Posts Tagged: démocratie


23
avr 07

Le bal des rabatteurs

Je les vois défiler, un par un, pas abasourdis pour un sou, apparemment satisfaits, balancer une courte intervention souvent floue et confuse, et annoncer la nouvelle, l’air de rien, comme si c’était une bonne chose, avant de s’effacer. Je parle des rabatteurs, ceux qui ont confirmé ce soir à 200% ce que je pensais de la politique. Des partis en miettes, idéologie vendue, dépouillés d’électorat après s’être pendant des années moqué de leurs électeurs, et aujourd’hui à la solde de la machine politico financière qui les manipule. Pas fâchée la Marie-Georges, de voir le PCF en lambeaux (et avec lui, toute la force syndicale et progressiste, moteur des avancées sociales de ce pays… laissant le socialisme aux bobos et aux gays parisiens). Plutôt souriante l’Arlette, de voir que le terreau ouvrier se trouve aujourd’hui bien plus captivé par des notions d’individualisme exacerbé, couplé à une protection xénophobe épidermique d’un Le Pen ou de son sosie délavé. Contents Besancenot, Voynet, exécutant avec joie et comme à la parade la dernière partie de leur contrat, en se moquant éperdument de la conviction avec laquelle ces centaines de milliers, ses millions de personnes ont voté pour eux, un peu plus tôt dans la journée en pensant effectivement défendre un projet de société. Radieux de Villiers, qui a rempli son contrat de récupération des voix les plus radicales de Jean-Marie. (celles qui étaient passées entre les mailles du filet Sarkozien) Enervée Marine Le Pen, que l’UMP ait repris « le positionnement » (sic) de son papa.

Et les gens qui font la fête… Hallucinante propension qu’ont ces gens à se réjouir de rien, pour compenser le vide sidéral de leur vie. Des jeunes qui dansent… enfin, des jeunes en pull Zadig&Voltaire, au dessus de leur chemise en soie, stéréotypes du 16ème et du 17ème, pas foutus de comprendre une équation à deux inconnues en cours, donc encore moins à-même de comprendre leur rôle de pion dans ce jeu d’échec de pouvoir et de communication. Des femmes voilées qui crient « Ségolène présidente », des gens qui espèrent, comme ils espéraient en 1995, la première élection où la joie des gens pour de la politique m’avait choquée. Tant de désillusions sont passées en 12 ans, tant de complaintes et de manifs, tant de lois passées de force, tant d’abus démocratiques, tant de déclarations accusatrices à la machine à café ou aux dîners de famille, mais ce soir, les gens font la fête. Une fête qui ne dure qu’un temps. Le temps de se sentir concerné par cette appartenance communautaire, qui n’est au final qu’une appartenance à une case marketing. Une fois le segment exploité, il s’autodétruira, comme le message de mission impossible, et comme le programme politique de leur chouchou d’un soir. Autodestruction d’un projet de société, désatomisation de segments marketing que 4 millions d’électeurs viennent de vivre en direct à la télé.

« Individu consommable, mis dans des cases inflexibles
Et si je brise les chaînes invisibles des identités hybrides
La complexité sera ma résistance, mon fond de commerce
Cela fera de moi un mauvais commercial mais un homme libre » (Rocé)


4
avr 07

Le vote blanc

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Le vote blanc non comptabilisé est une règle constitutionnelle anti-démocratique. Le vote blanc exprime une volonté, un avis, un choix. C’est une alerte à laquelle il faut répondre, c’est un échec de la démocratie représentative. Si aucun candidat ne satisfait une large partie de l’electorat[1], c’est que le système va mal.

Qui sait ? Peut être qu’il se porte bien notre système adoré…

On peut le voir sous un autre angle, on peut constater que les barrières à la candidature présidentielle ont parfaitement joué leur rôle (coût d’une campagne, lobby des 500 signatures, études politiques, classe politique hermétique, partialité des médias). Le vote blanc doit forcément arranger certaines personnes. Ce qui est sur c’est qu’il ne dérange personne.

