J’habite en face de la mairie de ma ville. C’est pratique pour les démarches administratives, mais aussi pour deux autres raisons. La première c’est que j’ai la meilleure pendule que je pouvais avoir, pas de tic tac d’insomniaque, pas de panne de batterie, pas de clou à planter. Il suffit de regarder par la fenêtre, et hop impossible d’être en retard, enfin théoriquement.
La seconde raison, c’est que je peux passer du temps à regarder les mariages chaque samedi, ce qui généralement me met de bonne humeur pour la journée. Les gens sont tous joyeux. C’est marrant d’analyser la population et les habitudes puis de les comparer aux autres mariages. J’arrive souvent à identifier les beaux-parents, les frères et sœurs, les neveux et nièces qui font des bêtises dans les jupes des mamans, les adolescents des deux familles qui se rencontrent et parfois commencent déjà à faire des tentatives de flirt. Il y a aussi l’aïeul entouré de tous, les couples d’amis qui se toisent, les hommes mariés qui matent les femmes des autres, les jets de riz et de confettis, les séances photos, les rires et les sourires. Il y a les mariages où l’ont sent une cohésion générale et ceux où l’on sent une tension familiale palpable et électrique. Il y a les mariages où l’on fait péter la cagnotte pour louer une limousine et les mariages à l’ancienne, avec les voitures de collections et la dentelle. Dans les deux cas, on a toujours droit aux mêmes coups de klaxons euphoriques. Les mariés ont souvent la même attitude dictée par la pression de l’événement, le bonheur du moment et la difficulté d’accorder du temps à tous le monde. Les maris sont calmes, sérieux, heureux, les épouses sont heureuses, belles et au centre des attentions. On sent chez elles un stress particulier surement imposé par ce jour qu’elles attendent et idéalisent généralement beaucoup plus que les hommes.
Et merde, encore une fois, je me suis un peu lâché, ce texte n’est pas sensé parler du mariage. On continuera une prochaine fois.
Revenons à nos haoulis.
Hier soir, je me pose à ma fenêtre, et je remarque un groupe sortir rapidement d’une voiture garée devant la mairie. Ils se mettent à installer un pied pour projecteur sur le trottoir. Ces enfoirés de marketeurs alternatifs n’ont aucune limite. Ils ont en effet projeté une énorme pub de merde pour une émission de merde d’une radio de merde sur le mur de la mairie, bâtiment républicain.
Franchement ça m’a choqué.
Si c’était sur mon mur, ils se seraient mangé des œufs pourris dans la gueule, voir même de l’huile bouillante de friture (non je ne suis pas un extrémiste, juste un mec efficace). J’aime bien la république, du moins le concept, mais pas au point de gâcher des œufs qui étaient destinés à une mouillette matinale succulente[1].
Le marketing disjoncte. Quand je vois les opérations de marketing alternatifs envahissantes (sous prétexte d’être sympathiques et innovantes) qui s’ajoutent à de la publicité classique déjà bien présente, je me dis qu’on devrait avoir droit à une tranquillité visuelle. C’est un droit fondamental. J’ai le droit de ne pas avoir envie qu’on me propose d’acheter tel ou tel produit. J’ai le droit de ne pas vouloir que mes sens soit sans cesse attirés par des choses qui me sont inutiles. On a le droit d’avoir ce droit non?
J’ai été un enfant de la télé, j’ai baigné dans la pub comme tous ceux de ma génération. Quand j’étais petit je connaissais les publicités par cœur, voire même leur ordre de diffusion. Je me souviens d’un jour en classe de français en 6ième, la prof voulait nous montrer un documentaire sur l’affaire Drefus qu’elle avait enregistré la veille à la télé. Elle avait surement dû programmer l’enregistrement de son magnetoscope, et du coup elle avait enregistré les publicités. Elle fut choquée de voir que tous els elèves récitaient à l’unisson chaque message publicitaire. Je comprends seulement maintenant que ça puisse faire peur. Elle nous a passé un savon mémorable. Bref, tout ça pour dire que je suis un bon mouton du système, bien dans la moyenne, élevé aux bon grain télévisuel, mais franchement des fois je me dis que c’est abusé et oppressant, car même moi ça me choque.
Je connais l’efficacité d’un message subliminal ou d’un message à répétition. L’homme est réceptif, il est trés influençable et il s’adapte à son environnement sans même sans rendre compte. L’environnement en métropole est agressif. Nous recevons plus de 200 messages incitatifs à la consommation[2] par jour, au minimum. Et on s’habitue très vite, plus vite qu’il ne faut de temps pour s’en rendre compte, pour se plaindre et pour pouvoir refuser. Trop vite pour pouvoir maitriser les futures conséquences du changement et les variations de notre comportement, de notre bien être, de notre relation au besoin, et de notre constant endoctrinement.
Je suis curieux de voir l’évolution de la pub et du marketing d’ici 10 ans. Il y aura peut être des pubs dans les cimetières, les hôpitaux, les écoles, les maisons de retraites, les églises, qui sait ?
Lashoz
Notes
[1] En ce moment je mange des mouillettes, c’est une de mes nombreuses envies bizarres et tyranniques. Faudrait que je fasse un test de grossesse un de ces jours
[2] entre les affiches qu’on trouve partout, la télé, les enseignes, les tracts, la radio, les pop-up, bannières sur le net, le co-branding, la communication indirecte…etc. Amusez-vous à les compter vous verrez…
Les mouillettes beurrées ou à sec ?
( je sais j’exagère
Développe la partie sur les mariages, ça pourrait faire un billet intéressant.
Observer ce genre d’événement , ça me donne souvent le vertige. J’ai l’impression d’y contempler tous les stades de ma vie, passée et à venir. Une vie qui ressemble à un cercle parmi les cercles.Et bien souvent cette volonté diffuse et hésitante d’y échapper me reprend .