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	<title>On n&#039;est pas des chiffons! &#187; bobos</title>
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	<description>Parole aux déclassés</description>
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		<title>Touche pas à mon ADN, L’opposition du 21ème siècle</title>
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		<pubDate>Mon, 15 Oct 2007 01:59:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lashoz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politique & Société]]></category>
		<category><![CDATA[bobos]]></category>
		<category><![CDATA[gauche]]></category>
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		<description><![CDATA[Sarko peut dormir tranquille. La gauche est morte, et continue de creuser son trou. La gauche d’aujourd’hui, c’est la gauche bobo, cette gauche show-biz qui ne joue pas son rôle d’opposition. Et pour cause, comment s’opposer quand on est d’accord sur tout&#160;? La gauche du 21ème siècle ne peut pas s’opposer à la droite, puisqu’elle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Sarko peut dormir tranquille. La gauche est morte, et continue de creuser son trou. La gauche d’aujourd’hui, c’est la gauche <a href="/post/2007/10/10/Le-bobo-ou-la-mort-de-Paris" hreflang="fr">bobo</a>, cette gauche show-biz qui ne joue pas son rôle d’opposition. Et pour cause, comment s’opposer quand on est d’accord sur tout&nbsp;? La gauche du 21ème siècle ne peut pas s’opposer à la droite, puisqu’elle suit une ligne politique parfaitement similaire&nbsp;: entre renforcement du rôle régalien de l’état, hyper-libéralisation des échanges de marchandises et de capitaux, valorisation des communautarismes et de l’Union Européenne, rien ne différencie plus la gauche de la droite. Rien, à part que la gauche bobo, c’est la droite sans les valeurs historiques de la bourgeoisie conservatrice française<sup>[<a href="#pnote-130-1" id="rev-pnote-130-1">1</a>]</sup>. Cette gauche qui se focalise donc sur les petits problèmes sociétaux pour garder une présence médiatique sans pour autant risquer de froisser le gouvernement qui lui donne à boire et à manger.</p>
<p>Dernière mascarade en date, Touche pas à mon ADN, sans doute une des plus grosses foutaises de l’histoire politique française, à l’heure où le scandale des délits d’initiés de Lagardère dans l’affaire EADS prouve à qui l’ignorait encore que Sarkozy, ami intime de Lagardère, trempe de façon évidente dans des malversations financières tout en continuant de tabasser au sol Villepin le mourant. Une initiative risible sur un sujet parfaitement inutile, mais qui présente l’avantage d’être totalement inoffensif pour le gouvernement en place, une fausse révolte de plus dans laquelle les marionnettes sont toujours les mêmes&nbsp;: les jeunes et le show-biz, des marionnettes qui mettent tout ça en musique.</p>
<p>Car, comme à chaque fois dans ces cas là, la gauche nous sert sa recette habituelle&nbsp;: un concert géant facon kermesse saucisse-merguez-moutarde, des interventions d’acteurs de seconde zone la larme à l’œil, saupoudrées de bonnes paroles issus des chiottes de la culture, facon BHL, le caméléon permanent dont le but est de maximiser ses apparitions télévisuelles à chaque sorti d’une nouvelle fiente écrite par un de ses nègres sous-payés. Et comme il faut toujours un enculeur et un enculé, ces rebelles sans cause se produisent devant un public symbole de la dépolitisation absolue des classes moyennes françaises&nbsp;: les jeunes et les bobos, dont les seules préoccupations d’ensemble concernent les choses très concrètes, ce qui constitue un prolongement politique logique de la <a href="/post/2007/05/11/La-reduction-psychologiste" hreflang="fr">réduction psychologiste</a> qui a envahit toute la société du tertiaire, elle même conséquence de la féminisation globale des esprit (largement renforcée par les media). Dans cette orgie malsaine, on utilise les associations satellitaires du PS en guise de vaseline, puisqu’il y a encore des gens assez stupides pour penser que Touche pas à mon Pote ou Mi pute Mi soumise sont des mouvements qui représentent les intérêt d’une quelconque classe défavorisée<sup>[<a href="#pnote-130-2" id="rev-pnote-130-2">2</a>]</sup>.</p>