Le renoncement au vote, c’est pire que le vote blanc contestataire, c’est une véritable alerte rouge de la déresponsabilisation de la population.

Nous sommes blasés, vous nous avez eu à l’usure…

Notes

[1] sans compter tout ceux qui votent par défaut, ils sont de plus en plus nombreux…


27
mar 07

La politique de la persuasion

Il ne faut pas être très malin pour comprendre que la démocratie est une sorte de tyrannie de la majorité[1], mais aujourd’hui même si cette analyse reste théoriquement vraie, elle est complètement dépassée. La majorité n’est pas unie et ne parle pas d’une seule voix. C’est une majorité certes, mais composée de plusieurs minorités distinctes.

La politique est devenue marketing et communication, elle se limite de plus en plus à la science de l’utilisation médiatique. La variation d’image de marque des présidentiables est une des preuves qui nous crève les yeux. Sarkozy qui passe du méchant radical au compréhensif adepte du double discours, Royal qui reste prudemment dans la technique du «je satisfait tout le monde » et je n‘ouvre que des portes ouvertes, Le Pen qui lisse et arrondit les angles de ses idées et mise sur un rajeunissement de sa communication, et enfin Bayrou l’opportuniste rassembleur d’indécis incarnant le faux changement sans jamais rentrer dans les détails pratiques. Toutes ces stratégies illustrent cette évolution constante de la politique vers l‘art de communiquer, l‘art de persuader au lieu de convaincre, l’art de persuader par les associations d’idées et les sentiments primaires au lieu de convaincre par les arguments, les constats cohérents, la réflexion pure et impartiale. Il s’agit d’influencer en utilisant les sentiments, les problèmes personnels et particuliers de l’electorat, la peur, la diabolisation de l’adversaire[2].

Une campagne ça commence très tôt et ça se prépare en amont, mais pas par la qualité effective du travail accompli pendant le mandat du politicien, la campagne se prépare par l’image qu’il renvoie à la population avec souvent des actes très symboliques destinés précisément à telle ou telle communauté.

Le débat démocratique se réduit à faire passer l’autre pour le méchant. il n’y a pas de combat noble ou de confrontation de visions, il faut incarner le gentil qui vous a compris, et donc renvoyer tous les autres au rang de méchants diables nuisibles. Ce manichéisme infantile qui veut tout simplifier au combat du bien contre le mal écrase et enterre définitivement le débat d’idées complètes et complexe, l’incitation à l’information, à la nuance, et à l’ouverture au débat national étape par étape. Le peuple se perd dans des discours ou des faux débats où seule la parole, le verbe, les coups bas et le sophisme sont réglementaires. Un manichéisme d’autant plus ridicule quand on constate qu’il n’y a plus de gauche mais un parti unique UMPS

On est en droit de se demander si la manipulation médiatique du 21 avril sous le spectre de l’insécurité n’avait pas pour but de n’offrir aucun choix à la population au deuxième tour. L’épouvantail Le Pen contre le président sauveur (passible d‘une peine de prison faut-il le rappeler?). C’est pourtant si évident. Le lynchage médiatique de ce même nationaliste extrémiste Jean Marie Le Pen depuis son entrée dans la politique (commanditée par Mitterrand) est un autre complément de réflexion face à l‘évidence des coïncidences.

Lashoz

Notes

[1] Tocqueville m’excusera pour ce manque de respect

[2] ll devrait y avoir plus d’études poussées et accessibles sur les stratégies de campagnes précédentes, celles de Chirac, Mitterrand , Giscard, Jospin. Des études faisant preuve d’une prise de recul sur les forces en places à chaque époque, sur les enjeux dissimulé, les faux débats de société, les stratégie adoptée dans les actes, et la politique de communication. Pourquoi ce domaine d’étude est une véritable boîte noire ?