démocratie, je préférais qu’elle crève. Et puis il y a eu cette phrase :

« Quant à nos chances d’insertion sociale, je préfère encore la franchise du Front National. Une évidence que je pense partager avec tous les sauvageons de France, prêts à tout saccager. » (Ekoué, La Rumeur)

J’avais aussi lu quatre ou cinq fois l’interview de la Rumeur entre les deux tours de 2002, où ils étaient le seul groupe de rap français à ne pas appeler à voter Chirac. Ce qui me choquait, c’est que ça me choquait. C’était un électrochoc, j’ai vu que j’étais embrigadé, conditionné à avoir un avis sur un homme politique sans même avoir étudié en profondeur sa personne, son programme, et sans même avoir réellement pesé ce qu’il vaut face aux autres.

Et c’est là que le bat blesse, et c’est là qu’Ekoué a raison. Le FN est le seul parti politique à ne pas avoir pris la jeunesse des banlieues par derrière. La gauche a commencé sa chute après la marche des beurs, quand Mitterrand a décidé de créer en guise de réponse une association satellitaire du PS, appelée SOS Racisme, et dirigé par un bounty baudruche, Harlem Désir. D’un coup, les arabes de ce pays allaient se transformer grâce à cette indispensable association parasitaire en « beurs », « petits beurres », ou « rebeus ». Les noirs allaient eux devenir les blacks, parce qu’appeler un chat un chat n’est pas assez démagogue pour les gens du PS. Après cette mesure de langage, après les autocollants « touche pas à mon pote » et quelques émissions de télévision, la question des banlieues allait être éludée, comme par tous les gouvernements successifs depuis, cantonnant le rôle de cette association malsaine à travailler pour réduire la discrimination à l’entrée des boîtes de nuit. Parce que oui, pour l’arabe de 25 ans sans boulot et sans argent, prisonnier du modèle paternel fait d’exclusion et de chômage depuis son enfance d’un côté, et la tentation de s’en sortir par la vente de drogue de l’autre (à défaut d’avoir d’autres opportunités), la question de l’entrée en boite de nuit dans laquelle il ne pourra de toute façon pas se payer de verre (déjà s’il peut se payer l’entrée), mais où il ne pourra surtout pas danser sans qu’on se méfie de lui, et encore moins aborder une fille sans qu’elle ne prenne peur, la question de l’entrée en boite de nuit est réellement déterminante.

Chirac de son côté, a toujours été prisonnier de son inaction. Soucieux de passer pour ce qu’il n’est pas, un humaniste, il n’a jamais voulu prendre parti trop clairement, ni toucher à la moindre mesure qui risque d’être mal vue par les pantins anti-FN qui l’ont élu. Alors l’américain Sarkozy est arrivé, prenant les conséquences pour les causes, et faisant la misère à ces mecs qui n’ont rien demandé à part un peu d’espérance. En bref, comme Mitterrand l’avait fait avant lui, et comme Chirac l’avait fait en plaçant le débat sur le terrain de l’insécurité pour éliminer Jospin en 2002 (avec la première grosse connivence des media à l’époque), Sarkozy s’est servi de la misère des banlieue et des medias pour construire son image. Organisant des shows télévisés à chaque déplacement, allant jusqu’à choquer les ¾ de la France en parlant de racaille et de Kärcher pour passer pour le super shérif qu’on attendait tous. Une provocation qui mettait la France à feu et à sang dès le lendemain, au grand bonheur de Monsieur Sarko, conscient qu’il créait là le terreau nécessaire à la légitimité de son discours ultra sécuritaire. D’où ses 15 jours à se tourner les pouces en regardant les voitures cramer et les habitants terrorisés. Légitimité d’un discours, légitimité d’une politique de répression qui ne résout rien et qui continue de faire grossir la haine collective. Parce que, pendant ce temps là, qui c’est qui s’est fait contrôler 40 fois par jour, qui s’est fait cramer sa voiture par des gens eux-mêmes exaspérés de subir autant de contrôles, d’être autant manipulés et autant délaissés à la fois? Ce ne sont ni les bobos, ni la bourgeoisie établie, ce sont les plus pauvres, donc les plus vulnérables. Et la pauvreté ne fait pas de distinction entre une « racaille » et une famille pauvre qui ne fait rien de mal. La police non plus d’ailleurs. Le problème des banlieue a été traité dans les medias, jamais traité économiquement (trouver un travail aux gens, les former à un métier ou à la création d’entreprise) ou socialement (aménagement des cités dortoirs où il fait moins bon vivre qu’en prison). Non, les banlieues c’est juste pour son image. Sarkozy l’américain, et sa vision manichéenne du bien contre le mal. En France, ce serait dur de nous sortir la sauce « terroriste contre libérateurs du monde », donc on nous sort « la racaille contre les gentils français ». Faire peur aux gens, ça les fait rester à leur place. Tous les gosses comprennent ça dès la maternelle. La formule est la même, et vous savez quoi ? 54%. Le pire, c’est que ça marche.

