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2
avr 07

De la mort annoncée du Graffiti

Mort annoncée du Graffiti

Je me plais souvent à penser que j’ai eu la chance d’être présent lors de la naissance d’un mouvement artistique à part entière, de l’avoir suivi dès le départ, d’avoir connu ses acteurs, de l’avoir vécu de l’intérieur, puis d’avoir pris du recul du haut de mon sémaphore. Le graffiti m’a toujours fasciné en cela qu’il utilise le même mécanisme que la publicité, à des fins totalement contraires. Imposer l’œuvre (ou le tag) à la vue du passant, sans que celui-ci ait fait de démarche active pour le voir, voila de quoi rendre jaloux Jacques Séguéla. Seulement, là où la publicité cherche à éveiller le désir d’existence par la possession de l’objet; le graffiti n’a rien à vendre, juste à divertir visuellement où à montrer un signe d’existence, un rappel à la violente réalité pour ceux qui en sont coupés (j’aime voir la tête des passagers touristo/businessmen du RER B à destination de l’aéroport CDG à la vue de tous ces graffs). Dès le début, le graffiti a donc deux visages : celui qui émerveille et plait à quiconque est sensible à la beauté artistique, et un autre qui choque, déplait et enrage le concitoyen, en lui procurant un vif sentiment d’insécurité et d’inconfort lié à la proximité d’un délabrement (graffiti vandal). Face à un ennemi qui utilise les mêmes armes que vous, la meilleure solution est d’en faire un allié. Les géants du marketing allaient en faire un leitmotiv.

Diviser pour mieux regner

La politique étant toujours la meilleure amie du marketing (principalement pour avoir repris toutes ses pratiques – segmentation, calcul de rentabilité des segments, ciblage, positionnement…), le tournant du graffiti est d’abord un tournant légal. Nous sommes à la fin des années 90. La mairie de Paris, à la tête duquel se pavane un escroc, fleuron de l’énarchie corrompue francaise, Jean Tibéri (qui, rappelons-le, a été élu avec des voix de parisiens décédés), décide de « faire comme les américains » et de mettre en place une tolérence zéro Giulianesque à l’égard du graffiti. La consigne est claire : chaque tag posé dans la nuit devra être effacé dès le lendemain matin. Par ailleurs, chaque auteur de tag comparaîtra en référé et pourra être puni jusqu’à la prison ferme. Le but est clair : décourager les taggeurs les plus enragés et les plus endurcis, qui vont progressivement abandonner le capitale pour faire parler les bombes dans les communes du PCF et de la gauche bobo, bien moins disposées à réprimer cette communauté composée entre autres d’artistes, fer de lance de la prédominance bobo sur certains quartiers (et source de militantisme indispensable, les ouvriers ayant compris depuis longtemps que cette nouvelle gauche pédante n’avait rien à leur apporter, et ces bourgeois ayant eux de l’énergie a revendre… l’énergie nécessaire au rachat de leur conscience de parasite).

Dans leur hypocrisie malsaine, cette gauche démagogique (dont la gauche parisienne delanoësque post 2001) va créer une variante historique, en séparant le graffiti artistique du graffiti vandal, et en appliquant un traitement différencié entre les deux. Elle allait appliquer le principe machiavélique le plus connu : diviser pour mieux régner. Ce coup de génie avait plusieurs avantages :

  • premièrement, si le graffiti avait été entièrement interdit et réprimé partout en Ile-de-France, c’est le graffiti artistique (plus long à faire donc plus exposé à l’arrestation, moins engagé car plus artistique) qui aurait disparu pour laisser sa place à un graffiti vandal exacerbé, beaucoup plus violent et beaucoup plus dur à effacer (arrivée de l’acide, de la teinture chimique, des gravures, des tags au kärcher…), on serait donc arrivé à l’inverse du but escompté.
  • Deuxièmement, la gauche bobo, prisonnière dans son rôle démagogique et toujours prête à soigner un cliché, évite ainsi de passer pour liberticide. « Graffeurs, exprimez vous !!…. mais avec de belles couleurs ».
  • Troisièmement, en légalisant plus ou moins une partie du graffiti, elle allait réussir l’exploit de créer des clivages et des rivalités au sein même du mouvement (meilleure façon de lui vider son âme). La guerre vandal vs légal avait commencé.
  • Quatrièmement, qui dit légaliser une partie du graffiti dit la canaliser, mieux la contrôler (dans ses emplacements, dans ses méthodes, dans ses messages).
  • Enfin, cinquièmement, en donnant les prédispositions au mouvement pour qu’il perde son coté revendicatif, on le met dans les meilleurs dispositions pour qu’il soit récupéré par le marketing, et donc, par la consommation. Cela permet donc à l’état de taxer (via la TVA) le graffiti qui jusque là était uniquement un centre de coûts pour l’administration.

