
Voici quelques traits de caractères qu’on retrouve chez un nombre grandissant de soi-disant professionnels de l’Internet :
- Il emploie le terme 2.0 plus que de raison. Pour lui, une phrase, un article, un site, une entreprise, une carte de visite qui prétend parler d’Internet sans évoquer le mot Web 2.0 est has been, littéralement à jeter.
- Il n’est pas capable de fournir une définition claire de ce concept.
- Quand il s’y essaie, il n’est capable que de fournir une liste absconse de sites qu’il considère 2.0 [1], ce qui n’aide évidemment pas le lecteur néophyte ou averti dans sa compréhension.
- A tendance à surestimer l’importance des blogs, et pour cause, ce sont les seuls sites qu’il est capable de comprendre (platitude de 99% d’entre eux, structure elle-même simplifiée à l’extrême) et même de faire. Les packages de blogs sont en effet livrés clés en main, et on peut en créer et en installer sans même taper une ligne de code. De quoi le ravir, et de quoi rajouter au passage quelques langages de programmation à son CV.
- Le site où il propage ses simagrées porte son propre nom (premier symptôme de mégalomanie). Nouveau type de cybersexuel, il atteint l’orgasme quand il voit des résultats en tapant son nom sur Google.
- Il a construit son profil sur TOUS (j’ai bien dit TOUS) les sites de networking mondiaux, pour s’assurer peut être que l’employeur du fin fond du Bengladesh puisse penser à lui pour son prochain projet 2.0… Malheureusement pour lui, le web est à l’image de la société, il faut donc atteindre un certain niveau d’oisiveté et de bourgeoisie pédante pour s’attarder sur de la masturbation intellectuelle plutôt que sur de la création de valeur. (les Etats-Unis et l’Europe en gardent donc le privilège pour le moment)
- Sur ces sites de networking, il se donne le titre de « Guru » ou « Expert » de l’Internet 2.0.
- Son profil fait état d’un nombre incalculable de compétences, qualifiées par des termes que même des vrais professionnels de l’Internet ne comprennent pas.
- Au cœur de ces compétences se trouve une série de langages de programmation. Bizarrement, aucune réalisation de site ne vient valider ces expériences. Et pour cause, ces langages ne sont là que pour crédibiliser son auto-proclamée expertise de l’Internet, et en aucun cas pour trouver un travail utilisant ces technologies (heureusement pour lui du reste, il serait certainement éliminé en moins de 4 minutes d’entretien)
- Son profil fait également état d’une quantité invraisemblable d’expériences professionnelles. On croirait alors que l’expert dont il s’agit a une quarantaine d’année, mais il s’agit bien d’un gosse de 19 à 27 ans.
- Le somme cumulée de ses expériences équivalant à deux années à peine, sa longévité maximale dans une entreprise est de 2 à 3 mois (jamais supérieure à 3 mois, comprenez jamais au-delà de la première période d’essai).
- Il a plus de 250 contacts sur un ou plusieurs de ces réseaux. Soyons clairs, vu qu’il dure aussi longtemps dans une entreprise qu’un éjaculateur précoce pendant un coït, il n’a pas pu travailler avec toutes ces personnes (pas même avec 2% d’entre elles à vrai dire). Il s’agit en fait d’un syndrome compulsif consistant à ajouter à son réseau tout être muni de deux bras et de deux jambes et sachant consulter un email. Persuadé que sa crédibilité augmente en fonction de la taille de son réseau (attitude dysfonctionnelle type « c’est moi qu’a la plus grosse », liée à un complexe d’infériorité, suite certainement à une absence symptomatique d’amis durant l’enfance/adolescence), notre « expert » ajoute à son réseau quiconque a eu le malheur de lui envoyer un email ou de répondre à une de ses questions sur un salon (où il va distribuer ses cartes de visites 2.0) ou même à la laverie du coin.
- Cherchant en permanence la meilleure façon de marketer son nom (car c’est bien cela dont il s’agit), il change son profil au minimum une fois par semaine. Ne réalisant pas que sa page est le carrefour des gens qui veulent se payer une bonne tranche de rigolade hebdomadaire, il leur offre malgré lui une chance incroyable de mesurer la misère de sa quête de cyber-identité au gré de ses changements de phrases, de termes, de concepts.
- Son blog, comme sa personne, est une coquille vide pleine de bla-bla, de termes obscurs maladroitement pompés de sites américains, et est rédigé avec une orthographe et une syntaxe approximative.
