On est tous unique. On est tous mortels. Je crois que c’est notre problème. On a chacun qu’un cerveau, qu’un corps, qu’une appartenance sociale, et surtout qu’un seul vécu bien précis, et comme si ça faisait pas assez de facteurs d’égoïsme collectif, on a qu’un temps limité pour faire sa vie (vaste mission mystérieuse qui consiste à apprendre, exécuter, kiffer, réussir, souffrir, déprimer, partager, trouver le bon compagnon, aimer, enfanter, éduquer puis mourir).
Le comble c’est qu’après l’apprentissage de la vie, qui dure jusqu’à la fin de l’adolescence (période plus où moins longue selon le vécu et les spécimens humains), on panique déjà sur le malheur que sera la vieillesse, la nostalgie nous déprime déjà, et on stresse de peur de ne pas profiter du temps présent déjà passé alors qu’on en est seulement à la fin du premier chapitre !
Il existe tellement de montagnes, de pièges et de routes sinueuses devant nous, tellement d’obstacles infranchissables à la compréhension des actes de nos semblables, à la compréhension de leurs convictions. Faire sa vie c’est déjà assez difficile.
Je conçois que c’est dur de comprendre pourquoi on crame des voitures. Mais pour moi c’est d’une logique tellement limpide que je me demandais depuis longtemps quand est-ce que ça allait bruler ailleurs que dans nos quartiers. J’avais déjà eu un faux espoir pendant les manifestations étudiantes en 97 quand on a tout défoncé sur Paname. Une logique limpide mais pas forcément simpliste, même pour quelqu’un qui a vécu dedans. C’est un exemple parmi tant d’autres.
C’est dur de comprendre certains comportements amoureux. Le mec qui se comportent comme une serpillière pour ensuite se faire larguer, la femme qui aime l’homme qui la bat régulièrement, les gens qui en viennent au crime passionnel, les gens qui sont capables de tout quitter pour un sourire. C’est aussi très dur de comprendre pourquoi on en arrive à ce suicider quand dans sa vie on a tout eu. Le bourreau n’a aucune idée de la sensation ressentie quand il écrase les tétons de sa victime entre un marteau et une enclume. Aussi con que ça puisse paraître, il faut le vivre pour comprendre VRAIMENT ce que ça fait.
Il faut vivre dans toutes ses étapes ce qu’a vécu un prisonnier/un premier de la classe/une bonnasse anciennement grosse/ un père de famille qui dans un an sera sdf/une femme stérile/un petit frère pestiféré, pour comprendre pourquoi il pense et agis de telle ou telle manière. Combien de fois mes parents m’ont dit « tu verras, tu comprendras quand tu le vivras » et à chaque fois, en effet je comprenais bien mieux une fois après avoir vécu l‘événement dans toutes ses émotions, ses conséquences, ses causes et ses effets sur moi (conscients et inconscients).
Seulement il est impossible de tout vivre, et quand on vit une chose, on ne peut de fait, pas vivre l’inverse….
Il existe beaucoup trop d’obstacles à la compréhension de l‘autre. En plus Dame nature, dans son incroyable bonté, nous a offert une capacité d’empathie très limitée. Rare sont ceux qui la cultive et il y aura toujours des chacals pour en profiter et en abuser. Pas besoin de test empirique international pour savoir que les gens préfèrent parler plutôt qu’écouter. Les dialogues sont souvent des monologues de sourds visant à renvoyer à l’autre mur telle image de soi pour prendre le meilleur rôle que l’on croit dans la gigantesque comédie perpétuelle qu’est la vie. Comment se comprendre dans ces conditions ?
Même l’imagination est limitée par ce qu’on a vécu. On ne peut pas vraiment imaginer ce que l’on a jamais ressenti. J’ai beau essayer je ne peux pas comprendre ou imaginer ce que ça fait de gagner au loto, de se faire un shoot d‘héro, de tuer un homme, de naître handicapé ou de perdre sa mère ou son père. Par contre Dame nature, dans son incroyable bonté, n’as pas lésiné sur la capacité humaine d’oublier et de n’en avoir rein à foutre de la gueule des autres.
Nous sommes condamnés à ne pas nous comprendre. Notre capacité de compréhension de l’autre est limitée par nos sens, par notre unicité dans un lieu donné, par le vécu, par notre manque d’empathie, et bien sur par le fait qu’on n’a pas que ça à foutre.
Les préjugés sont les ponts qui joignent les îles de notre connaissance dans la mer de notre ignorance (rhalala mais quel poète!). Ce sont des bouches-trous-d’ignorance-humaine-naturelle qui nous permettent de ne pas vexer notre réflexion si minable et incapable. Saleté de capacité de compréhension incapable de reconnaître qu’elle ne connaît pas tout, qu’elle ne comprend pas tout, qu‘elle ne sait pas tout. Elle déteste le doute. Il faut toujours qu’on explique tout même par une explication complètement débile et infondée. La compréhension se forme sur ce qu’on voit, ressent, expériment, et nos 5 sens sont limités et subjectifs!
Mais la compréhension se forme aussi par ce qu’on nous montre, ou plutôt ce qu’on nous met dans le cerveau. Et quand on analyse ce que l’on peut voir à la télé et dans la vie de tout les jours on comprend mieux pourquoi nous sommes si cons et pourquoi nous développons autant de préjugés.
Bien sur c’est mieux que rien … ça pourrait être pire, on pourrait être des animaux (être réduit à manger, chier, souffrir, dormir, se reproduire, se faire dresser) et avoir pour seule utilité d’être un maillon de la chaîne alimentaire et de perpétuer La Vie, et accessoirement de divertir les hommes. Pas terrible comme perspective mais beaucoup moins frustrante à vivre.
Aller juste pour la beauté de la déprime quelques autres facteurs de l’incompréhension générale et de la non-communication:
- âges
- métiers
- intérêt personnel
- centre d’intérêts
- peur naturelle de l’inconnu
- inhibitions
- distance
- temporalité
Encore un peu?
- L’effort de faire le premier pas vers l’autre même quand on en a pas besoin (rarement récompensé)
- On rencontre les gens dans différents environnements qu’on ne contrôle pas, et pour se connaître et se comprendre, il faut qu’on puisse se rencontrer dans de bonnes conditions
- l’adaptation au niveau de l’autre (langage, idées, culture)
- l’importance de l’apparence dans le premier jugement de chacun avant la rencontre et qui va influencer notre envie de se connaître
Ya surement du bon à prendre chez tout le monde mais c’est extrêmement dur de le savoir et de le faire, de pouvoir le faire, d’avoir envie de le faire, et de ne pas regretter de l’avoir fait.
Lashoz
La seule lecture d’un blog n’est donc pas le meilleure façon pour se faire une idée sur une autre personne, je me demande même si ce n’est pas un véritable obstacle ;-D
mou ha ha ha ha (rire du mechant dans les dessins animés). Bon courage, ce blog est truffé de pièges : )