Hier soir, après un festin diététique au Macdonald, je file aux toilettes pour soulager ma vessie gonflée comme une baudruche par les cannettes que j’ai absorbé pendant cette journée caniculaire. J’ouvre ma braguette, dégaine le molosse, et dès la première goutte contre l’urinoir, j’ai eu l’honneur d’être le témoin d’un phénomène lumineux assez étrange. En effet, j’ai été un des cobayes privilégiés de l’urinoir du futur. Il s’agit d’un urinoir doté d’un mini écran plasma incorporé qui s’allume automatiquement après l’averse pour informer l’usager que l’urinoir qu’il est en train d’utiliser économise l’eau de la chasse d’eau afin de sauver la planète. Wouaaaou!
A vrai dire j’étais plutôt content de pisser sur cette entreprise de déculpabilisation sordide, sur ce nouveau marketing de l’écologie lucrative écœurant et sur ce progrès trisomique s’annulant lui même.
Ah ça oui j’ai pissé dessus de bon cœur. C’est désormais certain et officiel: ils nous prennent pour des cons et ils ont bien raison… Chaque urinoir doit coûter une petite fortune subventionnée, et en toute humilité, je crois pouvoir affirmer qu’il aurait été plus simple, moins couteux, et plus écologique de poser une affiche relayant l’information, plutôt que de consommer de l’électricité à la place de l’eau économisée. Applaudissons tous en chœur cette magnifique tentative de progrès écologique destiné à convaincre nos cerveaux d’ânes bâtés que le “monde bouge” même dans les fosses sceptiques…euh surtout dans les fosses sceptiques.
Après cette aventure aux reflets apocalyptiques, je prends le métro 1. Que de chance et de coïncidence, je tombe sur le nouveau prototype de wagon qui n’a de nouveau que ses écrans plasma diffusant de la pub et quelques minis documentaires économico-écologiques.
Je crois à une hallucination, provoquée par le choc post-traumatique de l’urinoir spatial. Je touche, observe, et remarque que mes compagnons de voyage (vous savez ces gens qui font toujours la gueule, un peu comme nous) trouvent ça parfaitement normal. J’aimerais bien voir les mêmes écrans designs dans les métros pourris que sont les lignes 5,2 ou 4, là où une simple rénovation serait vivement appréciée. Ah mais non, suis-je bête, les passagers de ses lignes n’ont pas le pouvoir d’achat réglementaire pour bénéficier de cette superbe avancée capitaliste, ils n’ont même pas de quoi se payer une boisson aux distributeurs ces cafards! Toujours est-il que ces écrans coûtent plus cher que mon salaire, sans compter le prix de l’incorporation au métro et le coût énergétique constant qu’ils engendrent. J’aimerais bien avoir le nez dans les finances de la RATP, pour analyser la gestion de leur trésorerie, leurs recettes en publicité, et plus précisément le process de détermination du prix du ticket.
C’est quand même assez triste de pouvoir admirer la beauté pixélisée de paysages bucoliques et printaniers dans les souterrains mécaniques, crasseux, monotones, et désormais marchands de mon quotidien morne. Avec en bonus à la fin du documentaire écologique, la jolie phrase de circonstance « avec l’entreprise X, préparons le monde demain ». Non merci le monde d’aujourd’hui me fait déjà regretter celui d’hier!
Tiens, voici une question bête, qui j’en suis sûr, fera plaisir à tous nos commerçants écolos :
Pourquoi les vitrines des magasins sont elles totalement éclairées 24heures sur 24?
On me répond que c’est pour le marketing. C’est évident ! Il faut être aveugle pour n’avoir jamais remarqué ces foules sauvages aux poches remplies de liasses de billets qui affluent la nuit et léchent les vitrines qu’elles voient très bien le jour. Plus sérieusement, je trouve ça scandaleux, et aucun argument de visibilité ne peut justifier un tel gaspillage.
Je dois être une espèce de “vieux jeune réactionnaire”.Vous voulez encore un exemple ? Des exemples?
Je trouve ça sidérant que l’on trouve de la publicité sur les tickets de caisse… C’est le comble du marketing! Et pourquoi pas la publicité sur la carte bleue et sur le PQ pendant qu’on y est…
Apres l’homme grenouille, l’homme orchestre, et l’homme spatial, on a fait un pas énorme en inventant l’homme sandwich qui compile toute ces fonctions en une seule. C’est un panneau publicitaire vivant qui distribue dans un espace des tracts pleins d’étoiles pour faire rêver et chanter en choeur la masse consommatrice qui vit en immersion dans l’océan de la connerie humaine en respirant des bouteilles d’oxygène aromatisées aux pétrodollars…
Que pensez-vous de cette mesure recommandée par un de mes amis cowboys au coin d’un bon feu (de voiture) dans le far ouest de la banlieue nord :
« Tu sais Lashoz, je pense qu’il serait plus efficace de revenir aux bonnes vieilles méthodes pour éduquer cette saloperie qu’est l’homme moderne. Il faudrait réinstaurer le bain de goudron obligatoire suivi du recouvrement de plumes à chaque plein d’essence. Puis ensuite il faudrait les obliger à battre des ailes avec conviction , et faire « coin coin » en attendant la marée haute assis sur un galet».
Intelligent non ?
Vous trouvez ça normal qu’un produit chimique « anti-mauvaise herbe » puisse se targuer d’être écologique? Un écrivain célèbre disait que les mauvaises herbes sont des herbes dont on n’a pas encore compris l’utilité. Enfin peu importe, on peut quand même se marrer devant la publicité de ce produit humainement bizarroïde car anti-écologique par nature. Après avoir été un grand débat de façade pour la campagne électorale, l’écologie c’est maintenant l’argument capitaliste par excellence. Un véritable business dans lequel on investit massivement dans la communication et trés peu dans les actes.
Bon aller, un petit contre exemple de l’utilisation positive du marketing par la WWF.
Un énorme ballon de baudruche noir accroché à un pot d’échappement du matin au soir, nous montrant la quantité journalière de gaz produit par nos indispensables voitures.
Multipliez-le mentalement par le nombre de voitures que compte notre petite planète, puis par le nombre de jours déja passés depuis l’utilisation massive de l’auto. Vous obtiendrez une prise de conscience assez violente ! Avant de vous quitter je vous laisse imaginer la même expèrience avec une cheminée d’usine chimique.
Lashoz

Bravo pour l’ensemble du blog.
Vous dites : “J’aimerais bien avoir le nez dans les finances de la RATP, pour analyser la gestion de leur trésorerie, leurs recettes en publicité, et plus précisément le process de détermination du prix du ticket.”
La pub rapporte de l’argent à la RATP, donc elle diminue le prix du ticket. Même leur saloperie d’écran télé. C’est triste, mais c’est vrai.
Par contre, la pub augmente le prix de vente des objets dont elle fait la promotion, donc on devrait pouvoir soutenir sans se tromper que supprimer la pub aurait un effet globalement bénéfique. La morale est sauve…