S’il est une institution parmi les plus polémiques de nos jours, il pourrait bien s’agir de la Police. Décriée pour son obéissance au pouvoir en place, engluée dans le maintien de l’ordre, coupable de bavures abusives et protégée face à la justice. Mais aussi garante de l’ordre public, aide et appui pour les victimes. À des degrés divers, avec une répartition des rôles jugée bien inégale, tendant vers le « tout répression » quand certains attendent la prévention. Déjà me rit-on au nez quand je parle de police aide et appui, mais ne serait-ce pas son labeur initial ? Envers qui ? La question se pose peut-être en ce point.
La police, instrument du pouvoir
La société est en attente d’une police citoyenne, qui défende, au sens allégorique, la veuve et l’orphelin, qui protège les faibles contre les dangers. Mais la police est inévitablement un instrument de pouvoir, car elle se vautre aux mains de dirigeants à qui elle assure protection. Elle en dépend au niveau humain, et financier. Elle gravit les échelons des plans de carrière, appâtée par les avancements. Elle n’est pas défense citoyenne car elle carbure au productivisme, à la pression du chiffre pour les élections, à l’huile de palmes du mérite quand ce n’est pas la loi du silence qui fissure rapidement la volonté de ceux qui veulent la changer de l’intérieur. Passée au travers d’un tel prisme, la fonction policière est biaisée, elle devient protectrice des “faibles dirigeants” contre le “peuple par nature émeutier”. Elle défend le défendable et opprime l’indésirable tels qu’on les lui décrit. Tout dépend donc de qui les décrit. Vous l’aurez compris c’est bien souvent le Pouvoir (dont le but principal est de garder le pouvoir) qui dicte ces actions, et qui peut en abuser tant que les médias ne le dénoncent pas trop fort, et que l’opinion sociale ne se brusque pas[1].
Un moindre mal encore trop éloigné du bien
Si on me cambriole, que je tape le 17 ou que je retrouve moi-même les coupables, j’aurai au final choisi la même solution: faire appel à une forme de police, qu’elle soit officielle ou non. Et ma police personnelle aura-t-elle suffisamment de déontologie et de justice pour faire mieux que la police institutionnelle ? Tantôt oui, tantôt non probablement. La subjectivité personnelle et la réaction face à l’injustice mène directement à la guerre sociale, être juste et impartial c’est exactement ce que l’homme par nature ne pourra jamais être, il ne pourra que « tendre vers la justice ». Trop de paramètres en compte, sûrement. Dans un cadre étatique, faire la police n’est à mon sens pas un plaisir, car elle se confond avec une conception unilatérale et figée de ce qui est bon pour la société, une conception idéalement juste et objective, mais qui en réalité défend des intérêts bien trop distants du bonheur d’une société dans son ensemble. La société est un être vivant tellement complexe et hétéroclite que face à elle, la police n’a pas d’autre choix que d’être figée et d’essayer d’être la même pour tous. Tout système humain ne peut qu’être limité et imparfait, la police en est un bel exemple. Pour l’avoir côtoyé de prés, je peux vous assurer que c’est un des systèmes humains les plus gerbant et nécessaire qui existe dans notre société.
Par conséquent, on ne peut nier que l’injuste n’est pas uniquement logé dans la police mais aussi dans nos actes. Parce que nous vivons en communauté mais ne sommes pas capables d’y parvenir sans heurts, sans comprendre que tous n’ont pas la même possibilité de défense face aux attaques. J’envisage le terme d’ attaques au sens large : coup, meurtre, vol et viol sont ainsi des classiques dans notre vision formatée de la violence, mais le racisme sous toutes ces formes mêmes déguisées, l’oppression économique, l’exploitation par le travail, l’appropriation des richesses naturelles, le sexisme familial, le maintien volontaire de l’inégalité des chances sont d’autres exemples d’attaques et de violences, pas toujours considérées comme telles, du moins d’un point de vue judiciaire. Il est plus facile et naturel de trouver son bonheur en pillant (même involontairement) le bonheur du voisin. Comme il est plus facile de faire le mal que le bien. La police n’est que le piètre moyen que la société a trouvé pour réguler ces tendances inhérentes à l’espèce vivante, ces tendances qui nous conduirait à l’anarchie,[2], à la loi du plus fort et du plus méchant, et finalement à la destruction ou au recommencement des société humaine[3].
Au delà de l’inévitable police politique, la police quotidienne est-elle un corps impopulaire ou bien n’est-elle pas à sa façon le fruit de l’inconstance populaire, du fait que nos sociétés ne protègent pas toutes d’elles-mêmes les veuves et orphelins ? Parce que nos sociétés ne sont pas idéales, et que les travers de l’un accaparent l’esprit de l’autre qui en vient à convoiter les richesses de l’un. Parce que tout fait que nous avons besoin de régulateurs, et qu’incapables de nous réguler nous-mêmes nous en appelons aux autorités. Et plus les sociétés deviennent individualistes plus le fossé entre la police idéale et la police réelles se creusent car la police n’est pas une fée à la baguette magique [4], ses capacités restent limitées et ne peuvent combler le manque de protection et de sécurité crée par l’absence de lien social. Et pour finir, plus la caste au pouvoir reste la même, plus la police sera partiale et figée. Là où la police pourrait combattre avec égal intérêt toute gêne à la vie commune, elle n’est en fait que partiale autant que partielle: telle qu’elle est conçue idéologiquement, telle qu’elle se perpétue dans les esprits, la police arrête le voleur, qu’il vole par faim ou par convoitise. Qu’il soit sans espoir ou crapuleux: un vol est un vol. La police est ancrée dans le réel, le proche, le quasi tactile. A mille lieues des vols d’argent public, des exploitations odieuses du travail humain, des inégalités sociales qu’aucune ne police ne vient autant criminaliser.
