Posts Tagged: politique


19
nov 07

Les media et la société de consommation

Les media sont souvent le bras armé de la société de consommation. Leur influence est proportionnelle à l’ennui qu’ils viennent combler. Un ennui généralisé à travers les populations de nos sociétés post-indutrielles, souvent même sans qu’on en ait vraiment conscience. Par le délitement progressif du lien social, l’individualisme s’est progressivement installé, un phénomène amplifié par le travail des femmes (et l’indépendance matérielle qui s’en est suivie), et par la tertiarisation (le travail de bureau n’étant, contrairement à l’industrie, pas pointé laissant la porte ouverte à l’empiètement du travail sur la vie privée). Un individualisme montant qu’on comble depuis les « 30 glorieuses » par tout un artifice de lien social factice et d’éradicateur d’ennui. Les journaux hier, puis la télé et aujourd’hui Internet viennent donc remplir et égayer nos quotidiens. Dans une société tournée à 100% vers la consommation, puisqu’elle est la clé de l’idéologie des « élites » (puisque leur intérêt direct, en tant que propriétaires des entreprises influentes), comme le pendant économique de chaque mesure gouvernementale (une politique elle-même contrôlé par les élites), les medias ont basculé dans les années 70 d’un rôle de serviteur du pouvoir à celui de serviteur de la motivation du pouvoir, donc le serviteur de la consommation. On peut d’ailleurs clairement situer l’officialisation de cette tendance à la « libération » des médias par Mitterand en 81. Dès lors, les journaux et les diverses émissions de télé ont progressivement abandonné l’aspect culturel et éducatif qui les rendait si populaires, pour finalement servir du divertissement bon marché à des cadres qui s’emmerdent, un divertissement comme pendant d’un bien de consommation qu’ils souhaitent refourguer[1]. En plein âge d’or de cette tendance, on voit désormais fleurir chez nos marchands de journaux un tas de nouveaux magazines qui ne prennent même plus la peine de dissimuler leur raison d’exister derrière un éventuel communautarisme trendy (genre la gay-titude à la Têtu), mais qui se consacrent directement et ouvertement à un bien de consommation. Le dernier en date, S’Toys Magazine, vise une fois encore à faire passer une pratique de consommation sponsorisée par des groupes industriels puissants pour un mode de consommation subversive, la subversion faisant toujours autant vendre, tout en étant morte avec la fraternité dans le train du capitalisme.

Symbole de ces comportements consuméristes insidieusement présentés comme la norme subversive du moment, les métrosexuels. Symbole glauque et pathétique, qui vise à tuer ce dernier brin de virilité qui reste à l’employé du tertiaire, et qui engloutit avec une partie fondamentale de notre nature qu’est la complémentarité (anthropologique et sociale) entre un homme et une femme. C’est désormais dans chaque wagon de métro dans cette ville comateuse qu’est Paris qu’on voit ces hommes en costard se limer les ongles où se remettre une couche de Blush en épiant leur teint dans un miroir de poche. La subversion en tant qu’escroquerie à l’amour, puisque encore une fois, en faisant de l’homme tout sauf ce qui attire la femme, le pouvoir (commandé et géré par les magnats de la presse, qui sont les mêmes industriels pour qui créer des besoins factices est une question de survie économique) plonge un peu plus la femme dans le trouble vis-à-vis d’elle-même, elle qui se sent aimer les hommes, les vrais, mais qui est pointée du doigt à travers tous les magazines féminins qui lui vérole l’esprit[2] pour la convaincre bêtement que la femme moderne doit être avec un homme moderne, donc une pédale hétérosexuelle. Un trouble qui ne bénéficie à personne, et c’est bien le but, puisque ces rangs de femmes célibataires iront à leur tour couver leur besoin d’être valorisées et de se sentir bien dans la consommation massive de produits de beauté et de bien être, de parfum Lolita Lempicka et de coffret Weekendesk spécial hydromassage, avant de finir la journée en dépensant 300 euros dans une robe moche Paul&Joe, une robe qui figurait en bonne place dans le dernier Closer.

Des enfants du divorce devenus hommes assez perturbés pour désormais avoir la même sensibilité que les femmes aux dictats de consommation (cela restait jusqu’alors un monopole féminin qu’on leur laissait volontiers), des femmes de plus en plus frustrées qui deviennent encore plus sensibles à ces ordres inconscients, sous le regard et le sourire de ces stratèges qui commandent nos vies une par une, qui ont tout fait pour séparer les hommes et les femmes pour vendre deux fois plus qu’à un couple, et qui ont le cynisme répugnant de créer le besoin sextoys (via Elle, l’ensemble des magazines et des émissions pour femmes au service de la Cause, puis dans ce fameux S’toys Magazine) qui vise à normaliser et rendre transgressive une pratique qui devrait au contraire être prise comme un signal détresse de l’agonie sociale. Car si les hommes se sont toujours vus proposer des objets de plaisirs individuels (dans les magazines porno essentiellement, des magazines quasi-exclusivement masculins), vendre de tels objets à la femme signifie qu’elle non plus ne baise plus, ce qui est grave, car elle a globalement l’embarras du choix. Mais à force de l’avoir perturbé et d’avoir construit un prototype d’homme tellement féminisé qu’il semble programmé pour décourager les plus cochonnes d’entre elles, les femmes abandonnent, et jettent leur dévolu dans le travail, où elles restent moins payées alors qu’elles sont souvent les forces vives qui exécutent les tâches les plus rébarbatives, et dans la consommation, où leurs achats sont directement guidés par ces media méprisables qu’elles lisent en grande masse pour combler leur ennui réel et leur manque d’homme, de vrais. Voila donc comment nos chers médias, qui jadis se contentaient de nous faire découvrir la planète ou de nous faire un résumé du dernier Conseil des Ministres, jouent avec nous comme avec des pantins, pour nous rendre toujours plus seuls et (donc) nous faire consommer toujours plus.

