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18
avr 07

Pourquoi je ne me retrouve dans aucun candidat

J’ai mûrement réflechi, je me suis informé, j’ai suivi leurs pérégrinations électorales, j’ai bu leurs discours champêtres, banlieusards ou citadins, j’ai pesé le pour, le contre ainsi que toutes les autres prépositions qui s’en rapprochent. Mais rien n’y fait. Ou plutôt si, tout concorde, tout est lumineux: je ne me retrouve dans aucun candidat. Certes, je le savais déjà avant, et j’aurais mieux fait de m’épargner tant de lectures et suivis d’actualité pour en arriver à une si piètre conclusion. Non pas que, doué de surnaturels pouvoirs divinatoires, j’avais tout analysé et compris d’avance. Simplement qu’à chaque dernières élections durant lesquelles j’ai eu le bonheur citoyen de me faire tamponner la carte d’électeur, j’ai ressenti la même désillusion. Ne pas savoir sincèrement pour qui glisser mon bulletin dans l’urne.

En accord avec aucun candidat sur tous les points de son programme, j’espère en secret tomber sur celui qui pensera tout comme moi, aura les mêmes idées, les mêmes projets. En attendant, je me contente du moins pire, j’accorde ma confiance à celui ou celle qui se rapproche le plus de mes convictions. Mais je ne me sens toujours pas représenté. Je suis celui qui attend un programme sur mesure, égoïste utopiste qui croit possible l’accession de 30 millions d’élus aux mandats, portés par l’individualisme de 30 millions d’électeurs.

Heureusement la segmentation des discours et la communautarisation (cf. L’élection présidentielle pour les nuls) sont là pour soigner mes états d’âme. Elles me prennent par la main et m’emmènent, moi convaincu par un discours formaté pour ma gueule, uniquement la mienne: je suis coincé dans ma petite case de jeune étudiant blanc des classes moyennes, et on m’adresse pile-poil un discours pour jeunes étudiants blancs des classes moyennes. Miracle, mon voisin lui aussi a été convaincu par un discours s’adressant pile-poil aux voisins de jeunes étudiants blancs des classes moyennes. Et avec lui aussi convaincus son voisin et le voisin de son voisin. Des idées politiques, des réflexions sociales et un programme électoral comme pensés pour chacun de nous, assouvissant cet égoïsme qui nous rend tellement indécis. Aurais-je ainsi trouvé le candidat idéal, chevalier blanc (ou noir en fait, je m’en fiche) sur son destrier républicain venant enfin délivrer ma France des maux qui la rongent ?

C’est beau, c’est bien pensé (et c’est bien écrit, merci je prend aussi). Sauf que. Je me suis penché sur la segmentation de mon voisin et je me suis rendu compte que là ça ne collait plus du tout, chez mon nouveau candidat fétiche. Son cheval est gris, moi j’avais demandé blanc ou noir pour aller avec le chevalier, et au final, ce con de politicien propose à mon voisin d’isoloir des options bien différentes de celles qui m’étaient avancées sur les mêmes thèmes. Je ne sais plus qui croire, je suis perdu et en plus d’avoir découvert le pot-aux-roses, je ne me retrouve plus dans aucun candidat.

Ce qui est amusant est surtout d’entendre autour de soi cette dernière remarque, agrémentée d’une pincée de nostalgie pour le bon vieux temps, ou d’un habituel « c’était mieux avant » qui fait doucement s’éclater de rire les anciens. A croire que depuis quelques années uniquement, la politique est affaire de corrompus et de menteurs, et qu’il devient impossible pour l’électeur de faire son boulot correctement en trouvant du premier coup le candidat type qui répond parfaitement à ses attentes. Mais parce qu’avant on pouvait ? Certes, un Napoléon Bonaparte avait au moins l’enviée capacité d’envelopper la France votante dans une unité et une certitude déprimante pour les 12 candidats des présidentielles de 2007: un referendum avec lui, c’était « oui » ou « oui« [1].

Les candidats étaient-ils meilleurs et plus représentatifs avant ? je ne le pense pas, en tout cas pas plus réprésentatifs dans l’absolu. Si l’on se plaint plus, c’est peut-être aussi parce que nos références ont évolué, nos façons d’envisager la politique se sont multipliées, notre attention sur les problèmes mondiaux s’est décuplée. Mais nous sommes aussi devenu une génération de zappeurs, où tout doit aller plus vite, où nous passons d’un candidat à l’autre, d’une opinion politique à l’autre car la lenteur des débats ne nous sied plus. De plus nombreux paramètres entrent en jeu dans une élection, et l’explosion médiatique nous abreuve d’information tant et si bien qu’elle rend les choix plus difficiles car chaque déclaration d’un candidat allègera ou ajoutera un poids sur le plateau de la balance électorale de chacun. Au fond, pas moins qu’avant on ne se retrouve réellement dans un candidat, l’avantage autrefois était probablement de l’ignorer plus qu’aujourd’hui.

Zapolitique

Notes

[1] Le 10 mai 1802, Napoléon organisait un plébiscite en posant la question suivante: « Napoléon Bonaparte sera-t-il consul à vie ?« . Le résultat de plus de 3,5 millions de « oui » contre 8374 « non » pourrait laisser certains rêveurs, sauf de rappeler que le scrutin n’était pas secret…