La politique de la persuasion

Il ne faut pas être très malin pour comprendre que la démocratie est une sorte de tyrannie de la majorité[1], mais aujourd’hui même si cette analyse reste théoriquement vraie, elle est complètement dépassée. La majorité n’est pas unie et ne parle pas d’une seule voix. C’est une majorité certes, mais composée de plusieurs minorités distinctes.

La politique est devenue marketing et communication, elle se limite de plus en plus à la science de l’utilisation médiatique. La variation d’image de marque des présidentiables est une des preuves qui nous crève les yeux. Sarkozy qui passe du méchant radical au compréhensif adepte du double discours, Royal qui reste prudemment dans la technique du «je satisfait tout le monde » et je n‘ouvre que des portes ouvertes, Le Pen qui lisse et arrondit les angles de ses idées et mise sur un rajeunissement de sa communication, et enfin Bayrou l’opportuniste rassembleur d’indécis incarnant le faux changement sans jamais rentrer dans les détails pratiques. Toutes ces stratégies illustrent cette évolution constante de la politique vers l‘art de communiquer, l‘art de persuader au lieu de convaincre, l’art de persuader par les associations d’idées et les sentiments primaires au lieu de convaincre par les arguments, les constats cohérents, la réflexion pure et impartiale. Il s’agit d’influencer en utilisant les sentiments, les problèmes personnels et particuliers de l’electorat, la peur, la diabolisation de l’adversaire[2].

Une campagne ça commence très tôt et ça se prépare en amont, mais pas par la qualité effective du travail accompli pendant le mandat du politicien, la campagne se prépare par l’image qu’il renvoie à la population avec souvent des actes très symboliques destinés précisément à telle ou telle communauté.

Le débat démocratique se réduit à faire passer l’autre pour le méchant. il n’y a pas de combat noble ou de confrontation de visions, il faut incarner le gentil qui vous a compris, et donc renvoyer tous les autres au rang de méchants diables nuisibles. Ce manichéisme infantile qui veut tout simplifier au combat du bien contre le mal écrase et enterre définitivement le débat d’idées complètes et complexe, l’incitation à l’information, à la nuance, et à l’ouverture au débat national étape par étape. Le peuple se perd dans des discours ou des faux débats où seule la parole, le verbe, les coups bas et le sophisme sont réglementaires. Un manichéisme d’autant plus ridicule quand on constate qu’il n’y a plus de gauche mais un parti unique UMPS

On est en droit de se demander si la manipulation médiatique du 21 avril sous le spectre de l’insécurité n’avait pas pour but de n’offrir aucun choix à la population au deuxième tour. L’épouvantail Le Pen contre le président sauveur (passible d‘une peine de prison faut-il le rappeler?). C’est pourtant si évident. Le lynchage médiatique de ce même nationaliste extrémiste Jean Marie Le Pen depuis son entrée dans la politique (commanditée par Mitterrand) est un autre complément de réflexion face à l‘évidence des coïncidences.

Lashoz

Notes

[1] Tocqueville m’excusera pour ce manque de respect

[2] ll devrait y avoir plus d’études poussées et accessibles sur les stratégies de campagnes précédentes, celles de Chirac, Mitterrand , Giscard, Jospin. Des études faisant preuve d’une prise de recul sur les forces en places à chaque époque, sur les enjeux dissimulé, les faux débats de société, les stratégie adoptée dans les actes, et la politique de communication. Pourquoi ce domaine d’étude est une véritable boîte noire ?

1 Response to “La politique de la persuasion”


  1. 1 dilgo mar 28th, 2007 at 1:53

    Un bon article que me recommande mon ami Maho.
    Et Pour moi un bon post en perspective, genre: “Dilgo, ensemble avec UMPS”
    Examinons maintenant le 3° lien laissé par Maho en com de cet article:
    http://yahoo.bondyblog.fr/news/dilg…

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