L’espérance nous fait courir, nous fait sourir et nous fait tenir, son absence nous fait douter et peut même nous faire mourir. Parce qu’être heureux n’est qu’une impression, une perception, un sentiment, comme celui d’exister, basé sur ce que nous pensons qui va nous arriver et pas sur ce que nous vivons effectivement.
L’espèce l’a bien compris, si bien que dans son lien le plus concret à l’être, la religion, elle a formé des structures entretenant l’espérance. C’est pourquoi, plus on approche de la désespérance, plus on s’accroche à Dieu, à un salut surhumain, au Paradis ou au pardon, comme pour donner un sens à notre existence, qui n’en a aucun sans perspective de futur heureuse.
L’espérance nous enveloppe, nous propulse autant qu’elle nous déprime, et celui qui ne croit pas en Dieu la cherche dans ses substituts : les autres humains, la télévision, etc…
La télévision depuis 7-8 ans est étroitement reliée à l’espérance. Après avoir promu et développé des modèles de rêve et de réussite à suivre pour toutes les jeunes âmes perdues (en fait pour développer des complexes d’infériorité visant à faire acheter les produits faits pour les gommer), elle a produit des émissions qui permettent à cette même victime d’espérer entrer dans cette caste secrète de l’apparence. Loft Story, Star Academy, Nouvelle star, etc… Toutes ces émissions n’existent et ne rencontrent du succès que grâce l’espérance de ces dizaines de milliers de personnes qui font la queue au casting dans le but de donner un sens à leur futur, parce que se penser dans 5 ans star jet-setteuse puante qui gagne des millions en trémoussant son derrière semble plus sexy que de se voir tel qu’on sera vraiment, toujours coiffeuse, toujours boucher, toujours caissière…
La télé utilise cette espérance en transformant la star accessible en destin atteignable, renforcant encore son respect et admiration pour la star accessible qui sort de ces sélections atteignables, un respect qui augmente son envie de s’en approcher, et qui développe donc 1/ sa réceptivité aux produits de consommation lés, et 2/ son parasitisme, soit cette glorification du vide existentiel sur lequel se fonde la société du spectacle. Un parasitisme qui mène encore et toujours à la réduction de pensée, qui fait que nos chers compatriotes soient si nombreux à aduler notre cher président, non pas parce qu’il a augmenté leur niveau de vie et sorti leur famille du chômage, mais parce qu’il fait des footings et affiche sa pétasse de femme fièrement, comme un acteur ou un chanteur américain. Entre Sarkozy, le footing, le rêve atteignable, la démystification, l’identification, et l’espérance, il y a définitivement ressemblance troublante de méthode entre Endemol et notre cher Président.
La télé ne marche cependant pas pour tout le monde. Pour un RMIste du nord de la France, pull Brice 1994 sur les épaules, Gitane maïs à la bouche et visage marqué, l’espérance de célébrité par le physique est un peu compromise. Alors il y a l’espérance de sortir de sa misère sociale par l’argent. D’où le PMU, d’où les jeux de grattage, d’où Euromillions, espérance de sortir de sa vie de merde qui fait se frotter les mains depuis plusieurs décennies du côté du ministère des Finances.
Et puis il y a l’espérance humaine, soit cette réaction mathématique de chaque humain vis-à-vis d’une potentielle amélioration de ses perspectives futures. On cherche tous à rencontrer des personnes qui nous changent de voie, nous propulsent, nous font sauter des échelons. S’il y a 48 lois du pouvoir selon Robert Greene, il n’y en a pour moi qu’une seule de valable. Si on connaît les motifs d’espérance d’une personne, on en fait à peu près ce que l’on veut.
La séduction est évidemment basée sur ce principe, puisqu’inconsciemment, si on arrive à déclencher le bon facteur d’espérance, on devient vite indispensable à la personne. Dans un pays sous-développé, l’espérance n’est pas à chercher loin, elle est même inscrite sur votre visage de blanc, c’est votre argent. Et pas besoin de chercher midi à quatorze heures, plus c’est gros et plus ca marche. En occident, c’est différent. On doit faire espérer subtilemet. Voyager régulierement entre New York et Paris pour la bonniche de Goussainville, avoir des amis hauts placés chez Jean-Paul Gauthier ou Zadig et Voltaire pour la bobo pétasse en devenir, être chef d’entreprise en croissance pour la jeune chômeuse, avoir son 50m² en plein Paris pour celle qui overdose de vivre chez papa-maman, etc… La, plus c’est fin plus ca marche. Le but étant de générer cette espérance pour avoir un passe VIP dans sa vie, et développer ensuite l’attraction nécessaire pour qu’elle soit heureuse non pas de ces potentialités, mais simplement de vous avoir dans sa vie. Comme pour les politiques, elle oubliera très vite les promesses non tenues.
