Le monde est à nous

D’un côté, les élites, leur bon goût supposé et leurs grands principes. Pour eux, la terre est petite, libre, et ils sont de petits citoyens du monde. Ils iront ainsi acheter des quotas de pollution au Bengladesh pour y implanter leur usine pétrochimique, puisque l’Union Européenne le leur interdit désormais. Une usine au Pakistan leur permettra quant à elle de faire travailler des enfants pour deux fois moins cher qu’ailleurs. Sur le plan personnel enfin, la Thaïlande représentera un vivier conséquent de femmes jeunes et vierges à baiser pour quelques Bat, sous le soleil et sur le sable fin.

De l’autre côté, le peuple de France, la masse des gens qui travaillent pour ces élites propriétaires des moyens de production. Ils sont la chair à canon de leur modèle, ces rouages mécaniques qu’on peut retirer et remplacer, sans que le système n’en souffre. La seule condition à la perpétuation de la bonne marche de ce dernier est que la masse de la chair à canon soit à peu près constante (ce qui rend impossible un exode massif). Les petites gens ayant également des aspirations à un train de vie meilleur, là où ils pourront aller à la mer après le travail, où il fait beau toute l’année, et où, comble du bonheur, ils ne passeront pas 6 mois sur 12 à travailler pour l’Etat ; le pouvoir doit alors user d’astuces pour les maintenir dans le rang. On use alors de critique acerbe du manque de civisme des « vedettes »[1] qui partent [2][3], et on valorise encore et toujours les crédits à la consommation, les emprunts de long terme, l’accession à la propriété comme finalité, tout en exagérant allégrement les conditions de vie dans les pays sous développés (essentiellement en dénonçant le manque d’assurances sociales[4]) Des stratagèmes bien pensés, comme autant de chaînes qui nous relient à ce quotidien qu’on voudrait fuir mais dont on est dépendant pour des futilités et des petites possessions minables.

Bizarrement, si on voit un nombre croissant de français renoncer chaque année à la retraite, à l’assurance maladie, à l’assurance chômage, au RMI et au SMIC pour de meilleures conditions de vies et une population moins pathétique, on en voit extrêmement peu faire le chemin inverse, et revenir vers la Mère Patrie. Et si la Vérité était ailleurs ?

 

Notes

[1] vedettes que ces mêmes critiques au sens si républicain ont eux-mêmes montés de toutes pièces

[2] et qu’en terme de civisme, ceux qui parlent sont les ¾ du temps loin d’être irréprochables

[3] le concept de citoyenneté est d’ailleurs réduit ici à une notion purement économique, ce qui est une belle preuve de ce qu’est devenue l’homme de l’idéologie libérale post-68

[4] ce qui nous renvoie au système des stock-options, où un système uniquement dédié à faire rester un employé qui présente un bon ratio de productivité est déguisé en cadeau généralisé qui permet de gagner de l’argent–ou ici d’en économiser sans rien faire.)…

1 Response to “Le monde est à nous”


  1. 1 parasite déc 7th, 2007 at 0:30

    self fulfilling prophecy…

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