Le Parasite

Notes

[1] qu’on avait d’ailleurs commencé à voir avec les émissions de déco

[2] en plus de développer ses complexes pour lui faire acheter des produits de beauté


29
oct 07

Qui tient la société française?

Explication du « on » et du « ils »

S’il y a une chose que les classes dirigeantes ont réussie, c’est d’ éliminer toutes les critiques constructives du système par la dénonciation systématique et hystérique de « la théorie du complot ». Au premier rang de ses critiques revient cette fameuse critique du « ils » et du « on ». Précisons donc un peu les choses…

Quand je dis ils, je parle de ceux qui ont développé une société du désir qui vise à nous rendre seuls et frustrés, pour qu’on jette notre dévolu dans la consommation déraisonnée et décorrellée des besoins réels. Quand je dis « ils », je parle de ceux qui décident à notre place, et font de nous les moutons que nous sommes devenus avec notre plus grand consentement.

Ce « ils », ce sont les tenanciers du capitalisme du désir, du capitalisme post-68, ceux qui tiennent par les couilles les deux piliers de la république actuelle, la politique et les medias, ceux qui ont le pouvoir de créer des élites de pacotilles chargées de prêcher la bonne parole, ou chargées de dire ce qui est subversif et rebelle et ce qui ne l’est pas. Ce « ils », ce sont ceux qui nous séparent en segments et en types d’acheteurs et créent des medias sur mesure en fonction de ces cibles, ceux qui ont tellement financé et corrompu la politique qu’ils ont réussi à cantonner le rôle des élus à un simple travail d’attaché de presse chargé de ne valider que des lois en faveur de la propagation du désir et de la frustration sexuelle, du développement de la déresponsabilisation, de la montée de l’individualisme et de la montée en puissance de la consommation, pétrole du moteur capitaliste. Ce « ils », ce sont ces élites qui verrouillent tous les postes clés en France, pays des élites et de la technocratie, où il est strictement impossible de prendre le pouvoir à moins d’être un produit de cette caste. Dans ce pays tenu par les polytechniciens, énarques, francs maçons et normaliens, les quelques « élites » élevées d’une de ces minorités qui font la majorité du peuple ne sont que des pions placés pour masquer un peu plus la réalité des choses. Des idiots utiles, imbéciles heureux à la Jamel Debbouze ou à la Diam’s, tout content d’être acceptés par ce milieu « pas si cruel » qu’est le monde du spectacle, alors qu’ils ne servent que la cause supérieure. Ce « ils », ce sont les propriétaires des 10 plus grosses entreprises françaises, cœur de toutes les décisions. Ce « ils » là n’a pour but que d’alimenter le système qu’il a mis en place, un système de vente permanente de biens de consommation inutiles, une production d’objets qu’il finance par le marché, lui-même très sensible à la progression constante et permanente des chiffres de vente. Un contresens interne, puisque chaque besoin créé est de fait comblé par l’acte d’achat, donc un système qui ne peut survivre qu’en renouvelant de façon indéfinie les besoins, et en en créant de nouveaux. Des besoins à renouveler constamment d’où nait la haute couture et les collections biannuelles, l’exportation du concept œnologique de « Millésime » pour les voitures[1], les modes vestimentaires, les événements commerciaux (soldes, fêtes de mères, fêtes des grands mère, bientôt fête du toutou ou fête du beau frère de la meilleure amie), et tous ces cycles artificiels qui rythment faussement la vie des français, mais qui assure définitivement des rentes régulières par toute saison pour les industriels. Des cycles auxquels viennent s’ajouter les tendances, dictées et édictées sous la houlette des marketeux des grandes sociétés qui décident de recréer une mode dès que le marché s’essouffle et la répandent sur leur cible préférée, les jeunes[2], avec l’aide de leur bras armé, les media, et des idiots utiles que sont les sportifs et les chanteurs. C’est de là que naît toute récupération d’un art à des fins marketings. Inutile de dire que la tendance actuelle décrétée « norme transgressive » par le pouvoir est le rap / hiphop depuis 1997 environ, et le virage surprise de Skyrock d’une programmation 100% rock à une programmation 100% rap du jour au lendemain.

« On envie l’Amérique et sa victoire, mais à force de copier on ne ressemble qu’à sa province » (Rocé)