Chronique d’une mort annoncée :

Canaliser le graffiti

Recherchant les synergies, les mairies bobos (PCF en tête de file) ont vite réalisé que le meilleur moyen pour à la fois canaliser le mouvement (contrôler son apparition), vider son coté revendicatif et taxer au passage ce centre de couts historique était une marchandisation de ses œuvres. En effet, comment créer une plus grande rivalité dans un milieu « underground » par nature qu’en en extrayant des élites qui allaient bénéficier d’honneurs, privlèges et argent pendant que l’autre continue à vivre dans le mépris, la crainte et la répression ?

C’est ainsi que les premières galeries d’art graffiti sont apparues, dans des lofts du marais largement subventionnés par la mairie homosexuelle du 4ème et de Paris. C’était la première étape vers la déchéance : quand un capitaliste véreux, reconverti mystérieusement dans l’art à 35 ans, décide de jouer les mécènes en exposant un artiste pseudo contestataire, il y a forcément une histoire de commercialisation derrière. Et comme par magie, quelques mois après, naissait la première collection graffiti d’Agnès B, avec la griffe des mêmes graffeurs largement exposés à cette époque… Vente de toiles, vente de vêtements, l’état s’y retrouve, le graffeur, qui doit nourrir sa famille et si possible avec l’argent de sa passion (on le comprend) s’y retrouve et remise au garage autant que possible sa tenue de combat pour celle d’artiste shooté – pseudo-businessman.

L’exemple d’O’Clock

Million dollar Vandal

Le vandal le plus émérite de l’histoire du graffiti français est sans trop de doutes O’Clock. Rares sont les gens, intéressés ou non par le graffiti, qui ne se souviennent pas d’avoir un jour croisé la route de ce lettrage arrondi si particulier, si harmonieux. Chacun en garde une interprétation spécifique en rapport à sa sensibilité et son appartenance sociale, mais nul n’y est insensible. O’Clock était l’archétype du taggeur « pur » : il s’attaquait à tous les supports (mur, train, métro, toit, autoroute, poubelle, monument, etc…), ne faisait que du tag, du flop ou du chrome (l’art du vandal), bombait en dehors de la région parisienne, et même en dehors de nos frontières (Belgique, Pays-Bas, Angleterre, Etats-Unis, etc…). C’est d’ailleurs à New-York qu’il se fait finalement arrêté, libéré quelques temps après grâce au paiement de la caution par… Agnès B. Miracle, depuis son retour en France, O’Clock a arrêté le vandal et continue d’exprimer son talent en terrain…et sur les t-shirts de la camée la plus célèbre du Marais. Là où la police a toujours échoué, le marketing a réussi.

