Les media sont souvent le bras armé de la société de consommation. Leur influence est proportionnelle à l’ennui qu’ils viennent combler. Un ennui généralisé à travers les populations de nos sociétés post-indutrielles, souvent même sans qu’on en ait vraiment conscience. Par le délitement progressif du lien social, l’individualisme s’est progressivement installé, un phénomène amplifié par le travail des femmes (et l’indépendance matérielle qui s’en est suivie), et par la tertiarisation (le travail de bureau n’étant, contrairement à l’industrie, pas pointé laissant la porte ouverte à l’empiètement du travail sur la vie privée). Un individualisme montant qu’on comble depuis les « 30 glorieuses » par tout un artifice de lien social factice et d’éradicateur d’ennui. Les journaux hier, puis la télé et aujourd’hui Internet viennent donc remplir et égayer nos quotidiens. Dans une société tournée à 100% vers la consommation, puisqu’elle est la clé de l’idéologie des « élites » (puisque leur intérêt direct, en tant que propriétaires des entreprises influentes), comme le pendant économique de chaque mesure gouvernementale (une politique elle-même contrôlé par les élites), les medias ont basculé dans les années 70 d’un rôle de serviteur du pouvoir à celui de serviteur de la motivation du pouvoir, donc le serviteur de la consommation. On peut d’ailleurs clairement situer l’officialisation de cette tendance à la « libération » des médias par Mitterand en 81. Dès lors, les journaux et les diverses émissions de télé ont progressivement abandonné l’aspect culturel et éducatif qui les rendait si populaires, pour finalement servir du divertissement bon marché à des cadres qui s’emmerdent, un divertissement comme pendant d’un bien de consommation qu’ils souhaitent refourguer[1]. En plein âge d’or de cette tendance, on voit désormais fleurir chez nos marchands de journaux un tas de nouveaux magazines qui ne prennent même plus la peine de dissimuler leur raison d’exister derrière un éventuel communautarisme trendy (genre la gay-titude à la Têtu), mais qui se consacrent directement et ouvertement à un bien de consommation. Le dernier en date, S’Toys Magazine, vise une fois encore à faire passer une pratique de consommation sponsorisée par des groupes industriels puissants pour un mode de consommation subversive, la subversion faisant toujours autant vendre, tout en étant morte avec la fraternité dans le train du capitalisme.
Symbole de ces comportements consuméristes insidieusement présentés comme la norme subversive du moment, les métrosexuels. Symbole glauque et pathétique, qui vise à tuer ce dernier brin de virilité qui reste à l’employé du tertiaire, et qui engloutit avec une partie fondamentale de notre nature qu’est la complémentarité (anthropologique et sociale) entre un homme et une femme. C’est désormais dans chaque wagon de métro dans cette ville comateuse qu’est Paris qu’on voit ces hommes en costard se limer les ongles où se remettre une couche de Blush en épiant leur teint dans un miroir de poche. La subversion en tant qu’escroquerie à l’amour, puisque encore une fois, en faisant de l’homme tout sauf ce qui attire la femme, le pouvoir (commandé et géré par les magnats de la presse, qui sont les mêmes industriels pour qui créer des besoins factices est une question de survie économique) plonge un peu plus la femme dans le trouble vis-à-vis d’elle-même, elle qui se sent aimer les hommes, les vrais, mais qui est pointée du doigt à travers tous les magazines féminins qui lui vérole l’esprit[2] pour la convaincre bêtement que la femme moderne doit être avec un homme moderne, donc une pédale hétérosexuelle. Un trouble qui ne bénéficie à personne, et c’est bien le but, puisque ces rangs de femmes célibataires iront à leur tour couver leur besoin d’être valorisées et de se sentir bien dans la consommation massive de produits de beauté et de bien être, de parfum Lolita Lempicka et de coffret Weekendesk spécial hydromassage, avant de finir la journée en dépensant 300 euros dans une robe moche Paul&Joe, une robe qui figurait en bonne place dans le dernier Closer.
Des enfants du divorce devenus hommes assez perturbés pour désormais avoir la même sensibilité que les femmes aux dictats de consommation (cela restait jusqu’alors un monopole féminin qu’on leur laissait volontiers), des femmes de plus en plus frustrées qui deviennent encore plus sensibles à ces ordres inconscients, sous le regard et le sourire de ces stratèges qui commandent nos vies une par une, qui ont tout fait pour séparer les hommes et les femmes pour vendre deux fois plus qu’à un couple, et qui ont le cynisme répugnant de créer le besoin sextoys (via Elle, l’ensemble des magazines et des émissions pour femmes au service de la Cause, puis dans ce fameux S’toys Magazine) qui vise à normaliser et rendre transgressive une pratique qui devrait au contraire être prise comme un signal détresse de l’agonie sociale. Car si les hommes se sont toujours vus proposer des objets de plaisirs individuels (dans les magazines porno essentiellement, des magazines quasi-exclusivement masculins), vendre de tels objets à la femme signifie qu’elle non plus ne baise plus, ce qui est grave, car elle a globalement l’embarras du choix. Mais à force de l’avoir perturbé et d’avoir construit un prototype d’homme tellement féminisé qu’il semble programmé pour décourager les plus cochonnes d’entre elles, les femmes abandonnent, et jettent leur dévolu dans le travail, où elles restent moins payées alors qu’elles sont souvent les forces vives qui exécutent les tâches les plus rébarbatives, et dans la consommation, où leurs achats sont directement guidés par ces media méprisables qu’elles lisent en grande masse pour combler leur ennui réel et leur manque d’homme, de vrais. Voila donc comment nos chers médias, qui jadis se contentaient de nous faire découvrir la planète ou de nous faire un résumé du dernier Conseil des Ministres, jouent avec nous comme avec des pantins, pour nous rendre toujours plus seuls et (donc) nous faire consommer toujours plus.
Le Parasite