Aujourd’hui ces idiots utiles sont souvent des arabes[3] . Parce que, malgré la haine organisée des arabes à travers les media (pour des raisons géopolitiques et économiques que je prendrai le risque d’aborder plus tard), il faut dire qu’ils représentent quand même 6 millions de personnes, dont une part importante à moins de 30 ans. Ceux qui retournent souvent au « bled » savent aussi que dans cette région du monde, on aime bien se montrer et se comparer aux autres. Jeunes et flambeurs, les arabes sont des cibles idéales pour notre marionnettiste. Si on rajoute à cela le côté rebelle, cette fameuse rébellion qui fait que tant de jeunes français, italiens et portugais s’identifient depuis 15 ans aux arabes (Akhenaton l’italien, Kool Shen le portugais, Diam’s la maltaise en tête de groupe), on comprend mieux pourquoi on nous place ces pions là à cet endroit là. L’élève égale le maître. Parce qu’il faut dire que les inventeurs du concept sont quand mêmes les américains. Ce sont eux les professionnels du placement stratégique pour faire rentrer dans le rang de la consommation une communauté potentiellement influente et dangereuse. Et on a bien vu qu’il n’y a rien de mieux pour une société en crise que de rendre les éléments qui peuvent la faire imploser dépendants de petites appartenances matérielles (voir la meilleure des polices). La consommation, c’est le sédatif le plus puissant, le plus contagieux et le plus généralisé qui soit. Les ricains l’ont bien compris, et ils ont aussi compris qu’en instituant une élite noire, ils pouvaient donner l’illusion au reste du peuple qu’il est possible de grimper dans ce pays pour évacuer tout sentiment d’injustice, engrais de la rage. Ils ont alors promu cette élite, complètement acquise à la cause de l’intérêt supérieur (sinon elle n’existerait même pas), et a fait croire à tous les dommages collatéraux de la politique ultra libérale (99% des autres noirs) que le pays est tolérant et que seule la compétence permet de monter les échelons. Ce n’était pas si longtemps avant que Jordan devienne le deuxième logo de la société Nike, pas très longtemps après Watts. En France, j’entends de plus en plus souvent des intellectuels objectifs et doués réclamer la création d’une élite arabe pour désamorcer la haine qui monte. C’est aussi inquiétant que redoutable d’efficacité. Sarkozy l’a bien compris d’ailleurs, à voir l’habile composition du gouvernement et la baudruche Rachida Dati.

Résumons. Pour régler le problème des banlieues, nos chères élites dirigeantes (ceux qui sont au dessus des politiques et qui les contrôlent) ont décidé de mettre de la poudre aux yeux des banlieusards cultivés ayant un minimum de conscience politique en leur faisant croire, comme aux Etats-Unis, qu’ils peuvent accéder à des postes clés par le simple fruit de leur compétence. Et pour les plus jeunes, ils s’attaquent à la source en les dépolitisant complètement quitte à frôler la lobotomie généralisée qu’a réussit à créer Difool, MSN, le rap, le programme d’histoire lacunaire, le culte de l’apparence de la zoulette de banlieue à la bourgeoise du 16ème, Diam’s, et comparses, qui fait que les jeunes immigrés soient si peu soucieux de tout ce qui ne concerne pas la bonniche de 15 ans qu’ils veulent sauter ou leur crête Vivelle Dop. (voir la mode des cailleras)… Et quand bien même ces jeunes voudraient étudier, ils sont instrumentalisés une fois par an par les démagos gauchistes, meilleurs alliés du pouvoir (le vrai, pas celui qu’on élit), et les font descendre dans la rue pour leur faire rater un trimestre d’éducation.

Alors je fais partie de ceux qui, essayant d’avoir un brin de conscience politique pour protéger mon derrière (et pour le bien de ce pays, malgré mon absence totale d’attachement à lui), auraient tant voulu que les émeutes de 2005 soient d’une autre ampleur, d’un niveau quasi-révolutionnaire. Car ce pétard mouillé n’aura finalement servi qu’à faire prendre conscience nos fameuses élites dirigeantes, les « marionettistes » de la France, que ces gens sont effectivement potentiellement dangereux pour leurs intérêts, et qu’il faut donc passer à la phase 2 du plan.

Aussi ne devrait-on pas s’étonner dans les années qui viennent de voir de plus en plus de « banlieusards » promus « miracle social » par les médias, et coqueluche des français[4]. Cela commencera (et ca a déjà commencé) par le milieu du spectacle, avant de se répartir dans les affaires (dirigeants d’entreprises du CAC40) puis dans la politique. Car quand la politique d’un grand pays s’apparente en fait à être le cheval du grand Jockey Capitalisme, il n’y a plus aucune barrière à ce qu’un noir, ou un arabe, ou une femme au service de la « Cause » ne devienne président en France en 2017. Encore une fois, regardez les Etats-Unis…

Description du « on »

Le « On » c’est le reste aussi hétéroclite qu’il soit, c’est le peuple, moteur de la force productrice, créateur opérationnel de la valeur. Ce sont les anciens exploités qui le sont aujourd’hui avec plaisir et consentement. Le « on » c’est tous ces moutons humains que nous sommes, victimes de notre conscience limitée, de notre individualisme, de notre besoin de sécurité, et de nos dépendances matérielles si jouissives. Nous sommes la pièce s’emboitant parfaitement avec le « ils », la pièce qui n’attend rien, et qui est bien heureuse que les détenteurs du pouvoir fassent de nous ce dont ils ont besoin pour rester au pouvoir et toujours s’enrichir sur notre dos. L’illusion du confort minimal dans laquelle nous baignons masque les différences odieuses de richesses qui ne peuvent être justifiée par le travail et le mérite, elles sont justifiées par la naissance et son injustice. Cette illusion est garante de la paix civile. Il en faut peu pour nous calmer: un toit, un crédit, un salaire minable, deux jours sur sept pour pouvoir apprécier la vie, un gentil toutou, sans oublier les vacances tellement attendues que ça en devient stressant. La vie est belle hein?

D’ailleurs les « ils » sont comme nous, la seule chose qui les différencie de nous est la détention du pouvoir, et aux vues de l’histoire je serais tenté de dire que si on changeait les rôles, rien ne changerait, les « ils » sont tout aussi victimes de leur condition de leur subjectivité, et de leur intelligence. Ils sont seulement nés du bon coté la barrière, celui des privilégiés matériels et décisionnels, celui qui les place dans la vie quotidienne au dessus de leurs semblables. Les « ils » sont tout aussi faibles face à leurs vulgaires désirs et leur cupidité, mais à une échelle différente. Leur action doit être jugée plus durement car elle pèse lourd, tant au niveau humain qu’au niveau écologique et capitaliste, voila pourquoi Pasdeschiffons s’attaque à eux, même si à leur place nous ferions peut être la même chose. L’avenir nous le dira… Si oui alors nous sommes tous les mêmes, le vécu ne nous différencie pas, et l’organisation humaine en société ne peut se faire sans exploitation de l’autre, sans inégalités utilisées, et sans injustice inhérente et nécessaire. On pourra donc affirmer que la société dans laquelle on vit est la forme ultime et optimale de ce que peuvent faire les hommes. Quel gachis.