L’exemple de la RATP

S’il est un symbole de la lutte anti-graffiti, c’est bien la RATP. Depuis cette fameuse nuit ou la station Louvre Rivoli (comme on peut s’en douter, une « punition » en station du Vert Galant eût fait bien moins d’éclat) largement relayée par les journaux, cette entreprise n’a cessé de faire la chasse au graffiti. En effet, elle qui fait une majorité de son chiffre d’affaire avec la publicité, doit veiller à maintenir la réception de son lavage de cerveau message intact en conservant ses espaces libres de toute communication parasite. C’est d’ailleurs contractuel, puisqu’une équipe dédiée est même chargée de mettre des bouts de papier blancs sur les tags, même si cela doit défigurer encore plus l’affiche que le tag incriminé. Et bien cette même RATP, voulant prendre à sa source la pandémie des tags sur ses trains et dans ses stations a été un symbole des politiques décrites au dessus : répression sans demi-mesure pour les taggeurs de trains (prison), les taggeurs de tunnels (brigade d’intervention GPSR, ex Suze, port d’arme autorisé) et les taggeurs d’affiches (là aussi, fortes amendes voire prison), puis ambivalence démagogique avec la mise à disposition de panneaux publicitaires vierges d’expression dite libre (dites bonjour à la caméra et au fichage des RG), ou comment tenter de restreindre le graffiti à quelques 4 par 3 markétés comme une preuve d’amour et de respect pour les graffeurs pour enrayer un fléau économique pour la filiale publicitaire MétroBus. Deuxième tentative de démagogie absolue : le concours Write your Map, certainement monté à la hâte par un stagiaire d’école de commerce tellement c’est grossier. Oubliez l’image du flic RATP, ennemi absolu du taggeur francilien… l’entreprise se veut amie du graffiti, et sponsorise depuis nombre d’expositions liées au graffiti, au breakdance ou au rap. Diviser pour mieux régner, séduire pour mieux planter. En attendant, je n’ai jamais vu aussi peu de tags dans le métro que depuis 1 an et demi.

La tartufferie festivalière, et l’opération séduction de la ménagère

Conscients de tenir le bon filon pour enrayer le fléau, les mairies bobos vont joindre l’utile à l’agréable en renforçant leur popularité auprès des jeunes. Cet élément est extrêmement important pour comprendre ce qu’est devenu aujourd’hui le graffiti : elles vont s’allier au graffiti pour bénéficier de son image et sa réputation, exactement comme le « co-branding » en publicité [1]. Le co-branding à la Everbecq (maire de Bagnolet), c’était autoriser un gros rassemblement de graffiti artistico-marketingo-légal en association avec des gentils graffeurs pour faire cool, faire rebelle (on est communistes quoi, merde !) et faire tolérant. Le festival Kosmopolite était né. Premier festival de graffiti international sur le sol francais, sponsorisé entre autres par la Mairie de Bagnolet et… une marque de sac à dos.

Elever une élite pour enrager la masse, créer des tensions pour créer des classes. Elever des élites en modèles pour les enfants, des idoles instrumentalisées d’une génération rebelle sans cause. On apprend le graffiti dans des associations subventionnées (mais le graffiti des gentils, vous l’aurez compris), on l’expose dans des écoles de commerce (ca resservira quand Charles-Henri entrera chez Publicis), la mairie homosexuelle de Paris reprend la formule magique en promouvant un groupe de graffeurs : graffiti sur les quais de scène pendant Paris Plage, graffiti devant l’hotel de Ville « contre la guerre en Iraq »(retour de la subversion Canal+), etc… Ce même groupe de graffeurs a accès au Cirque d’Hiver pour une représentation live [2] et, après avoir fait rêver les consommateurs grégaires et écervelés de sacs à dos américains dans tous les lycées de France, ils font alors rêver les gosses de 5 à 7 ans, emmenés par papa-maman néobobo du 11ème, et les divertissent au même titre que jadis les tigres et les éléphants. Pour couronner le tout, le même groupe de graffeurs accepte de faire de jolies toiles pour le Téléthon 2001. A coté de ca, l’opération dédiabolisation du FN est un amuse-gueule.

La machine est lancée.

La subversion au service de la consommation

Voici la machine marketing en marche. Par mimétisme, le monde de la publicité se rend compte de ce nouvel ex-art de subversion, et veut à tout prix faire bénéficier ses clients de son cocktail détonnant [3]. Alors la déferlente s’abat : Mercedes-Benz (!) utilise des tags pour rajeunir son image, avant qu’une banque par téléphone utilise un environnement graffiti en guise de fond pour son affiche, et des centaines d’autres publicités suivent… Les univers les plus contraires à ce qu’est le graffiti par essence l’utilisent et arrosent le milieu de capitaux, puisqu’il permet de vendre, grâce aux mairies qui se sont chargées de le rendre inoffensif aux yeux de la ménagère, voire gentiment inconventionnel.