<p>Pour être tout à fait clair, la gauche n’a aujourd’hui plus aucun intérêt idéologique ni stratégique à s’opposer à la droite dans les mesures qui font de la France ce qu’elle sera demain, et ce, d’autant moins que ‘grâce’ à Machiavel-Sarkozy, ils sont eux-mêmes les responsables directs de cette politique, puisque eux-mêmes au gouvernement. Coincés de tous les côtés, ils se retrouvent comme deux bandes rivales qui n’ont plus de points réels de discorde mais qui doivent tenir leur réputation et trouver des excuses pour se taper dessus&nbsp;: ils se rebellent faussement contre des mesures de pacotille médiatiquement symboliques<sup>[<a href="#pnote-130-3" id="rev-pnote-130-3">3</a>]</sup>. Et pour donner une ampleur médiatique maximale à cette supercherie, ces rebelles du Dimanche jouent avec l’allié typique de celui qui n’a plus d’idées&nbsp;: le show biz, toute cette vase puante culturo-mondaine qui pollue l’intégralité des plateaux de télévision et radio sous couvert de débat afin de vendre du sous-produit bâclé. Et, chance pour eux, les culturo-mondains en galère, il y en a un paquet. De quoi ravir des jeunes désespérés de trouver une cause avec laquelle parfumer leur vie de bourgeois nanti à l’assiette pleine.</p>
<p>Nous arrivons donc à une démocratie de façade sans aucun garde fou, sans régulateur, où tout le monde copule avec tout le monde, ne conteste plus rien, s’engouffre tous dans le trou du cul du capitalisme, pour faire jouir ses tenanciers, ses propriétaires fonciers qui lui font la pluie et le beau temps, un système permissif et laxiste que les bobos incultes et les jeunes dépolitisés trouvent ‘super cool’, arrivant même à citer un salopard comme Pasqua en modèle moral, bien loin de se rappeler les trafics d’armes vers l’Angola et la carrière de ce bandit psychopathe qui a tenu si longtemps le RPR par les couilles. Bref, une amnésie généralisée permise par la lobotomie de la politique-showbiz, qui correspond parfaitement à la soupe que sont prête à recevoir chaque jour les français, bien préparés en cela par les media décadents. Des centaines de milliers de personnes qui s’emmerdent suffisamment dans cette vie sans morale et sans but pour passer leur Dimanche à croire que d’aller voir un concert en mangeant un sandwich constitue une véritable action de résistance. Une génération dans le coma.</p>
<p>Parasite</p>
<p>ps: la liste des culturo-mondains décadents sur <a href="http://www.touchepasamonadn.com/" hreflang="fr">le site de la mascarade</a></p>
<div class="footnotes">
<h4>Notes</h4>
<p>[<a href="#rev-pnote-130-1" id="pnote-130-1">1</a>] une droite des valeurs qui elle-même n’existe plus depuis la perte de morale déguisée sous le nom de « droite décomplexée », soit le droit de jouir du libéralisme capitaliste sans en assumer les inconvénients</p>
<p>[<a href="#rev-pnote-130-2" id="pnote-130-2">2</a>] il n’y a qu’un bobo pour croire que l’entrée en boite de nuit est une préoccupation importante pour un jeune de cité qui n’a de toute facon pas 15 euros à mettre pour se prendre des vents méprisants par une pouffiasse bourgeoise</p>
<p>[<a href="#rev-pnote-130-3" id="pnote-130-3">3</a>] les contrôles ADN sont en place dans un nombre incalculable de pays, et la disposition française prévoit qu’elle ne s’applique que pour les volontaires. En bref, ne croyez-vous pas que l’opposition devrait avoir d’autres priorités ?</p>
</div>
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		<title>Velib&#8217;, ou l&#8217;escroquerie écologique</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Jul 2007 05:29:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lashoz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politique & Société]]></category>
		<category><![CDATA[bobos]]></category>
		<category><![CDATA[ecologie]]></category>
		<category><![CDATA[paris]]></category>

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		<description><![CDATA[ L’écologie, c’est un truc dont les politiciens se foutent complètement, mais très pratique pour faire passer des mesures perverses.