La France est un pays de moutons, un pays d’abrutis anesthésiés par les medias et le système, comme je l’étais dans ma cours de récréation de mon collège à penser que Chirac mangeait des pommes, marrant et inoffensif comme dans les Guignols de Canal+, et que Le Pen avait des cornes de diables et des dents de vampires comme au Bebet’ Show. J’étais aussi con que ceux qui n’enragent pas quand cet incompétent de Chirac se fout ouvertement de la gueule de 65 millions de personnes quand il dit qu’il part « avec la fierté du travail accompli ». Et on l’applaudi. Putain d’pays d’loosers.

Les ouvriers ont historiquement toujours eu la conscience politique la plus fine. Les communistes étaient, à l’époque, loin d’être des démagogues et des rigolos. La gauche, à un moment de l’histoire, a eu un vrai sens, une vraie utilité. Et bien,

  • au moment où le PS nous sort Ni Putes Ni Soumise en faisant encore le jeu de Sarkozy en créant un mythe malsain sur les banlieues ;
  • au moment où le PC suit le PS en se démenant pour plaire aux bobos, ce qui consiste en fait à faire un programme de droite avec 3 volets supplémentaires démagogiques,
    • 1/ la régularisation des sans papiers (enfin, quand il s’agit de défiler sur un char et taper dans un tambour, parce qu’une fois au gouvernement, les sans papiers ca n’existe pas),
    • 2/ le volet altermondialiste (l’altermondialisme saucisse merguez à la Bové),
    • 3/ une écologie de façade (l’écologie à la Denis Baupin quoi, mettre des pistes cyclables pour augmenter les embouteillages, donc la pollution, exaspérer les citadins, mais ravir les habitants du marais et les snobs à vélo),

les ouvriers, eux, étaient les plus nombreux à voter pour Le Pen en 2007.

Alors quand je vois Le Pen déclarer qu’il est drôle que Sarkozy prenne Kouchner comme ministre, puisqu’il est l’égérie de Mai 68 et de l’immobilisme réactionnaire bobo que l’ex candidat a fustigé pendant toute sa campagne, je ne peux que reconnaître la véracité du propos. Quand il dénonce l’américanisation de la politique de Sarkozy, je ne peux qu’être d’accord. Sarkozy a créé un grand parti de droite, équivalent au parti Républicain américain, dans lequel il a les pleins pouvoirs. Grand parti en connexion étroite avec les grands industriels, et les apporteurs de capitaux les plus obscurs. Il se dit dans tous les milieux bien renseignés que ce sont les mêmes fonds qui ont financé les campagnes de Bush qui ont financés celle de Sarkozy. Un financement de multinationales qui fera prendre à notre pays un tournant libéral inéluctable. Un tournant ultra-libéral économiquement, où les pauvres seront toujours plus pauvres, les riches toujours plus riches (grâce aux facilitateurs d’injustices OMC et Europe), où les entreprises continueront de délocaliser, où les financiers américains investiront dans nos entreprises, puis s’en iront du jour au lendemain, profitant des vides juridiques, et un tournant où on nous bassinera de considérations ultra-sécuritaires grâce à l’épouvantail de la racaille, pour nous empêcher de nous plaindre, formule vieille comme le monde, variante social-démocrate des extrêmes de l’Algérie du GIA et de la Russie de Poutine. Ca n’a jamais empêché Chirac de lui serrer la main, de même que celle de Boutflikha. Ca n’empêchera pas la France de devenir un autre pays américain en Europe, après l’Italie.

Tous les groupes de medias sont soutenus par des grands groupes industriels. Quand on voit que Sarkozy part à Malte le jour de son élection sur le bateau du milliardaire Vincent Bolloré, un des plus gros actionnaires du groupe Bouygues, que Bouygues est la maison-mère de TF1, ou qu’il fait la fête le soir de son succès Place de la Concorde avec Arthur, lui-même Vice-Président d’Endemol, société de production qui nous sert toute cette télé poubelle depuis 2000 pour nous abrutir et nous faire consommer, on comprend mieux pourquoi, à programme équivalent (Sarkozy ayant pompé 90% de son programme sur celui de Le Pen), à excès de langages équivalent (le gêne du pédophile, la racaille, le kärcher, etc…) Sarkozy est adoubé par les medias, et Le Pen y est présenté comme le Diable.

Qu’il nous lâche donc avec son changement, son footing à l’américaine, son « ouverture » et sa Rachida Dati… Le vrai changement ne concernera que les 10% les plus pauvres[1], et pour eux, la situation va s’empirer. En mettant une militaire à la tête de la police, on se doute bien que Kouchner est un pantin stupide qui permet à Sarkozy de passer pour le rassembleur tout en serrant la vis sur les ministères clés.

