Kesty, L’homme paradoxal(Part 2)

Lendemain de soirée

Assis sur les quais de seine, il observait les mouettes voler et flirter avec les vents ascendants. Kesty planait lui aussi à sa manière en imaginant tout ce qu’elles voyaient du haut de leurs plumes. Il imaginait tout ce qu’elles voyaient, mais avec en plus un radar incorporé dans la rétine de la mouette. Ce radar lui permettait de larguer des bombes de fientes acides et dégoulinantes sur les crânes chevelus et les sièges en cuir des voitures décapotables. Dans la jungle urbaine, il en faut peu pour être heureux.

Deux asiatiques étaient postés à quelques mètres de Kesty. Ils pêchaient tranquillement les poissons mutants de la seine, plus précisément des anguilles radioactives, sortes de “vers solidaires” qui s’épanouissent dans l’immense fosse sceptique de “Paris Miami Seine Beach”. Le succulent restaurant japonais de la veille lui laissait soudainement une impression de nausée des goûts. Une nausée d’égouts, c’était le cas de le dire. Il comprit alors, dans un de ses éclairs de lucidité inutile, que les poissons qui survivent dans l’eau contaminée de la seine sont surement les êtres élus. Une des rares espèces qui survivra au prochain cataclysme météorologique ou même à la prochaine guerre mondiale bactérialo-atomico-chimico shimy shimmy yo.

Hier c’était la pendaison de crémaillère d’une amie de l’ex du meilleur ami du cousin de Kesty. C’était le plan B salvateur de la soirée[1], le plan A s’étant heurté à un vigile mongolien, une espèce d’agrégation de morceaux de viandes musclés et compressés dans un tissu qui ressemble vaguement à une chemise des années 60. Bien evidement, ce tas de viande était incapable de communiquer dans une langue qui compte plus de 2 mots. Pas de verbe, pas de complément et encore moins d’adjectif : “Pas possible”.

La soirée de pendaison de crémaillère était potable… mais surtout alcoolisée. Kesty et son groupe était arrivé à ce moment décisif où la drogue déclenche l’euphorie et rend la fête moins ennuyeuse même pour ceux qui ne boivent pas. Avant ce moment les petits clans se toisent, personne ne se s’amuse vraiment de peur de s’afficher, les filles font les “belles distantes” et les mecs bombent leurs torses poilus. Bilan de la soirée: 3 Rhums, deux fous rires, un pillage de frigo, un baiser volé dans les toilettes, puis un râteau dans la chambre, et finalement une nuit toride avec la copine de la cible initiale. Merci le vigile, merci l’allumeuse, merci l’alcool.

Au réveil, Eva l’avait gratifié d’un petit bisou timide puis d’un “non j’ai pas envie”.

-Pourquoi?

- Je ne suis pas du matin, ca t’as pas suffit hier, gros cochon? On peut parler, non?

-Euh ouais d’accord, mais après manger, parce que là tu as une haleine…euh comment dire… particulière.

-T’es vraiment con, ça t’empêche pas de vouloir me baiser!

- bah non… (Sourire mi-beau gosse, mi-”petit garçon endormi”)

-T’es bête!!

Elle accompagna cette cruelle insulte avec la fameuse tape féminine sur l’épaule masculine qui veut dire dans leur langage codé : ” t’es bête, mais j’adore ça”.

Il était de bonne humeur ce matin mais pas au point de passer la journée avec une fille qui se prendrait immédiatement pour sa petite amie. Kesty a toujours préféré les grandes amies aux petites, même s’il aimerait bien que sa grande amie préférée devienne sa petite amie adorée. L’amitié c’est bien, mais quand on peut, l’amour c’est mieux…

Dans ce cas précis, il valait mieux en rester là, c’était cool, mais déjà trop rapide pour Kesty. Il ne pouvait pas tomber amoureux d’une fille conquise trop facilement et qui accepte tout le premier soir sous prétexte d’une envie orgasmique. C’était totalement con et pathologique, il en avait pleinement conscience, mais rien à faire c’était incontrôlable. Pire que ça, il reproduisait toujours le même schéma: des filles faciles, entreprenantes, qui n’attendent rien ou presque, et qui ne sont pas là pour jouer au Monopoly ou pour débattre sur les différents mouvements de la pensée mésopotamienne.

On ne peut poursuivre que ce qui nous fuit.

Kesty fuyait pour être poursuivit et s’interdisait de poursuivre par instinct de protection sentimentale, mais aussi par besoin d’indépendance et de domination. Il ne voulait plus jamais être ce pathétique marathonien essoufflé qui cours après une rose qui le pique, fait saigner ses sentiments pour s’arroser de compliments, se fane quand enfin il la cueille, brule son amour meurtri, réduit son égo en fumée et ne laisse que des cendres de haine pour les prochaines. Cela faisait longtemps que Kesty n’avait plus connu l’amour passionné, la dépression sentimentale, et la frustration sexuelle. Il en était plutôt satisfait. Son cœur de velours et les rapports de domination homme-femme ne lui laissait malheureusement pas d’autre choix.