Cette idée se confirme un peu plus depuis que les candidats à la Présidentielle ont axé le débat sur l&#8217;écologie, à défaut d&#8217;avoir les idées suffisamment étoffées pour pouvoir l&#8217;axer sur les vrais problèmes. Le dernier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/_parasite/article_SGE.MZC27.130607174327.photo00.photo.default-329x512.jpg" alt="Velib" style="float:left; margin: 0 1em 1em 0;" /> L’écologie, c’est un truc dont les politiciens se foutent complètement, mais très pratique pour faire passer des mesures perverses.</p>
<p>Cette idée se confirme un peu plus depuis que les candidats à la Présidentielle ont axé le débat sur l&#8217;écologie, à défaut d&#8217;avoir les idées suffisamment étoffées pour pouvoir l&#8217;axer sur les vrais problèmes. Le dernier truc en date, c’est les travaux un peu partout dans Paris pour installer les fameuses bornes « Vélib », les vélos libre-service pour les parisiens<sup>[<a href="#pnote-79-1" id="rev-pnote-79-1">1</a>]</sup>. Ce truc est une escroquerie à différents niveaux.</p>
<p>Déjà, Vélib, c&#8217;est l&#8217;occasion pour Delanoë de flamber en une de tous les magazines en désespérance éditoriale, alors que concrètement, sa gestion de l&#8217;attribution du contrat est loin de valoir des éloges. C’est JC Decaux qui construit les emplacements et fournit les vélos, entreprise choisie au terme d’un pseudo appel d’offres. En échange, le publicitaire se voit rétribuer du prix des abonnements<sup>[<a href="#pnote-79-2" id="rev-pnote-79-2">2</a>]</sup>. En apparence, ce n’est que justice. Seulement, JC Decaux n’a rien installé gratuitement. La condition a été l’attribution du marché publicitaire de la ville de Paris à JC Decaux,  en échange de ces -coûteuses- installations (concessions qui dure une vingtaine d’années et qui menaçait de passer dans les mains du concurrent ClearChannel). Un marché de plusieurs milliards d’euros, puisque l’intégralité des recettes publicitaires présentes sur les abribus et autres supports arrivent dans les caisses de JC Decaux. Je n’ai pas vu de document là dessus, mais il y a fort à penser qu’un encart publicitaire sera placé à terme soit sur le cadran des vélos, soit sur les stations d’accueil. Un tel support mobile et multiple est un régal pour un annonceur. (Surtout sur ceux qui voudront se positionner sur du très à la mode « écologiquement correct »). Parce que les milliards d&#8217;agressions visuelles et sonores que l&#8217;on subit chaque jour ne semble pas être assez.</p>
<p>Quel est donc l’intérêt de la Mairie de Paris à vouer tant d&#8217;énergie à introduire les vélos à Paris? L’assainissement de l’environnement ? N’importe quelle personne qui conduit dans Paris sait pertinemment deux choses : 1/ aucun automobiliste ne peut laisser sa voiture pour un vélo (donc les cyclistes ne sont que des piétons reconvertis, d’où une absence totale d’économie de pollution), 2/ que les pistes cyclables ont considérablement rétréci la chaussée, d’où des embouteillages énormes qui n’existaient pas il y a quelques années, qui créent incontestablement des pics de pollution dans Paris. Il suffit pour cela de comparer la circulation rue de Magenta entre République et Gare du Nord avant la piste cyclable, et après.</p>
<p>L’intérêt de Delanoë et comparses est double.</p>
<ul>
<li>Les pistes cyclables sont un véritable fiasco dont même les écolos critiquent le déploiement outrancier. Il était donc indispensable de les crédibiliser un peu en augmentant artificiellement leur fréquentation.</li>