Le « on » représente donc les moutons que nous sommes, qui ne demandent qu’à être guidés, et ce même vers le précipice. La seule condition que l’on exige, c’est de garder nos illusions et de satisfaire nos pathétiques désirs. Il en faut peu pour nous asservir. ‘Ils’ l’ont bien compris.

Le parasite et Lashoz

Notes

[1] sans parler des « séries spéciales », comble de la connerie… je me rappelle même d’une Peugeot série spéciale Wanadoo…

[2] qui ont la plus forte propension à se copier les uns les autres

[3] désolé si je parle d’« arabes » et pas de « beurs », j’ai prêté serment de haine à l’égard de « Salamalekh Bounty » et comparses

[4] note : si les media voulaient faire passer Emile Louis pour le personnage préféré des français, je crois que par une série d’entourloupes dont ils ont l’habitude, ils le pourraient


15
oct 07

Touche pas à mon ADN, L’opposition du 21ème siècle

Sarko peut dormir tranquille. La gauche est morte, et continue de creuser son trou. La gauche d’aujourd’hui, c’est la gauche bobo, cette gauche show-biz qui ne joue pas son rôle d’opposition. Et pour cause, comment s’opposer quand on est d’accord sur tout ? La gauche du 21ème siècle ne peut pas s’opposer à la droite, puisqu’elle suit une ligne politique parfaitement similaire : entre renforcement du rôle régalien de l’état, hyper-libéralisation des échanges de marchandises et de capitaux, valorisation des communautarismes et de l’Union Européenne, rien ne différencie plus la gauche de la droite. Rien, à part que la gauche bobo, c’est la droite sans les valeurs historiques de la bourgeoisie conservatrice française[1]. Cette gauche qui se focalise donc sur les petits problèmes sociétaux pour garder une présence médiatique sans pour autant risquer de froisser le gouvernement qui lui donne à boire et à manger.

Dernière mascarade en date, Touche pas à mon ADN, sans doute une des plus grosses foutaises de l’histoire politique française, à l’heure où le scandale des délits d’initiés de Lagardère dans l’affaire EADS prouve à qui l’ignorait encore que Sarkozy, ami intime de Lagardère, trempe de façon évidente dans des malversations financières tout en continuant de tabasser au sol Villepin le mourant. Une initiative risible sur un sujet parfaitement inutile, mais qui présente l’avantage d’être totalement inoffensif pour le gouvernement en place, une fausse révolte de plus dans laquelle les marionnettes sont toujours les mêmes : les jeunes et le show-biz, des marionnettes qui mettent tout ça en musique.

Car, comme à chaque fois dans ces cas là, la gauche nous sert sa recette habituelle : un concert géant facon kermesse saucisse-merguez-moutarde, des interventions d’acteurs de seconde zone la larme à l’œil, saupoudrées de bonnes paroles issus des chiottes de la culture, facon BHL, le caméléon permanent dont le but est de maximiser ses apparitions télévisuelles à chaque sorti d’une nouvelle fiente écrite par un de ses nègres sous-payés. Et comme il faut toujours un enculeur et un enculé, ces rebelles sans cause se produisent devant un public symbole de la dépolitisation absolue des classes moyennes françaises : les jeunes et les bobos, dont les seules préoccupations d’ensemble concernent les choses très concrètes, ce qui constitue un prolongement politique logique de la réduction psychologiste qui a envahit toute la société du tertiaire, elle même conséquence de la féminisation globale des esprit (largement renforcée par les media). Dans cette orgie malsaine, on utilise les associations satellitaires du PS en guise de vaseline, puisqu’il y a encore des gens assez stupides pour penser que Touche pas à mon Pote ou Mi pute Mi soumise sont des mouvements qui représentent les intérêt d’une quelconque classe défavorisée[2].

Pour être tout à fait clair, la gauche n’a aujourd’hui plus aucun intérêt idéologique ni stratégique à s’opposer à la droite dans les mesures qui font de la France ce qu’elle sera demain, et ce, d’autant moins que ‘grâce’ à Machiavel-Sarkozy, ils sont eux-mêmes les responsables directs de cette politique, puisque eux-mêmes au gouvernement. Coincés de tous les côtés, ils se retrouvent comme deux bandes rivales qui n’ont plus de points réels de discorde mais qui doivent tenir leur réputation et trouver des excuses pour se taper dessus : ils se rebellent faussement contre des mesures de pacotille médiatiquement symboliques[3]. Et pour donner une ampleur médiatique maximale à cette supercherie, ces rebelles du Dimanche jouent avec l’allié typique de celui qui n’a plus d’idées : le show biz, toute cette vase puante culturo-mondaine qui pollue l’intégralité des plateaux de télévision et radio sous couvert de débat afin de vendre du sous-produit bâclé. Et, chance pour eux, les culturo-mondains en galère, il y en a un paquet. De quoi ravir des jeunes désespérés de trouver une cause avec laquelle parfumer leur vie de bourgeois nanti à l’assiette pleine.