Génération custom, génération Banania

Happée par l’enthousiaste utilisation du graffiti par les grandes agences, dopée par l’enthousiasme et l’avidité de ceux qui défendaient encore quelques années plus tôt son côté subversif et incorruptible, une vague consumériste se développe dès lors, prenant corps dans une fashionerie extravagante et prenant essence dans une fascination pour l’interdit, l’inconnu, l’exotique qui rappelle les pires clichés néocoloniaux (génération banania). Désormais, le graffiti est à toutes les sauces, sous l’appellation hideuse de « street fashion » : la paire de Nike customisée, la planche de skate graffée, le modele Eastpack série limitée Daim, la montre Swatch… même le personnage en plastique qui s’appelle maintenant « Artoyz » est graffé, et il coute 350 euros chez Kidrobot, Lafayette St à New York… infection généralisée largement favorisée par les media, toujours là pour aider le message publicitaire à mieux passer. (le graffiti sur le plateau d’Ardisson était-il pour affirmer son identité, lui aussi, de pseudo-rebelle, ou pour mieux préparer ses consommateurs de téléspectateurs aux messages publicitaires ? Et que dire du plateau du Bigdil ?)

Le graffiti est mort.

Le graffiti est mort, car il a rompu totalement avec ce qu’il est par essence, pour devenir un objet strictement publicitaire, permettant de vendre des produits à une communauté d’acheteurs (segment, en marketing) autour de valeurs que les individus qui la composent pensent partager avec lui. Le graffiti est mort car les gens qui se prétendent être acteurs du graffiti n’en sont aujourd’hui que des pantins, au mieux artistes de galeries à la solde d’une marque de vêtements, au pire homme d’affaire véreux qui place ses billes dans les festivals graffiti comme hier dans l’achat d’action du NASDAQ. Le graffiti est mort parce que totalement canalisé par l’état et ses entreprises connexes (RATP, etc…) : il est cantonné à des lieux restreints invisibles à la population (donc contraire à son essence), souvent repoussé à la périphérie par la forte incitation que représente l’absence de mesure répressive s’il s’y contraint. Le graffiti est mort car les acteurs du graffiti marketing méprisent aujourd’hui le graffiti vandal, et le considèrent (à juste titre) comme une menace à la perception du graffiti par la population, et donc comme une menace directe à leur gagne-pain. Le graffiti est mort car les media se le sont appropriés dans l’unique but de malaxer un peu plus le cerveau de leurs auditeurs pour les préparer à ce nouvel outil publicitaire.

Le graffiti phénix…

Bien que méprisé, marginalisé, raillé et systématiquement rabaissé en comparaison à son rejeton mutant, le graffiti vandal, quoiqu’affaibli, sort renforcé de cette invasion ultra violente et ultra rapide du monde politico-capitaliste. Regonflé par la haine qu’il reçoit dans l’attente de la rendre encore plus fort, redoublé de haine par la frustration de voir les faux-frères du mouvement s’enrichir et les enfoncer, gonflé dans ses certitudes a-politiques et anticapitalistes, le vrai graffiti vandal est toujours vivant, incontrôlable et indéfinissable, imprévisible et sur-puissant, comme une armée éparses faite de groupuscules autonomes[4]. Agissant sur tous les supports, sous toutes les formes, y compris la forme artistique (et agissant ici comme premier acte de cassure de la scission créée par l’alliance des pouvoirs, et rendant cette forme d’autant plus dure à interdire), il continue son chemin, refusant de courber l’échine, et continue de manifester sa présence contestataire en faisant chier tout le monde sans rien demander à personne. Ses artistes insoumis sont là pour rappeler à qui veut l’entendre, que la rue n’est pas un concept à vendre, que le graffiti ne se regarde pas proactivement dans un musée, dans un magazine ou dans un champs isolé a 40km de Paris, mais que le graffiti se vit, se subit, ne se contrôle pas, il se déplace, ne peut s’éviter, bouge et respire, s’adapte et attaque… le graffiti est vivant.