- Son blog constitue en réalité un support publicitaire pour crédibiliser son CV (aux 2% d’employeurs assez cons pour croire à la supercherie). Il lui permet également de combler ses nombreux mois de chômage en présentant ce blog comme une expérience professionnelle à part entière. Il constitue enfin, comme nous allons le voir, un formidable support de lèche généralisée de son « réseau ».
- Sur son blog, deux types d’articles se succèdent :
- Les reprises d’articles de blogs externes. Réalisant qu’il est incapable de produire un contenu original et s’enfermant dans son concept 2.0 de syndication et de pseudo-partage (surtout dans ce sens là du partage), il ne fait même pas l’effort de composer un texte synthétique et colle donc un lien avec une phrase souvent destinée à lécher discrètement les bottes de son vrai auteur. On touche là au cœur de l’utilisation du blog de notre ami l’imposteur : faire de la lèche à tout ce qui peut lui rapporter quelque chose, pour son activité de gratteur professionnel et pathologique. On aura donc un commentaire du genre « Un article génial sur la communauté du buzz 2.0.. Une très belle description de mon ami Antoine
» (notez bien le smiley). On notera (mais on y reviendra) le rapport troublé à la notion d’amitié, couplé avec le besoin permanent de se crédibiliser par ricochets (en utilisant la crédibilité d’un autre, comme une pétasse oisive et écervelée accède aux soirées VIP grâce au réseau social de son pigeon d’amant). - Les nouveaux produits. Il s’agit ici soit de nouveaux sites « 2.0 » (l’avantage de son concept est que c’est un bordel bien représentatif de son esprit) publiés par un de ses « amis » (encore une fois, n’importe quel être humain qui peut lui apporter quelque chose à un horizon 5 ans), soit d’un nouveau produit technologique que notre nerd-guignol a acheté. Le trouble décelé ici est d’une part une soumission totale et passive à l’impératif de consommation propre à la caste de néo-bourgeois de gauche qui le fait tant rêver et à laquelle il fait tant d’effort pour appartenir, et d’autre part un besoin compulsif de partager la platitude de ses seuls loisirs (loisirs liés à la consommation) pour leur faire exprimer toute leur saveur (démonstration de hautes valeurs, signaux d’appartenance à la classe par ses choix de consommation, désir de reconnaissance). Pour prendre un exemple, c’est un peu pareil qu’un agriculteur des années 30 voulant se faire passer pour un ouvrier spécialisé d’une usine Fordienne en achetant une Ford T et en la montrant à tous ses voisins.
- Tendance maladive à glorifier, valoriser, aduler, et à se prosterner devant Google, Yahoo! et MSN (dans cet ordre). Il pourrait sans trop de doutes vendre ses enfants et sa femme pour une carte de visite d’un de ses employés, et à vendre sa mère pour un poste dans une de ces 3 boites. N’a absolument aucune idée de la médiocrité extrême de la moyenne des employés de ces sociétés hors de leur siège américain (et encore, même là, les chèvres y sont légion). Il ne fait d’ailleurs aucune différence entre le siège et les succursales commerciales parsemées dans le monde (et portera donc aux nues de la même façon un Sergey Brin et un account manager du bureau de Paris, fraîchement diplôme d’une mauvaise ESC)
- Face à l’impensable chute de crédibilité que lui conférerait un séjour prolongé au chômage, et contraint cependant de voir la réalité en face (c’est une merde et personne ne veut de lui), notre « expert » lance tôt ou tard son entreprise (un baroud d’honneur à vrai dire), sincèrement persuadé qu’aucune entreprise ne le mérite et qu’il a toujours su avoir une âme d’entrepreneur (facon éternel incompris). N’ayant pour force de prospection que son pseudo réseau social (ah oui, il a un très mauvais relationnel et ne vendrait pas une bouteille d’eau à un bédouin), il le harcèle dès lors d’emails et de discussions pathétiques sur MSN pour qui aurait eu le malheur d’oublier de le bloquer. Par conséquent, il est contraint dans les 3 à 4 mois qui suivent sa création, de déposer le bilan, non sans communiquer 5 à 6 mois plus tard seulement sur la réalité de sa situation. Comprenons le : avouer sa médiocrité après avoir tant fanfaronné demande un sacré effort.
- Tous les événements de sa vie (des plus intimes aux plus anodins, voire aux plus pathétiques) figurent forcément quelque part en photo sur Internet (FlickR, Picasa, Yahoo! Photos, Fotolog…). Il mélange ici le partage au sens fraternitaire du terme et l’impudeur, l’exhibitionnisme.