<li>La construction des pistes cyclables, de même que la généralisation des places de stationnement payantes a toujours eu pour but de décourager les automobilistes. Mais pas n’importe lesquels : ceux qui ne peuvent se payer un box ou un parking privé, ceux qui sont obligés de transporter des éléments lourds pour aller travailler (donc les travailleurs manuels, les artisans, etc.…), et plus généralement, ceux qui ne peuvent se payer le luxe d’habiter près de leur travail. Le but de la mairie est donc de continuer le nettoyage de la ville, le déplacement massif des pauvres vers les banlieues pour libérer les appartement pour les riches, ce qui rend une balade à Paris aussi chiante, entre bourgeois méprisant à la terrasse de leur bar « lounge » et touristes moutonniers qui se ruent sur des casquettes « Paris » made in China à 20 euros (bien que produite pour 0,2 cents).</li>
</ul>
<p>J’ai tort ? Regardez donc qui se balade à vélo à Paris… Le même public qui va voir les soirées Slam à Bastille (et qui achète l’album de grand corps malade), les mêmes que dans les manifs pour la régularisation des sans-papiers. Les bobos. Je n’ai jamais vu de caillera en vélo dans Paris en dehors des mini-rodéos sur les vélos de la Poste volés pendant la tournée du facteur. Je n’ai jamais vu un ouvrier du bâtiment sur un vélo, ni un Malien du foyer. Etudiants en sociologie, vous qui vous ennuyez, allez donc faire un sondage en Septembre près des bornes Vélib, ça intéresserait du monde, et ca vous changera d’un énième éloge de Pierre Bourdieu. Parce qu’il est bon de rappeler que ces bornes actuellement en construction sont systématiquement installées sur des places de stationnement payantes. Déjà qu’il faut environ 40 mn pour trouver une place dans n’importe quel coin de Paris et que l’engorgement est connu et calamiteux, on installe ces escroqueries qui ne plairont qu’aux bobos sur des places qui font déjà défaut. Et encore une fois, je vois peu de Bugatti, de CLS et de Série 7 sur les places de stationnement payantes.</p>
<p>Le Parasite..</p>
<p>…..(En attendant j’empile mes PV, j’enrage dans les files, je tournois dans le quartier, et je crache sur cette ville.)</p>
<div class="footnotes">
<h4>Notes</h4>
<p>[<a href="#rev-pnote-79-1" id="pnote-79-1">1</a>] cet article fut écrit en Mai, les Vélib&#8217; sont sortis officiellement hier</p>
<p>[<a href="#rev-pnote-79-2" id="pnote-79-2">2</a>] vantés pour son faible prix, l&#8217;abonnement Vélib&#8217; reste 30 fois plus cher qu&#8217;à Lyon</p>
</div>
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		<title>Souvenirs de gosse, partie 1</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Jun 2007 08:31:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Lashoz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Enfance et Déclassement]]></category>
		<category><![CDATA[bobos]]></category>
		<category><![CDATA[Education et Travail]]></category>
		<category><![CDATA[enfance]]></category>
		<category><![CDATA[pauvreté]]></category>

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		<description><![CDATA[
Quand j’étais petit, je croyais que le monde était comme mon école. Dans ma classe, mes meilleurs potes c’était Youssoufou, Batéfili, Abdelssamad, Chems, Hakim et Morad. On s’est tellement marré que je repense sans cesse à eux, même 20 ans après. Vu que tout le quartier était à notre image, bien avant l’époque où il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="/public/_parasite/childhood.jpg" alt="Enfance" /></p>