L’espérance, celle qui nous fait tenir, celle qui nous fait faire des choses bien pour que la personne qu’on aime et qui nous regarde de haut soit fière, l’espérance de la rejoindre un jour la tête haute, l’espérance feu de paille des médecins avec les familles des malades, l’espérance foireuse des recherches médicales qui n’aboutissent sur rien (pas parce que les chercheurs sont mauvais, mais parce qu’un vaccin rapporte moins que les médicaments), l’espérance comme autant de raisons de ne pas voir la réalité en face, puisque nous sommes des autruches fuyantes et qu’une espérance en chasse une autre, notre bouclier à l’autodestruction, celle qui nous guette tous si on se rend compte de ce qu’on est vraiment.
Bravo.
“Si on connaît les motifs d’espérance d’une personne, on en fait à peu près ce que l’on veut”.
Le genre de phrase a ne pas mettre entre toutes les mains.
Le genre de phrase rentable.
Par contre les 48 lois de Greene, connaît pas: c’est quoi ?
Un point comme ça en passant qui moi m’intéresse: la question de la star devenue accessible, de la real-tv etc…
Il y a dans la société du spectacle, et surtout dans ses évolutions actuelles, un vrai danger dans la mise à mal de la distance entre le spectateur et le spectacle. La fin de la distanciation, c’est à dire la facilité du passage à l’acte (vers la starisation ou simplement l’acte d’achat) est pour moi une formidable source de violence.
Une bombe à retardement sécuritaire pour faire dans le language de la peur.
Parce que socialement, il est impossible que chacun d’entre nous passe à l’acte. Sinon, c’est le retour à la sauvagerie. Dieu sait ce que certains ont envie de faire, tout au fond d’eux…
La pub actuellement ne fonctionne que comme ca: “Just do It” Même toi, pov naze smicard de merde, tu peux le faire ! Mais faire quoi exactement ?
Pour Universal Mobile, les jeunes filles couchent avec pleins de mecs en meme temps avec la bénédiction de papa et maman … dans le dernier film de Odoul, il y a une scène de sexe qui est réelle (avec Amalric et l’actrice)… On s’en fout ! Agissons !
Toi le consommateur, toi le comédien, agit !!! N’aie peur de rien ni personne !!! Soit une star, un héros, un étalon… Quleque-chose quoi. Mais putain de bordel de merde, achète ! Envoies un SMS ! Bien sur que tu en es capable !!!
Perversion du language de performance entreprenariale. Autrement dit, et c’est très grave: fin du spectacle. Si le spectateur rentre dans l’écran, les balles vont devenir réelles, logiquement.
Dans ce climat là, il ne faudra pas s’étonner qu’un jour, un lycéen, fatigué de ces languages de dupes, face un carton dans son bahut … Un carton dans un lycée français, sauce ketch-up. Le 9 mm ne vaut pas cher dans le 9-3.
Personnellement, je serai horrifié, mais pas surpris.
Vas-y tire…Just do it, quoi !
L’espèrance a ses règles. Jouer avec est tabou, la religion ou la philosophie devrait en avoir le monopole.
Mais que ne ferait-on pas pour quelques point de croissance en plus…
Chez nous, il y a trois enfants âgés respectivement de 14, 11 et 8 ans et putain, il y a des jours où leurs espérances me font flipper parce que ces espérances justement ne leur appartiennent pas. Ce sont celles de “gens”, d’usurpateurs et usurpatrices dont le statut de “star” leur permet de s’illustrer dans des domaines de plus en plus variés sans aucune légitimité ! La vulgarisation dans toute sa splendeur ! La facilité dans ce qu’elle a de plus médiocre ! rien que d’en parler ça m’énerve ! Je reviens plus tard…
Bonnie: je me dis, qu’au moins, l’essentiel serait qu’ils sentent bien ton énervement…
Bien que je ne puisse cacher plus d’une minute ce que je pense, deux de mes enfants ne sont pas à moi et il faut bien que je me contienne !
Un excercice de style de premier ordre !!!
un petit commentaire rapide depuis l’aéroport: Robert Greene c’est le livre “the 48 laws of power”… il a également écrit “the art of seduction”, où il reprend les grands classiques mythologiques ou modernes pour illustrer ses principes. C’est du tres haut niveau.
Joli article, du bon boulot