Nous arrivons donc à une démocratie de façade sans aucun garde fou, sans régulateur, où tout le monde copule avec tout le monde, ne conteste plus rien, s’engouffre tous dans le trou du cul du capitalisme, pour faire jouir ses tenanciers, ses propriétaires fonciers qui lui font la pluie et le beau temps, un système permissif et laxiste que les bobos incultes et les jeunes dépolitisés trouvent ‘super cool’, arrivant même à citer un salopard comme Pasqua en modèle moral, bien loin de se rappeler les trafics d’armes vers l’Angola et la carrière de ce bandit psychopathe qui a tenu si longtemps le RPR par les couilles. Bref, une amnésie généralisée permise par la lobotomie de la politique-showbiz, qui correspond parfaitement à la soupe que sont prête à recevoir chaque jour les français, bien préparés en cela par les media décadents. Des centaines de milliers de personnes qui s’emmerdent suffisamment dans cette vie sans morale et sans but pour passer leur Dimanche à croire que d’aller voir un concert en mangeant un sandwich constitue une véritable action de résistance. Une génération dans le coma.

Parasite

ps: la liste des culturo-mondains décadents sur le site de la mascarade

Notes

[1] une droite des valeurs qui elle-même n’existe plus depuis la perte de morale déguisée sous le nom de « droite décomplexée », soit le droit de jouir du libéralisme capitaliste sans en assumer les inconvénients

[2] il n’y a qu’un bobo pour croire que l’entrée en boite de nuit est une préoccupation importante pour un jeune de cité qui n’a de toute facon pas 15 euros à mettre pour se prendre des vents méprisants par une pouffiasse bourgeoise

[3] les contrôles ADN sont en place dans un nombre incalculable de pays, et la disposition française prévoit qu’elle ne s’applique que pour les volontaires. En bref, ne croyez-vous pas que l’opposition devrait avoir d’autres priorités ?


27
sept 07

La notion d’espérance

L’espérance nous fait courir, nous fait sourir et nous fait tenir, son absence nous fait douter et peut même nous faire mourir. Parce qu’être heureux n’est qu’une impression, une perception, un sentiment, comme celui d’exister, basé sur ce que nous pensons qui va nous arriver et pas sur ce que nous vivons effectivement.

L’espèce l’a bien compris, si bien que dans son lien le plus concret à l’être, la religion, elle a formé des structures entretenant l’espérance. C’est pourquoi, plus on approche de la désespérance, plus on s’accroche à Dieu, à un salut surhumain, au Paradis ou au pardon, comme pour donner un sens à notre existence, qui n’en a aucun sans perspective de futur heureuse.

L’espérance nous enveloppe, nous propulse autant qu’elle nous déprime, et celui qui ne croit pas en Dieu la cherche dans ses substituts : les autres humains, la télévision, etc…

La télévision depuis 7-8 ans est étroitement reliée à l’espérance. Après avoir promu et développé des modèles de rêve et de réussite à suivre pour toutes les jeunes âmes perdues (en fait pour développer des complexes d’infériorité visant à faire acheter les produits faits pour les gommer), elle a produit des émissions qui permettent à cette même victime d’espérer entrer dans cette caste secrète de l’apparence. Loft Story, Star Academy, Nouvelle star, etc… Toutes ces émissions n’existent et ne rencontrent du succès que grâce l’espérance de ces dizaines de milliers de personnes qui font la queue au casting dans le but de donner un sens à leur futur, parce que se penser dans 5 ans star jet-setteuse puante qui gagne des millions en trémoussant son derrière semble plus sexy que de se voir tel qu’on sera vraiment, toujours coiffeuse, toujours boucher, toujours caissière…

La télé utilise cette espérance en transformant la star accessible en destin atteignable, renforcant encore son respect et admiration pour la star accessible qui sort de ces sélections atteignables, un respect qui augmente son envie de s’en approcher, et qui développe donc 1/ sa réceptivité aux produits de consommation lés, et 2/ son parasitisme, soit cette glorification du vide existentiel sur lequel se fonde la société du spectacle. Un parasitisme qui mène encore et toujours à la réduction de pensée, qui fait que nos chers compatriotes soient si nombreux à aduler notre cher président, non pas parce qu’il a augmenté leur niveau de vie et sorti leur famille du chômage, mais parce qu’il fait des footings et affiche sa pétasse de femme fièrement, comme un acteur ou un chanteur américain. Entre Sarkozy, le footing, le rêve atteignable, la démystification, l’identification, et l’espérance, il y a définitivement ressemblance troublante de méthode entre Endemol et notre cher Président.

La télé ne marche cependant pas pour tout le monde. Pour un RMIste du nord de la France, pull Brice 1994 sur les épaules, Gitane maïs à la bouche et visage marqué, l’espérance de célébrité par le physique est un peu compromise. Alors il y a l’espérance de sortir de sa misère sociale par l’argent. D’où le PMU, d’où les jeux de grattage, d’où Euromillions, espérance de sortir de sa vie de merde qui fait se frotter les mains depuis plusieurs décennies du côté du ministère des Finances.

Et puis il y a l’espérance humaine, soit cette réaction mathématique de chaque humain vis-à-vis d’une potentielle amélioration de ses perspectives futures. On cherche tous à rencontrer des personnes qui nous changent de voie, nous propulsent, nous font sauter des échelons. S’il y a 48 lois du pouvoir selon Robert Greene, il n’y en a pour moi qu’une seule de valable. Si on connaît les motifs d’espérance d’une personne, on en fait à peu près ce que l’on veut.