<p>Quand j’étais petit, je croyais que le monde était comme mon école. Dans ma classe, mes meilleurs potes c’était Youssoufou, Batéfili, Abdelssamad, Chems, Hakim et Morad. On s’est tellement marré que je repense sans cesse à eux, même 20 ans après. Vu que tout le quartier était à notre image, bien avant l’époque où il a été ravagé par l’invasion bobo, on nageait dans un océan de bien être, de tolérance… A vrai dire, on ne se posait même pas la question. Il y avait quelques francais bien sûr. Mais bien loin d’eux l’idée de répéter les idées éventuellement racistes de leur parents&nbsp;: le tribunal de la cour statuait en référé à 10h, à 12h et à 15h, il était sans jurés, sans magistrat et sans avocats. Juste un juge (le groupe) et une sanction (le cercle, la mêlée, le passage à tabac).</p>
<p>Je me rappelle qu’un jour, un dénommé Polo (un fils d’immigré portugais ou italien de 3ème génération sans doute, dont les parents avaient eu le temps d’oublier d’où ils venaient) m’avait traité de «&nbsp;sale arabe&nbsp;» dans la cour. Moi, bien que nerveux et provocateur, j’étais finalement assez pascifiste par rapport aux autres. Déjà a l’époque, j’arrivais à être pote avec des gens d’horizons différents… des asiatiques (qui étaient les seuls à rester entre eux), et même des juifs et des francais. Au moment de l’insulte, toute la cour nous a encerclée. C’était l’heure du fameux «&nbsp;Oh l’bataaaard !!! ça m’aurait pas plu !! sanction !!!&nbsp;» repris en cœur par la foule en délire, désireuse de voir du pugilat. Alors j’ai suivi la foule. Premier combat, première victoire, je lui ai même cassé une dent… de laie. J’ai alors été happé par la masse, littéralement porté en triomphe et admiré…. jusqu’à ce que la cloche sonne.</p>
<p>C’était ca, notre quotidien. A l’époque, ma mère m’habillait chez Auchan. J’ai eu mes premières baskets de marque à 11 ans, en 5ème, des Nike en promo de chez André. 120 francs. En primaire, je faisais figure de mec classe avec mon manteau à 40 francs du marché de Place des Fêtes. A coté de moi, y’avait Seïdou et ses frères et soeur. Ils étaient 9 enfants dont 5 dans cette école primaire en même temps que moi. Sa sœur, Madjou, était dans ma classe. Ils habitaient dans un squat collé à mon immeuble. Les 5 enfants, bien que répartis sur 5 classes différentes, portaient absolument tous les mêmes vêtements. Chaussures, pull et pantalon. Je suis resté 5 ans dans cette école, je n’ai jamais eu le souvenir de les avoir vu changer de vêtement en 5 ans.</p>
<p>Mais on ne se posait aucune question. Bien sûr, de temps en temps j’entendais la Maîtresse donner des adresses à Madjou mais je ne comprenais rien.. ça parlait d’assistante sociale, de PMI, de planning familial… Madjou, c’était pas le genre à faire des frasques. On n’arrivait jamais à lui parler, et quand on y arrivait, elle parlait tellement bas qu’elle nous faisait flipper. De toute façon on avait du mal à l’approcher à cause de son odeur. Comme on disait, elle sentait pas la laverie. Quand je vois les femmes de ménage, les éboueurs, ces veilleurs de nuits qui vivent au foyer Robespierre, la mine triste et l’avilissement dans l’attitude, je revois Madjou. Comment veux tu t’imposer quand tous les éléments t’écrasent…</p>
<p>Après les cours, on allait au relais. C’était un endroit où tous les gosses du quartier allaient pour travailler, avec des «&nbsp;éducateurs&nbsp;» qui alternaient aide aux devoirs et activités, type danse, etc… J’y suis allé quelques fois, puis ma mère a vite compris que les devoirs étaient un prétexte («&nbsp;héééheee… je t’itirdis d’aller avec les noirs et les voyaux !! T’as taux ce qu’élle te faut éssé !! »). J’apprenais bien plus tard que tous ces noirs qui peuplaient le relais n’étaient pas la par hasard, mais plutot pour cause de turnover. Le turnover (enfin, je l’appelle comme ca mais pour eux ca devait etre «&nbsp;tu dégages hein&nbsp;! vLaiment je t’ai déjà dit de pas LentLer avant 19 heuLes hein!!!) c’est quand t’es un mari polygame, que tu vis dans 35 m² et que tu dois stocker les 5 enfants que tu as avec chaque femme. Sans avoir fait maths sup, j’avais déjà compris à cette époque que c’était pas possible.</p>
