
Note: Pour les nouveaux, relire la part 1 ici.
La soirée commence à 20h30. Il fait déjà nuit. Pourtant, on est déjà fin Juin. Sur la route, le spectacle habituel : des petits lavent une voiture pour 25 cents, les femmes transportent des caisses de Durian sur des motos, simplement vêtues de leur pyjama, et je me régale de ces détails qui font que je me sens bien. Ce soir, S à décidé de nous « éclater ». Et être éclaté par un des mecs les plus influants du Cambodge, c’est simple, il suffit juste de rester à sa proximité immédiate.
Pour nous chauffer, nous allons dans un karaoke, culture locale oblige. Intégralement peuplées de khmers, ces soirées sont celles ou l’on trouve les filles les plus jolies du pays. Il faut dire qu’ici c’est assez simple : vu le niveau de vie moyen qu’une fille peut espérer en travaillant, la beauté est un avantage comparatif systématiquement utilisé. La belle gosse devient soit modele, soit chanteuse de karaoke, soit danseuse, soit semi-prosituée, et le plus souvent les quatre à la fois.
Les abeilles arrivent. Cinq bombes, agées de 19 à 22 ans. En France, j’aurais distribué les 8 et les 9. Ici, plus rien ne m’étonne, vu que le miel c’est nous et les abeilles c’est elles. Notre table est le piège parfait : des bouteilles de whisky (elles aiment moins le goût que le niveau social que ca représente), de la bouffe (les cambodgiennes sont de véritables morfales), un très beau gosse franco khmer, un occidental, et un des mecs les plus riches du pays. Très vite, on se retrouve chacun avec deux chanteuses à nos bras. J’en éjecte une, ne gardant qu’un 9,5. Je n’ai rien a lui dire, elle ne parle pas anglais, et la seule phrase khmer que je connais ressemble à ca « moi vouloir un jus de fruit mixés ». Alors j’utilise mon ami, interprète d’un soir, ou de chaque soir, puisque chaque soir est un soir de drague de elles vers nous. Elle se vente d’être Miss TV 9, une obscure chaine locale que les locaux eux-mêmes ne situent pas très bien. Elle était en compétition féroce avec d’autres filles, mais elle a gagné. J’interprète ca comme une tentative de qualification, je feins l’admiration en guise de validation. Elle tente de me dire que je suis grand, je m’en étonne étant assis depuis 20 mn, je la complimente sur ses cheveux pour la remercier de cet indicateur d’intérêt, en gardant à l’esprit que si je l’avais complimenté sur son petit orteil du pied gauche, ca marchait aussi. Et puis je me tais, comme les deux autres comparses à la table. L’espace d’un instant, je ferme les yeux et savoure mon bonheur. Mon mois asiatique touche à sa fin, et je profite de cette soirée où la drague n’est pas une comédie, simplement un rituel ultra simple précédent l’accouplement, de la même manière que les singes se cherchent les poux avant de se chercher le sexe. Je réalise aussi que le vrai bonheur, c’est pouvoir se taire avec une fille qu’on a envie de baiser et ne pas se sentir mal à l’aise. Toujours briller, toujours parler, toujours flamber, et serrer une fois sur 10…. putain, on court tous après les bus. Une rapide pensée pour la France, pour le genre de commentaire que les tenants de la bonne morale peuvent sortir sur le pouvoir de l’argent dans les PMA, j’en rigole… s’ils connaissaient la drague, ils sauraient que la francaise est identique en tout point à l’asiatique, et que la recherche du pouvoir, comme représentation sociale du mâle dominant, est une constante anthropologique qui reste vraie quelque soit la partie du globe.
On bounce deux fois, nous retrouvons dans la boite la plus cotée du pays après être passé par un obscur bordel, rapidement chassés par la présence d’occidentaux, que je fuis soigneusement et comme la peste depuis mon arrivée. Je conclus donc pour la forme. Pas par un bisou, pas par un enlacement, pas en prenant sa main. Que nenni. En lui proposant l’ultime, le fameux, le pré-requis à tout contact sexuel sans échange monétaire, à cette mini preuve d’amour d’un soir : je lui propose de lui offrir un potage de riz. Les cambodgiennes sont des morfales, et ce rituel leur fera plus plaisir qu’une chaine en or dans l’instant. Ca tombe bien, j’ai 2000 reels sur moi, donc 25 dollarcents, et on prend position dans un de ces millions de bouibouis au bord de la route, qui propose de manger comme un prince pour quelques centimes. C’est glauque, c’est sale, les moustiques se ruent autour de l’ampoule nue, accrochée à la va-vite. Le riz voltige sous les mouvements brusques du chef cuistot improvisé, dont le wok crache des flammes sous la chaleur du butagaz. Ce soir, il fait bon. Elle est belle, elle a ce que je veux, et moi je sais assez ce qu’elle veut pour pouvoir lui faire croire qu’elle l’aura. J’ai développé une technique de séduction redoutable basée sur l’espérance qui doit faire de moi un des rares occidentaux à baiser tous les soirs sans débourser un dollar. Je me fais une note mentale : développer une variante pour la France. Elle bouffe sans respirer, malgré les 2 plats de frites et de pattes de poules qu’elle s’est enfilée plus tôt. Elle finit, ravie, et me suit dans une guest house à 2$ la nuit.
Je la revois deux jours plus tard, à l’autre bout du pays, dans une chambre d’hotel… sur TV9. Elle est belle, putain.