La perte de repères entre le privé et le public
Pris au piège de son concept, notre spécialiste perd des repères pourtant nécessaires entre le public et le privé, l’intime et le montrable, le pathétique et l’intéressant. A force de proner le partage à tue-tête et de voir en Internet une évolution humaniste réelle, et aidé par la lobotomisation de toutes ces heures passées devant un écran, il oublie la nécessaire séparation entre monde professionnel et monde intime, il oublie que sa femme et ses enfants doivent être une porte de sortie, un ballon d’oxygène pour échapper au monde virtuel, et que ramener le moindre élément de vie dans cette sphère démystifie la singularité de sa vie, puisqu’exposée et potentiellement jugée par n’importe qui, en plus d’accroitre sa communication du vide.
Besoin de reconnaissance
La taille astronomique de son réseau (et son vide effectif), ses prétendues compétences pléthoriques, son utilisation de termes et concepts de blogs américains qu’il relaie avant même d’avoir compris, sa lèche permanente et systématique témoigne avant tout d’un énorme manque de confiance en lui, certainement lié à la conscience refoulée de sa médiocrité extrême. Pour être encore plus clair, notre ami sait pertinemment au fond de lui qu’il ne sait rien, et décide donc de s’armer d’une série d’artifices pour tenter de se crédibiliser (comme une fille qui se sent moche, se barde de maquillages et d’apparats), pour un jour peut être, être reconnu comme un acteur légitime et sérieux de cet univers.
Volonté de pénétration sociale et méthodologie
Initialement conduit par un but légitime, celui de l’ascension sociale et de la pénétration d’une caste idéalisée (le monde du web), il se trompe complètement dans sa méthodologie en voulant afficher des connaissances qu’il n’a pas pour être toléré dans ce milieu qui n’est pas le sien, comme un clochard qui mettrait un costume deux fois trop grand pour passer inaperçu dans une soirée VIP.
Peur du lendemain et travail parasitaire
Son activité étant tournée à 200% vers d’éventuels recruteurs (il fait son blog pour impressionner d’éventuels recruteurs, il remplit son CV sur 30 sites différents pour les recruteurs, etc…) témoigne d’une grande insécurité professionnelle. A y lire ses expériences, et leur brièveté (dont certainement un grand nombre de licenciements), on comprend mieux pourquoi la peur du lendemain le hante, et pourquoi, à peine arrivé à un poste, il fait déjà tout pour s’assurer de trouver le prochain. Malheureusement, les entreprises se passant le mot, le champs des possibilités se réduit, et il devient contraint de lancer sa propre activité. Prisonnier de sa nullité, il axe sa stratégie sur l’intermédiation : intermédiaire entre l’entreprise et l’agence, pseudo prestataire qui sous traite en fait en marque blanche (intermédiation à zéro valeur ajoutée), construction de réseau social (mise en relation de personnes de son réseau), autant de missions qui relèvent du travail parasitaire. Ce travail qui ne créé pas de valeur et qui est capable de faire vivre des personnes en exploitant le fruit du travail de salariés légitimes. Plus il est éloigné de la production, plus le travail a tendance à être parasitaire. Dans la nouvelle économie, et l’éloignement de la production qui est la sienne, les intermédiaires sont déjà initialement trop nombreux. Mais notre « expert » représente ici un niveau supplémentaire de parasitisme, en constituant l’ensemble de son activité autour de la construction d’un réseau de créateurs de valeur pour bénéficier indirectement du fruit des richesses qu’ils génèrent.
Alors méfiez vous bien du concept « 2.0 » et des gens qui passent plus de temps à parler du web qu’à faire avancer le web…
Notes
[1] sites à fond blanc et a dominante verte ou rose fluo, avec un nom finissant par « o » ou « r » (avec un “bêta” apposé à côté, par mimétisme grégaire), dont les créateurs parasites dans l’âme ont eu l’idée de recycler une idée qui existe certainement depuis 1996 en mettant « collaboration, participation du visiteur, user generated content » dans l’accroche. Un exemple en image.
C énorme!!!! Excellente description de ce monde d’enculeurs de mouches!! loooooool
bien joué!!
Vous visez très juste! Dire que ces mêmes “guignols 2.0″ parlent déja de “Web 3.0″… Il va vite falloir faire un nouvel article
-Fabien
criant de vérité…
on s’y reconnaîtrait presque…
Toute mes félicitations…
Voilà un guignol qu’on n’aura guère envie de rencontrer ! Le Parasite semble le connaître dans tous ses détails, et je serais curieux de savoir comment il a acquis cette édifiante expertise.
10 ans dans Internet, je les ai vu naitre, grandir, faire caca et roter…