Notes

[1] exemple de la fille en survêtement Adidas dans la pub iPod : chacune des deux marques bénéficie de l’image de l’autre

[2] quand on voit qu’il s’agit là du même cirque qui a abrité le fiasco spectacle d’Arthur, on comprend mieux que sa destinée est d’accueillir les clowns…

[3] rebelle attitude, subversion, mais dans un nouveau cadre de légalité qui lui laisse les pleins pouvoirs pour l’exploiter, avec le consentement de ses acteurs

[4] mais ne négligeons pas la variété des motivations chez les graffeurs


23
mar 07

L’élection présidentielle pour les nuls

Expliquer l’élection présidentielle revient à expliquer rapidement le principe du marketing. Au départ de toute communication marketing, on distingue les différents types d’acheteurs potentiels de nos produits (si je vends des yaourts, j’aurais « les femmes qui surveillent leur poids », « les gosses qui aiment le chocolat », et ainsi de suite…). Une fois qu’on a fait ce travail, on estime la « solvabilité du segment », ou en gros, qu’est ce qu’on a à gagner à faire de la publicité pour ces gens là. Combien sont-ils, quel est leur pouvoir d’achat yaourts, etc… Après, je choisis mes segments. C’est alors que je créé un discours spécifique pour chacun d’entre eux, avec un message publicitaire propre (choix du support de pub, choix de ton du message, éventuellement choix de la marque, du logo, etc…). Le but est simple : un message unique pour tout le monde ne vendrait pas, car les gens ne se sentiraient pas concernés. L’être humain est individualiste depuis 60 ans (en gros, depuis que l’Etat s’est substitué aux solidarités familiales). Il veut donc un message qui le concerne, qui lui rappelle qu’il existe en tant que membre d’un certain groupe social (un segment, donc), et ca lui fait plaisir, donc il y est réceptif.

La politique, c’est pareil. On a deux grandes forces en présence (UMP / PS), qui en gros se partagent la moitié des électeurs chacun. La bataille à chaque élection dépend donc en grosse partie de ces quelques voix qui peuvent faire la différence. Ces deux partis sont les seuls à pouvoir gagner, car les seuls bénéficiant d’accords de taille avec les plus grosses entreprises de France, accords en échange desquels elles renverront l’ascenseur une fois élues [1]. Cette connivence malsaine leur assure des financements suffisants pour faire une campagne de pub d’envergure.

Seulement voila, une publicité pour séduire 50% des français, c’est pas possible en yaourt, et encore moins possible en politique. D’autant qu’on les a bassiné toute l’année pour leur faire croire qu’ils appartiennent à une case bien précise pour mieux leur refourguer les fruits de nos surproductions (mais si !! tous les pédés mettent des strings !! or, t’es un pédé !! tu vas l’acheter mon string Dim oui ou merde !!), du coup, un message trop grossier ne satisferait aucune communauté d’acheteurs ! (un électeur étant un « acheteur de projet » en quelque sorte). Les deux mastodontes vont alors aller convaincre leurs adhérents les plus crédibles sur leur segment de marché [2] de créer des partis bidons (généralement ils s’y prennent une élection avant pour pas que ce soit trop gros, et encore), bien ciblés sur un type d’électorat que le message mainstream du mastodonte doit occulter pendant sa campagne de masse. En gros on a identifié des segments sur lequels il fallait un message publicitaire particulier, et le message publicitaire va être relayé par un candidat (une baudruche) et un parti (une baudruche) à part entière. Caricaturés à l’extrême, ces partis ne sont là que pour contenter les sensibilités communautaires et pour flatter le désir de reconnaissance de chacun… (on peut d’ailleurs s’attendre dans les prochaines élections à voir un parti des homosexuels, des noirs, ou des femmes).