La séduction est évidemment basée sur ce principe, puisqu’inconsciemment, si on arrive à déclencher le bon facteur d’espérance, on devient vite indispensable à la personne. Dans un pays sous-développé, l’espérance n’est pas à chercher loin, elle est même inscrite sur votre visage de blanc, c’est votre argent. Et pas besoin de chercher midi à quatorze heures, plus c’est gros et plus ca marche. En occident, c’est différent. On doit faire espérer subtilemet. Voyager régulierement entre New York et Paris pour la bonniche de Goussainville, avoir des amis hauts placés chez Jean-Paul Gauthier ou Zadig et Voltaire pour la bobo pétasse en devenir, être chef d’entreprise en croissance pour la jeune chômeuse, avoir son 50m² en plein Paris pour celle qui overdose de vivre chez papa-maman, etc… La, plus c’est fin plus ca marche. Le but étant de générer cette espérance pour avoir un passe VIP dans sa vie, et développer ensuite l’attraction nécessaire pour qu’elle soit heureuse non pas de ces potentialités, mais simplement de vous avoir dans sa vie. Comme pour les politiques, elle oubliera très vite les promesses non tenues.

L’espérance, celle qui nous fait tenir, celle qui nous fait faire des choses bien pour que la personne qu’on aime et qui nous regarde de haut soit fière, l’espérance de la rejoindre un jour la tête haute, l’espérance feu de paille des médecins avec les familles des malades, l’espérance foireuse des recherches médicales qui n’aboutissent sur rien (pas parce que les chercheurs sont mauvais, mais parce qu’un vaccin rapporte moins que les médicaments), l’espérance comme autant de raisons de ne pas voir la réalité en face, puisque nous sommes des autruches fuyantes et qu’une espérance en chasse une autre, notre bouclier à l’autodestruction, celle qui nous guette tous si on se rend compte de ce qu’on est vraiment.


22
juin 07

Temps nécessaire à l’évaluation du changement

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Combien de temps nécessite un changement?

Comment mesurer les effets d’une réforme si l’adversaire politique ne fait que détruire ce choix et si le peuple est impatient ?

Alors que le long terme est de rigueur, tout le monde demande des résultats rapidement, trés rapidement, chaque nouveau gouvernement remet des couches, avorte, efface et recommence. Les lois se superposent, les réformes se contredisent et l’évolution sociétale avance d’un pas, recule de deux, avance de trois pas , recule d’un…


23
avr 07

Le bal des rabatteurs

Je les vois défiler, un par un, pas abasourdis pour un sou, apparemment satisfaits, balancer une courte intervention souvent floue et confuse, et annoncer la nouvelle, l’air de rien, comme si c’était une bonne chose, avant de s’effacer. Je parle des rabatteurs, ceux qui ont confirmé ce soir à 200% ce que je pensais de la politique. Des partis en miettes, idéologie vendue, dépouillés d’électorat après s’être pendant des années moqué de leurs électeurs, et aujourd’hui à la solde de la machine politico financière qui les manipule. Pas fâchée la Marie-Georges, de voir le PCF en lambeaux (et avec lui, toute la force syndicale et progressiste, moteur des avancées sociales de ce pays… laissant le socialisme aux bobos et aux gays parisiens). Plutôt souriante l’Arlette, de voir que le terreau ouvrier se trouve aujourd’hui bien plus captivé par des notions d’individualisme exacerbé, couplé à une protection xénophobe épidermique d’un Le Pen ou de son sosie délavé. Contents Besancenot, Voynet, exécutant avec joie et comme à la parade la dernière partie de leur contrat, en se moquant éperdument de la conviction avec laquelle ces centaines de milliers, ses millions de personnes ont voté pour eux, un peu plus tôt dans la journée en pensant effectivement défendre un projet de société. Radieux de Villiers, qui a rempli son contrat de récupération des voix les plus radicales de Jean-Marie. (celles qui étaient passées entre les mailles du filet Sarkozien) Enervée Marine Le Pen, que l’UMP ait repris « le positionnement » (sic) de son papa.

Et les gens qui font la fête… Hallucinante propension qu’ont ces gens à se réjouir de rien, pour compenser le vide sidéral de leur vie. Des jeunes qui dansent… enfin, des jeunes en pull Zadig&Voltaire, au dessus de leur chemise en soie, stéréotypes du 16ème et du 17ème, pas foutus de comprendre une équation à deux inconnues en cours, donc encore moins à-même de comprendre leur rôle de pion dans ce jeu d’échec de pouvoir et de communication. Des femmes voilées qui crient « Ségolène présidente », des gens qui espèrent, comme ils espéraient en 1995, la première élection où la joie des gens pour de la politique m’avait choquée. Tant de désillusions sont passées en 12 ans, tant de complaintes et de manifs, tant de lois passées de force, tant d’abus démocratiques, tant de déclarations accusatrices à la machine à café ou aux dîners de famille, mais ce soir, les gens font la fête. Une fête qui ne dure qu’un temps. Le temps de se sentir concerné par cette appartenance communautaire, qui n’est au final qu’une appartenance à une case marketing. Une fois le segment exploité, il s’autodétruira, comme le message de mission impossible, et comme le programme politique de leur chouchou d’un soir. Autodestruction d’un projet de société, désatomisation de segments marketing que 4 millions d’électeurs viennent de vivre en direct à la télé.

