La passion tient à peu. Symétrique, elle est un bonheur extasié –mais éphémère-, souvent le bonheur de celui qui a contemplé longtemps sa cible avant qu’elle devienne sienne. Souvent l’expression du relâchement d’une frustration mutuelle, quand les éléments n’ont pas permis une fusion plus précoce, pourtant recherchée de part et d’autres. Symbiose, extase, bonheur décuplé lié à l’expression d’une affection pure et transie, mais aussi au sentiment grisant de jouir de droits privilégiés sur une personne ; d’où l’impression d’être unique, un parmi des millions, l’Elu au royaume des anonymes. La passion est un sentiment égoïste.
Dissymétrique, elle est un calvaire annoncé. L’un souffrant de trop recevoir, l’autre souffrant de devoir contrôler ce qu’il donne, et de ne pas recevoir autant en échange. Situation vouée à l’échec, le couple suivra une évolution logique visant à rééquilibrer l’échange par le contrôle des émotions et le jeu du rapport de force. Las de se sentir lésé, l’amoureux transi réfléchi à deux fois avant de faire un geste, et casse dès lors l’unique élément positif dans sa démarche d’esclavage volontaire: l’honnêteté et la spontanéité. Cela aura pour seule conséquence de procurer à l’autre non plus un mépris lancinant et inavoué mais une haine et un dégoût irréversible. Plus cette passion dissymétrique arrivera vite dans la relation, plus les chances d’y remédier seront inexistantes, surtout si la fille est la moins amoureuse des deux (l’homme pouvant se sentir emporté par un amour pur et sincère, car le rapprochant de l’amour de sa mère. La fille, elle, ne méprise rien de plus qu’un homme en situation volontaire de soumission, comportement en opposition totale avec l’image du père).
Conséquences pour l’amoureux transi, le sensible passionné…
A force d’être pris par le démon de la passion et d’en subir les affres, l’amoureux transi se munira d’un bouclier, et finira par trouver quelqu’un qui lui ressemble pour annihiler ce risque, en meme temps qu’il annihilera sa solitude. Ils ne seront jamais vraiment heureux, puisque sans passion, seulement liés par un pacte de non-agression, mais ils seront à l’abri de la souffrance, comme un gamin se contente d’une famille d’accueil qui l’ignore, car le libérant d’un père qui le bat.
C’est tout à fait çà….le dernier paragraphe m’a scotché, ému. Je suis en train de me construire ma carapace petit à petit, c’est pas rassurant tout çà, mais c’est dans la logique des choses. Advienne que pourra.
Bravo pour tes articles, on croirait lire la divine parole
Ce serait pas toi qui aurait écrit le scénar de “Hitch”? ^^