Le but ? Rapatrier les voix de ces électeurs qui veulent se sentir exister, les centraliser sur un membre du parti, qui ne manquera pas (pour satisfaire à ses obligations contractuelles) de faire un report « républicain » de ses voix sur son employeur au deuxième tour. (donc le PS ou l’UMP)

Maintenant que vous avez compris ça, relisons la liste des candidats sous un angle nouveau :

  • Marie Georges Buffet & Arlette Laguiller : usent et abusent du rôle historique du PCF (qui n’a strictement plus rien à voir avec ce qu’il est aujourd’hui), pour capturer les votes de tous ceux qui ne croient pas au capitalisme pour finalement les tromper en les redirigeant vers un parti aussi peu marxiste que Georges Bush. Dans le cas de Laguiller, les pseudos-solutions apportées frôlent la caricature tant elle ignore les réalités de la mondialisation et de l’internationalisation de l’économie. (comme dirait Lashoz, Laguiller c’est une marxiste qui n’a pas lu Marx)
  • Olivier Besancenot : baudruche stupide et misérable travaillant à séduire le segment des gens plutôt très jeunes, plutôt très pauvres, plutôt immigrés (il nous fait croire qu’il écoute NTM), desquels la gauche à dû sensiblement s’écarter pour aller séduire la folle du Marais. On notera que pour séduire un tel segment, ils auraient quand même pu nous sortir un arabe, pas une pareille tête de victime !
  • Frédéric Nihouls : Segment du chasseur, beauf, amoureux de la terre et de la bonne chair, que l’UMP a dû laisser de coté pour éviter de passer pour nationaliste et rétrograde auprès de la bourgeoisie urbaine. 2ème effet Kiss Cool, récupérer une partie des votes de Le Pen.
  • Philippe de Villiers : émissaire chargé de récupérer le maximum de voix de Le Pen pour l’UMP en chassant sur le terrain historique du FN à savoir la haine de l’étranger. Sans subtilité d’ailleurs, car de Villiers c’est quand même l’escroquerie démocratique absolue : il obtient ses 500 signatures sans effort alors qu’il est encore plus caricatural que Le Pen (qui, soi disant du reste, aurait du mal à les avoir), et alors surtout qu’il n’est crédité que de 1% des suffrages. Si la démocratie était un minimum mieux qu’un article d’encyclopédie, ce type là n’aurait non seulement pas le droit de se présenter à l’election (et donc pas le droit de s’exprimer), mais on retirerait aussi 5% à Sarkozy, pour avoir créer son rabatteur de façon aussi vulgaire.
  • José Bové : Clown, pitre chargé de rameuter les voix des plus puants des bobos : les alter mondialistes. Ces gens qui s’arment de boubous et de foulards palestiniens pour défiler dans les rues de Porto-Alegre, à 950 euros d’avion de Paris.

On remarquera que les rabatteurs sont plus nombreux à gauche qu’à droite, la gauche s’étant toujours inscrite dans une logique réductrice de contentement des individualités, et donc dans l’évitement soigné des problèmes d’ensemble. (voir l’article sur les minorités visibles)

Donc en gros, nous qui critiquons tant les américains, avons un système qui n’en est finalement pas éloigné du tout car le « choix », une fois dépecé de ses subtilités marketing, est très binaire: UMP ou PS?

Election à l'américaine

Notes

[1] inclusion dans les appels d’offre, voire attribution directe de marché public, subventions, emplois d’appoint en cabinet ministériel ou même poste de ministre façon Thierry Breton, commande d’études bidon, etc…

[2] ou les plus télégéniques, pour Besancenot


2
mar 07

La publicité

La place de la publicité dans nos sociétés occidentales est un indicateur indiscutable du degré de développement, ce magnifique développement que le tiers monde nous envie tant. Mais en réalité, l’omniprésence de la publicité nous montre surtout le degré de pathologie consumériste de nos vies.

Pendant le dernier siècle la condition de la vie humaine s’est stabilisée, il n’y a plus de guerre mondiale (seulement chez les pauvres qui ne dépensent pas de toute façon donc on s’en fout), la grande majorité mange à sa faim, l’espérance de vie ne cesse d’augmenter, bref tous les besoins vitaux sont satisfaits (besoin de sécurité, de nourriture, de santé…). Il ne nous reste donc qu’à satisfaire des besoins futiles et superficiels qui nous apportent un bonheur relatif qui est immédiatement gâché par l’arrivée d’un nouveau manque. C’est la logique du fameux et détestable « on en veut toujours plus et on désire ce que l’on n’a pas ».