<p>Alors le soir, ma mère me prenait la main, et m’emmenait faire des courses avec elle. A Prisunic. Pour moi, aller à Prisunic, c’était mon petit bonheur de la journée. Quinze ans après, j’ai appris que pour elle aussi. On achetait pas grand-chose à Prisunic, quelques boîtes de conserves «&nbsp;Forza », une imitation «&nbsp;Banga&nbsp;» que j’aimais beaucoup, soit une boisson à l’eau aromatisée aux fruits exotiques, et un paquet de café. C’était bien avant que Leader Price ne s’installe, et bien avant que Monoprix ne pullule, en même temps que les bobos.</p>
<p>Les bobos, je les ai vu arriver. Enfin, les premières vagues. Ca a commencé par une galerie de sculpture, puis deux, puis un atelier peinture, et des expositions le Samedi matin. Nous on y allait après l’école, mais on ne comprenait défintivement rien, à part que c’était vraiment cool de manger des TUC à l’œil. Ces gens là, on les voyait dans la rue. Ils étaient jeunes, beaux, et avaient des enfants tout aussi beaux. Ils habitaient à quelques numéros de chez nous, mais on n’a jamais vu leurs enfants dans notre école (à mon grand dam, car j’avais flashé sur une Alice). Ils étaient tous à l’autre école, celle de l’autre coté des rails, là où les barres se terminent et laissent place à une petite rue charmante, devant l’église. Bien sûr, nous ne savions pas encore ce qu’était la carte scolaire, le rectorat, la corruption…</p>
<p>A la maison, mon père rabachait dès que l’occasion se présentait les bienfaits de l’excellence à l’école. Il nous rappelait régulièrement que s’il avait pu aller jusqu’au bout de ses études en Algérie, que s’il n’avait pas été orphelin à neuf ans et qu’il avait dû casser les pierres pour pouvoir manger (5FF par jour), il était le plus brillant de sa classe en mathématiques, et serait allé très loin. Un vrai enfant de la guerre. Je ne savais pas que la vie me conduirait à comprendre ce qu’il voulait dire, à savoir que quand tu es dans la merde jusqu’au cou, les études sont un exutoire en or, en plus d’être objectivement le seul moyen pour t’en sortir.</p>
<p>Je me rappelle qu’un jour, mon frère, déjà au collège, ramenait fierement un contrôle où il avait eu 20. Je me souviens très précisément du regard de dédain que mon père lui a lancé en disant «&nbsp;je ne veux pas des 20/20. Je veux que tu ramène des 21/20 ». C&#8217;est les petites attitudes qui forgent une éducation.</p>
<p>Une certaine dose de protection m’a empêché miraculeusement de sombrer dans un destin qui me tendait les bras. Si je devais résumer tout ce qui m’est arrivé ensuite, je l’expliquerais par cette époque. C&#8217;est à cette époque où ma grille de lecture s&#8217;est formée, et où j&#8217;ai réalisé que je ne voulais ni être le jeune premier qui ne fait rien avec les autres, ni être dans un groupe où chaque fait et geste n&#8217;était plus fait pour moi-même mais pour prouver ma valeur au groupe. Et la seule façon de n&#8217;appartenir à personne, c&#8217;est d&#8217;appartenir à tous. C’est à ce moment là, qui coincide grosse modo à mon entrée au collège, que j’ai eu mes premiers contacts avec la bourgeoisie. Des contacts qui allaient changer ma vie.</p>
<p>Suite au prochain numéro&#8230;</p>
<p>Parasite</p>
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