« Individu consommable, mis dans des cases inflexibles
Et si je brise les chaînes invisibles des identités hybrides
La complexité sera ma résistance, mon fond de commerce
Cela fera de moi un mauvais commercial mais un homme libre » (Rocé)


2
avr 07

De la mort annoncée du Graffiti

Mort annoncée du Graffiti

Je me plais souvent à penser que j’ai eu la chance d’être présent lors de la naissance d’un mouvement artistique à part entière, de l’avoir suivi dès le départ, d’avoir connu ses acteurs, de l’avoir vécu de l’intérieur, puis d’avoir pris du recul du haut de mon sémaphore. Le graffiti m’a toujours fasciné en cela qu’il utilise le même mécanisme que la publicité, à des fins totalement contraires. Imposer l’œuvre (ou le tag) à la vue du passant, sans que celui-ci ait fait de démarche active pour le voir, voila de quoi rendre jaloux Jacques Séguéla. Seulement, là où la publicité cherche à éveiller le désir d’existence par la possession de l’objet; le graffiti n’a rien à vendre, juste à divertir visuellement où à montrer un signe d’existence, un rappel à la violente réalité pour ceux qui en sont coupés (j’aime voir la tête des passagers touristo/businessmen du RER B à destination de l’aéroport CDG à la vue de tous ces graffs). Dès le début, le graffiti a donc deux visages : celui qui émerveille et plait à quiconque est sensible à la beauté artistique, et un autre qui choque, déplait et enrage le concitoyen, en lui procurant un vif sentiment d’insécurité et d’inconfort lié à la proximité d’un délabrement (graffiti vandal). Face à un ennemi qui utilise les mêmes armes que vous, la meilleure solution est d’en faire un allié. Les géants du marketing allaient en faire un leitmotiv.

Diviser pour mieux regner

La politique étant toujours la meilleure amie du marketing (principalement pour avoir repris toutes ses pratiques – segmentation, calcul de rentabilité des segments, ciblage, positionnement…), le tournant du graffiti est d’abord un tournant légal. Nous sommes à la fin des années 90. La mairie de Paris, à la tête duquel se pavane un escroc, fleuron de l’énarchie corrompue francaise, Jean Tibéri (qui, rappelons-le, a été élu avec des voix de parisiens décédés), décide de « faire comme les américains » et de mettre en place une tolérence zéro Giulianesque à l’égard du graffiti. La consigne est claire : chaque tag posé dans la nuit devra être effacé dès le lendemain matin. Par ailleurs, chaque auteur de tag comparaîtra en référé et pourra être puni jusqu’à la prison ferme. Le but est clair : décourager les taggeurs les plus enragés et les plus endurcis, qui vont progressivement abandonner le capitale pour faire parler les bombes dans les communes du PCF et de la gauche bobo, bien moins disposées à réprimer cette communauté composée entre autres d’artistes, fer de lance de la prédominance bobo sur certains quartiers (et source de militantisme indispensable, les ouvriers ayant compris depuis longtemps que cette nouvelle gauche pédante n’avait rien à leur apporter, et ces bourgeois ayant eux de l’énergie a revendre… l’énergie nécessaire au rachat de leur conscience de parasite).

Dans leur hypocrisie malsaine, cette gauche démagogique (dont la gauche parisienne delanoësque post 2001) va créer une variante historique, en séparant le graffiti artistique du graffiti vandal, et en appliquant un traitement différencié entre les deux. Elle allait appliquer le principe machiavélique le plus connu : diviser pour mieux régner. Ce coup de génie avait plusieurs avantages :

  • premièrement, si le graffiti avait été entièrement interdit et réprimé partout en Ile-de-France, c’est le graffiti artistique (plus long à faire donc plus exposé à l’arrestation, moins engagé car plus artistique) qui aurait disparu pour laisser sa place à un graffiti vandal exacerbé, beaucoup plus violent et beaucoup plus dur à effacer (arrivée de l’acide, de la teinture chimique, des gravures, des tags au kärcher…), on serait donc arrivé à l’inverse du but escompté.
  • Deuxièmement, la gauche bobo, prisonnière dans son rôle démagogique et toujours prête à soigner un cliché, évite ainsi de passer pour liberticide. « Graffeurs, exprimez vous !!…. mais avec de belles couleurs ».
  • Troisièmement, en légalisant plus ou moins une partie du graffiti, elle allait réussir l’exploit de créer des clivages et des rivalités au sein même du mouvement (meilleure façon de lui vider son âme). La guerre vandal vs légal avait commencé.
  • Quatrièmement, qui dit légaliser une partie du graffiti dit la canaliser, mieux la contrôler (dans ses emplacements, dans ses méthodes, dans ses messages).
  • Enfin, cinquièmement, en donnant les prédispositions au mouvement pour qu’il perde son coté revendicatif, on le met dans les meilleurs dispositions pour qu’il soit récupéré par le marketing, et donc, par la consommation. Cela permet donc à l’état de taxer (via la TVA) le graffiti qui jusque là était uniquement un centre de coûts pour l’administration.

Chronique d’une mort annoncée :

Canaliser le graffiti

Recherchant les synergies, les mairies bobos (PCF en tête de file) ont vite réalisé que le meilleur moyen pour à la fois canaliser le mouvement (contrôler son apparition), vider son coté revendicatif et taxer au passage ce centre de couts historique était une marchandisation de ses œuvres. En effet, comment créer une plus grande rivalité dans un milieu « underground » par nature qu’en en extrayant des élites qui allaient bénéficier d’honneurs, privlèges et argent pendant que l’autre continue à vivre dans le mépris, la crainte et la répression ?

C’est ainsi que les premières galeries d’art graffiti sont apparues, dans des lofts du marais largement subventionnés par la mairie homosexuelle du 4ème et de Paris. C’était la première étape vers la déchéance : quand un capitaliste véreux, reconverti mystérieusement dans l’art à 35 ans, décide de jouer les mécènes en exposant un artiste pseudo contestataire, il y a forcément une histoire de commercialisation derrière. Et comme par magie, quelques mois après, naissait la première collection graffiti d’Agnès B, avec la griffe des mêmes graffeurs largement exposés à cette époque… Vente de toiles, vente de vêtements, l’état s’y retrouve, le graffeur, qui doit nourrir sa famille et si possible avec l’argent de sa passion (on le comprend) s’y retrouve et remise au garage autant que possible sa tenue de combat pour celle d’artiste shooté – pseudo-businessman.