Que l’on soit riche ou pas, on subit la publicité de plein fouet et l’envie inutile qu’elle crée en nous. Elle stimule et déforme continuellement notre relation au désir. En plus franchement la pub c’est moche et même quand c’est beau et artistique, c’est moche car monétaire, ça sert une mentalité de rapace économique et ca fout sur le tapin capitaliste toute forme d’art et de création libre. Quand on sait prendre un minimum de recul ca devient vite exaspérant, et puis souvent les publicitaires nous prennent pour des gros cons, des moutons stupides, des dépensiers névrosés, des pollueurs inconscients, des égocentriques égoïstes, des portefeuilles sans cervelle… Ont-ils vraiment tort? Je ne crois pas, je crois plutôt qu’ils ont raison, ils ont très bien compris comment exploiter les vices et les faiblesses humaines.

La dernière publicité de FillesTV exprime un négationnisme de l’existence de l’intelligence féminine assez affligeant. Selon ces affiches destinées à la gente féminine, les femmes sont matérialistes, futiles, et elles misent tout sur l’apparence, ( ce qui n’est pas complètement faux chez certaines femmes, il faut bien l’avouer). Mais ça me donne quand même envie de mordre dans le tas sans pour autant être une chienne de garde. Si être une vraie femme moderne c’est ça, on n’est pas dans la merde…


Les publicités pour hommes vont dans le même sens, on nous montre « qu’est-ce qu’un vrai homme ». Il est viril et métro-sexuel, beau gosse à la mâchoire carré, imberbe mais pourtant adepte du Gillette… Et évidement c’est un blanc au social proof affirmé, on n’oserait pas douter de la capacité de son cerveau, de sa carte de crédit, ni de la taille de son sexe. La dernière publicité pour coca cola zéro (le coca light pour les hommes ha ha ha) est à vomir, autant que le produit d’ailleurs. Les pubs pour déodorants sont toutes aussi ridicules.

Tout ce lavage de cerveau manque de finesse et de réalisme, c’est ouvertement du foutage de gueule et pourtant ça marche. Pourquoi lorsque l’on nous vend du rêve débile et machiavélique on y croit et on finit par vouloir faire partie de la communauté qui va adhérer au nouveau produit par le biais du porte-monnaie? On veut le Ipod et son casque distinctif parce que les gens « in » le possèdent tous (d’ailleurs maintenant il y a même le badge Ipod c’est assez débile). On veut gouter au dernier soda pour savoir « comment c’est et si c’est cool tu vois ». Beurk. On veut la dernière paire de sneakers air force one vintage parce que ceux qui « savent » nous remarquerons et nous identifierons comme puriste de la basket… super !

Combien coûte une publicité de Nike, Chanel, Citroën ? Je préfèrerais ne pas le savoir, ça me dégoute et c’est indécent par rapport à la situation mondiale de la majorité des peuples, mais bon ca fait tourner notre monde et apparemment et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Même ce texte est une pub à la pub, car même des critiques négatives sont un moyen de faire parler du produit.

A la télé on n’adapte pas les pubs par rapport aux types de programmes et d’émissions, c’est l’inverse qui se passe, aussi effrayant que cela puisse paraître. Aprés reflexion ça paraît complètement logique quand on sait que la pub est la première source de revenu des chaines. Les espaces entre les programmes télévisés sont des instants de cerveaux réceptifs car formatés par le programme qu’ils sont en train de suivre. On construit des programmes autour des créneaux de pubs, et on vend des audiences ciblées et des cerveaux en état de réception optimale au message publicitaire. D’ailleurs une étude montre que le volume de notre télévision augment de 30% automatiquement quand la plage de publicité commence.

Mais en fait quel est le problème ? Quel est le mal si tout le monde y adhère et rêve de faire partie de ceux qui en sont ? Le tiers-monde qui vit encore dans un type de société traditionnelle ne demande qu’à sucer le capitalisme… C’est moi qui doit être con de refuser toute cette offre… enfin refuser, intellectuellement seulement, parce que personnellement j’ai un Ipod, j’ai déjà gouté le coca zéro et même le Schweppes coconuts, et je kif grave quand j’enfile des air max toute neuve même si elle me foutent à découvert…

Lashoz