Une chose est sûre, je n’ai jamais voté Le Pen, j’ai toujours voulu penser qu’il y avait mieux pour représenter mon idéal de jeune fils d’immigré déclassé. Le Pen, c’est une conception hermétique de la France, et violente, qui me dégoûte tout autant que la violence de Sarkozy. Pas la violence du comportement, la violence de l’opinion, vouloir à tout prix monter l’un contre l’autre, prendre une partie de la population à part et la fustiger, lui cracher dessus, lui parler comme un enfant attardé alors qu’elle a permis au pays de se sortir de l’impasse nazie, et de se reconstruire industriellement après. Le Pen fait la même erreur que Sarkozy en prenant la conséquence qu’est la misère des banlieues pour la cause. La cause est 100% française, entre les atrocités de la colonisation, les guerres inutiles qui ont été infligées à des peuples qui n’ont jamais demandé qu’on les envahisse, la cause à ce pays qui a accueilli cette immigration quand il y avait des boulons à visser aux usines Renault de Boulogne, et qui pensait pouvoir s’en débarrasser à la première crise économique, comme on renvoie un intérimaire chez lui. La faute est française, son aménagement du territoire foireux, ses rassemblements de pauvres entre eux, sa mixité sociale foirée, ses promesses de réduction de la fracture sociale qui se transforme en amputation sociale, tellement la blessure est gangrenée. Et la pire maladie des politiques, la pire maladie des Français en général, c’est l’amnésie. Des trous béants dans nos livres d’histoire, qui ne sert à rien à part créer un sentiment d’injustice dès l’enfance, une esquive du problème dans la classe politique, or on sait que pour réparer une erreur et améliorer une situation, il faut au préalable la reconnaître. Démolir ces tours, redessiner la carte scolaire, mettre les plus pauvres au contact des plus riches dès la maternelle, pour qu’une émulation se forme, pour éviter une haine de l’autre liée à son manque de connaissance, pour éviter le fantasme malsain des riches bobo pour la misère sociale, pour éviter la ghettoïsation et le communautarisme à deux balles, pour éviter la complaisance dans la misère… Pour avoir fréquenté les deux abondamment, je peux vous dire que les mecs de banlieue sont très majoritairement aussi intelligents que les riches des grandes écoles, voire plus. Alors pourquoi un tel gâchis ? Non, Le Pen n’est définitivement pas une solution pour moi. J’ai peine à voir que les ouvriers votent pour lui, mais c’est un vrai révélateur de la situation du paysage politique à l’américaine que Sarkozy a construit. D’ailleurs j’ai officiellement arrêté de croire qu’il y avait une solution pour nous. Mais de deux ennemis, je préfère celui qui me regarde droit dans les yeux, et accessoirement, je préfère celui qui a le moins de connivence possible avec le système capitalistico-médiatique. C’est pourquoi, au terme de plusieurs années de réflexion intenses, une chose est certaine : le Diable auquel on veut nous faire croire est ailleurs.

Bonus: Lisez l’analyse politique d’Hamé de la Rumeur pendant l’entre deux-tours en 2002

« Ici rien ne change, si ce n’est l’ennui qui augmente, comme le prix de la carte orange » (Ekoué)

« Pas de confiance en la France, pays des droits de l’homme riche, où prospèrent en affaires celui qui ment et celui qui triche » (Koma)

Notes

[1] et évidemment les 10% les plus riches, allez chercher pourquoi Johnny Halliday revient en France…

5 Responses to “Je préfère encore la franchise du Front National…”


  1. 1 Julia mai 21st, 2007 at 0:25

    Blog très intéressant à lire… J’aime beaucoup vos sujets de posts et vos collaborations très enrichissantes!

  2. 2 narquoa mai 23rd, 2007 at 10:45

    “putain de pays de loosers
    mentalité de merde, bouseuse
    grosse couveuse,
    même la fidélité devient une partouzeuze”

    c’est akhenaton ca!!

  3. 3 parasite mai 24th, 2007 at 10:27

    Bien vu… Je ne pensais pas que qq un ferait le lien ;)

  4. 4 césar nov 8th, 2007 at 17:07

    ce n’ est pas parce que vous vous définissez comme apatride qu’ il faut dégueuler sur la France et les Français .
    La Nation a été un moyen a un moment donné pour la bourgeoisie d’ assoir son pouvoir , pas une fin , mais désormais face au siècle qui s’ annonce la nation est le seul rempart et la seul protection des peuples , de tous les peuples .
    Le Pen est un nationaliste , seul rempart au libéralisme mondialisé enemi de tous les peuples , il n’ est pas parfait mais est le seul qui vaille la peine et de loin et c’ est le plus honnête , c’ est pour cela que le système bourgeois le persécute depuis que la gauche a abandonné les Français.
    Vos textes et reflexions sont intérressant , caricaturaux mais on l’ est toujours et c’ est la loi du genre, un peu plus de nuance serait toutefois bienvenue
    ps : la France charnelle est combattue par les élites et par tous les moyens depuis plusieurs siècles , elle n’ existe quasiment plus et ce quasiment gêne encore d’ où la volonté de la détruire génétiquement par migrations massives et métissage forcé.
    Je peux donc comprendre votre déception à l’ endroit de ce qui reste du peuple Français mais il subi tellement d’ outrage depuis si longtemps …

  5. 5 UnGars juil 25th, 2008 at 11:57

    Je pleure tellement je pense la meme chose…

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