On s’en prend à la police, car on ne veut pas envisager la demi-mesure quand il s’agit de la sécurité de tous, quand il s’agit de la vie de tous; et l’on s’en prend à la police car la bavure n’est pas acceptable (et avec elle toutes les formes d’action policière nuisibles). Celles-ci descendent d’un système (légitimité supposée de la police) que l’on critique parfois vivement, mais qu’en rêvant meilleur et idéal l’on se borne souvent à ne dénoncer qu’à moitié : car le système idéal ne profite pas de l’absence de police, comme certains pourraient le laisser croire. Il jouit de l’absence de besoin de police, dans tout domaine.
L’Ego(se)ïsme et Lashoz
« Un flic est un sale flic car il fait un boulot de salaud, salauds sont les hommes d’avoir besoin de flics de maîtres et de guides… » Rocé
Notes
[1] on connaît les liaisons entre le pouvoir et les médias, pourquoi ai-je l’impression de nager dans un jeu de dupe ?
[2] dans le sens cliché du terme, car la philosophie anarchiste est une des seules à avoir essayé de penser des systèmes de société et de police alternatifs
[3] cf« l’incessant cycle humain », texte a venir…
[4] c’est plutôt un ogre à la matraque rapide
>”Parce que tout fait que nous avons besoin de régulateurs, et qu’incapables de nous réguler nous-mêmes nous en appelons aux autorités”
C’est dans la nature humaine (je dirais “animale”, pour utiliser un terme plus neutre et moins péjoratif) de tirer parti de chaque situation, de recherche du plaisir et d’assouvir ses besoins/pulsions. On agit rarement au nom d’un “devoir personnel”, c’est à dire au nom d’une volonté propre, s’exprimant en dehors de toutes contraintes sociales et autres gratifications.
Bref, en pratique, si nous respectons la loi (ne pas voler, blesser, etc.), c’est plus de façon intéressée ou par peur des sanctions, que par une réelle volonté de faire le bien (”L’important n’est pas dans les actions, mais dans les principes qui guident ces actions”). D’où la nécessité de ces “régulateurs”.
PS : à ce propos, voir la fable “l’anneau de Gygès” : http://fr.wikipedia.org/wiki/Anneau…
On va en arriver à faire justice soit même !
La police ayant d’autres chats à fouetter !
@ GG : effectivement pour de nombreux délits de mineure importance, c’est souvent la peur du gendarme, du policier ou de la sanction qui permet de les empêcher, de façon théorique : vol à l’étalage, excès de vitesse…
Si certains auront assez peu de morale pour voler et tuer s’ils deviennent invisibles comme Gygès, il y a quand même des personnes qui n’en abuseraient pas à ce point là.
Mais j’ose tout de même croire que ce n’est pas uniquement la seule crainte pénale qui t’empêche de tuer quelqu’un, par exemple ?
En tout cas, la loi est EN THEORIE justement là pour faire respecter certains principes de vie commune à ceux qui n’auraient pas suffisamment de morale pour les respecter (ne pas tuer, ne pas voler, ne pas faire souffrir, etc.). Dans la pratique, la loi permet aussi de contrôler certaines pratiques et d’imposer certaines règlementations qui n’ont plus rien à voir avec des principes moraux de bonne vie en commun mais tiennent plus du politique (régulations migratoires, protection des cultures d’OGM, etc). Ce qui revient à remettre en cause les principes moraux de bonne conduite : sont-ils réellement universels ? ou bien ne dépendent-ils pas souvent d’un contexte social, politique et culturel ? Ce qui fait qu’un bon nombre respectera la loi, ou la trouvera juste, en se basant sur ses principes moraux personnels (”je ne tue pas, parce que tout le monde a droit à la vie”, “je me drogue parce que ça ne concerne que moi”, “je grille un feu rouge parce que bon ya personne qui veut traverser”, “je refuse qu’on expulse un sans-papier parce que je pense que tout le monde a le droit de vivre en France”, “je ne paye pas la redevance parce que ya rien de bien sur les chaînes publiques”, etc.). Du coup, un agissement sera parfois contraint par les effets de la loi, d’autres fois par sa conscience, pour faire le bien général ou le bien de soi-même.
Les régulateurs (loi, police, justice) m’apparaissent donc nécessaires puisque nous ne sommes pas capables de nous auto-réguler à tous niveaux. Mais le problème est la justesse de réaction et d’agissement de ces régulateurs… qui ne sont eux-mêmes qu’humains, et répondent tout autant aux même principes et abus (bonne conscience, morale, peur des sanctions, soif de pouvoir, etc.). Régulons les régulateurs !
Le nouveau slogan de la publicité de recrutement des surveillants pénitenciaires, entendu à la radio :
” Surveillants pénitenciaires, quelle société peut se passer de vous ? “
Et ailleurs ?