Le cousin de Kesty, était quelqu’un de bien, un “pur” gars, mais un dangereux alcolo. Il avait le cœur sur la main, le bras valeureux et serviable, une parole de fer, et l’amitié fraternelle. Par contre, s’il buvait un peu trop, il devenait lourd, violent, et encore plus paranoïaque qu’un repenti de la mafia perdu en Sicile. Une fois passé un certain degré élevé d’alcoolémie, le cousin se battait avec n’importe qui, pour n’importe quoi. Ce changement de personnalité était rapide comme un coup de feu, seul Kesty et quelques potes le voyait venir. La veille, alors que Kesty était en pleine tentative de drague, il avait remarqué la mutation schizophrénique juste à temps. Un coup de tête, la spécialité du cousin, allait partir d’un moment à l’autre pour s’écraser sur le nez du premier venu :

-Putain mais t’as craqué?? Calme-toi et arrête de l’insulter! Il veut juste t’offrir un bière!

-Non non, c’est chelou Kesty, je suis sur que cet enculé est pédé et qu’il a mis dans mon verre la drogue du violeur. Lâche-moi ! Je vais lui cassé la gueule avant qu’il essaye de t’offrir une cigarette roulée avec de la poudre de verre”.

-Mais merde… t’es complètement malade, va boire de l’eau, vazy vite! OH! Regarde moi dans les yeux, t’as entendu? Je t’ai dis : “VA BOIRE DE L’EAU”

“Va boire de l’eau” était le code secret entre les cousins qui signifiait grosso modo :”Là t’abuse! Arrêtes toi maintenant, sinon demain tu va t’en vouloir à mort et peut être même que je te pardonnerais pas”. Ils avaient décidé de cette technique discrète après une soirée qui s’était encore terminée en garde à vue pour trouble de l’ordre publique. Les deux cousins avaient déclenché une baston générale dans une petite boite de nuit provinciale après avoir tapé le DJ. Une fois dehors ils s’étaient battus comme des chiens enragés l’un contre l’autre jusqu’à se trainer dans le caniveau. Et tout ça pour une meuf qui n’existait même pas[2]. Hier soir le code secret avait fait son effet, heureusement pour Kesty et son envie animale de se vider les corones.

La pêche à été bonne, deux anguilles et un poisson vert fluo à deux têtes. Les deux asiatiques à vélo (excusez le pléonasme) quittent les quais et laissent Kesty seul avec son imagination. Après avoir pensé à la détermination indiscutable du vécu, au terrorisme du rire, au gobage de Flambi, au championnat du monde de curling, au clip “drop” de Pharcyde, aux tomates farcies à la mozzarella fumées au four qu’il allait se faire ce soir, à l’hermaphrodisme, et à la musique Gnawa et ses similitude avec la techno et l’électro, Kesty en était à se demander pourquoi l’amitié homme-femme est elle si difficile à gérer. Dommage pour lui, il ne connait pas pasdechiffons.com, il n’est pas prêt de trouver une réponse à sa question.

Pourquoi c’est toujours aussi compliqué bordel de merde? Pourquoi il y a toujours trop d’huile dans les boîtes de thons? Pourquoi ? Pourquoi le feu ça mouille ? Pourquoi on est toujours insatisfait de son bonheur ? Pourquoi on veut toujours ce qu’on ne peut pas avoir? Eva était pas mal, même jolie, sympathique, elle savait se servir de son corps, elle n’était pas farouche, et elle avait même une lueur d’humour. Que demande le peuple!… Lui, ce gros con blasé, il ne lui avait même pas laissé son numéro et était partit ce matin sans l’embrasser en étant franc et honnête. Toute la journée il n’avait pas eu une seule pensée pour elle, et maintenant qu’il se faisait un peu chier et qu’il envisageait sa soirée de célibataire (branlette ou Playstation? les deux!), elle apparaissait à son esprit sous son meilleur jour comme par magie ironique…. quel bouffon!

Notes

[1] nom de code : “incrustation”.

[2] l’histoire est bien trop longue à raconter, peut être une autre fois… si vous êtes sages

7 Responses to “Kesty, L’homme paradoxal(Part 2)”


  1. 1 Raph juin 3rd, 2007 at 2:49

    Ce texte est génial ! point.

  2. 2 Parasite-pasdeschiffons juin 3rd, 2007 at 12:21

    “Kesty fuyait pour être poursuivit et s’interdisait de poursuivre par instinct de protection sentimentale, mais aussi par besoin d’indépendance et de domination. Il ne voulait plus jamais être ce pathétique marathonien essoufflé qui cours après une rose qui le pique, fait saigner ses sentiments pour s’arroser de compliments, se fane quand enfin il la cueille, brule son amour meurtri, réduit son égo en fumée et ne laisse que des cendres de haine pour les prochaines.”

    A mettre dans les anales de pasdesch.
    Je viens de lire le texte, et c’est une grosse baffe.
    Putain, je me sens Kesty…

  3. 3 lashoz juin 3rd, 2007 at 19:50

    :)

  4. 4 sandra juil 8th, 2007 at 22:22

    je crois que j’ai rigolé pendant 2minutes non stop pour le magnifique pléonasme…!
    Mais faut pas croire que j’ai retenu que ca du texte hein?

  5. 5 Lashoz juil 16th, 2007 at 17:35

    j’espère bien sandra! Je n’en doute pas!

  6. 6 reunion sept 5th, 2007 at 18:58

    encore une fois tres bon billet :)
    selement une question me vient a l’esprit de qui t’es tu inspiré pour créé kesty?

  7. 7 lashoz sept 6th, 2007 at 17:51

    moi, eux, ils, elles… kesty est surtout un de mes 7 mois intérieurs, je suis un skyzophrene à 7 facettes… ici , une facette raconte l’autre, lashoz raconte kesty… :) dans le futur tu auras l’occasion de rencontrer les autres… ;)

    merci!