L’exemple d’O’Clock

Million dollar Vandal

Le vandal le plus émérite de l’histoire du graffiti français est sans trop de doutes O’Clock. Rares sont les gens, intéressés ou non par le graffiti, qui ne se souviennent pas d’avoir un jour croisé la route de ce lettrage arrondi si particulier, si harmonieux. Chacun en garde une interprétation spécifique en rapport à sa sensibilité et son appartenance sociale, mais nul n’y est insensible. O’Clock était l’archétype du taggeur « pur » : il s’attaquait à tous les supports (mur, train, métro, toit, autoroute, poubelle, monument, etc…), ne faisait que du tag, du flop ou du chrome (l’art du vandal), bombait en dehors de la région parisienne, et même en dehors de nos frontières (Belgique, Pays-Bas, Angleterre, Etats-Unis, etc…). C’est d’ailleurs à New-York qu’il se fait finalement arrêté, libéré quelques temps après grâce au paiement de la caution par… Agnès B. Miracle, depuis son retour en France, O’Clock a arrêté le vandal et continue d’exprimer son talent en terrain…et sur les t-shirts de la camée la plus célèbre du Marais. Là où la police a toujours échoué, le marketing a réussi.

L’exemple de la RATP

S’il est un symbole de la lutte anti-graffiti, c’est bien la RATP. Depuis cette fameuse nuit ou la station Louvre Rivoli (comme on peut s’en douter, une « punition » en station du Vert Galant eût fait bien moins d’éclat) largement relayée par les journaux, cette entreprise n’a cessé de faire la chasse au graffiti. En effet, elle qui fait une majorité de son chiffre d’affaire avec la publicité, doit veiller à maintenir la réception de son lavage de cerveau message intact en conservant ses espaces libres de toute communication parasite. C’est d’ailleurs contractuel, puisqu’une équipe dédiée est même chargée de mettre des bouts de papier blancs sur les tags, même si cela doit défigurer encore plus l’affiche que le tag incriminé. Et bien cette même RATP, voulant prendre à sa source la pandémie des tags sur ses trains et dans ses stations a été un symbole des politiques décrites au dessus : répression sans demi-mesure pour les taggeurs de trains (prison), les taggeurs de tunnels (brigade d’intervention GPSR, ex Suze, port d’arme autorisé) et les taggeurs d’affiches (là aussi, fortes amendes voire prison), puis ambivalence démagogique avec la mise à disposition de panneaux publicitaires vierges d’expression dite libre (dites bonjour à la caméra et au fichage des RG), ou comment tenter de restreindre le graffiti à quelques 4 par 3 markétés comme une preuve d’amour et de respect pour les graffeurs pour enrayer un fléau économique pour la filiale publicitaire MétroBus. Deuxième tentative de démagogie absolue : le concours Write your Map, certainement monté à la hâte par un stagiaire d’école de commerce tellement c’est grossier. Oubliez l’image du flic RATP, ennemi absolu du taggeur francilien… l’entreprise se veut amie du graffiti, et sponsorise depuis nombre d’expositions liées au graffiti, au breakdance ou au rap. Diviser pour mieux régner, séduire pour mieux planter. En attendant, je n’ai jamais vu aussi peu de tags dans le métro que depuis 1 an et demi.

La tartufferie festivalière, et l’opération séduction de la ménagère

Conscients de tenir le bon filon pour enrayer le fléau, les mairies bobos vont joindre l’utile à l’agréable en renforçant leur popularité auprès des jeunes. Cet élément est extrêmement important pour comprendre ce qu’est devenu aujourd’hui le graffiti : elles vont s’allier au graffiti pour bénéficier de son image et sa réputation, exactement comme le « co-branding » en publicité [1]. Le co-branding à la Everbecq (maire de Bagnolet), c’était autoriser un gros rassemblement de graffiti artistico-marketingo-légal en association avec des gentils graffeurs pour faire cool, faire rebelle (on est communistes quoi, merde !) et faire tolérant. Le festival Kosmopolite était né. Premier festival de graffiti international sur le sol francais, sponsorisé entre autres par la Mairie de Bagnolet et… une marque de sac à dos.

Elever une élite pour enrager la masse, créer des tensions pour créer des classes. Elever des élites en modèles pour les enfants, des idoles instrumentalisées d’une génération rebelle sans cause. On apprend le graffiti dans des associations subventionnées (mais le graffiti des gentils, vous l’aurez compris), on l’expose dans des écoles de commerce (ca resservira quand Charles-Henri entrera chez Publicis), la mairie homosexuelle de Paris reprend la formule magique en promouvant un groupe de graffeurs : graffiti sur les quais de scène pendant Paris Plage, graffiti devant l’hotel de Ville « contre la guerre en Iraq »(retour de la subversion Canal+), etc… Ce même groupe de graffeurs a accès au Cirque d’Hiver pour une représentation live [2] et, après avoir fait rêver les consommateurs grégaires et écervelés de sacs à dos américains dans tous les lycées de France, ils font alors rêver les gosses de 5 à 7 ans, emmenés par papa-maman néobobo du 11ème, et les divertissent au même titre que jadis les tigres et les éléphants. Pour couronner le tout, le même groupe de graffeurs accepte de faire de jolies toiles pour le Téléthon 2001. A coté de ca, l’opération dédiabolisation du FN est un amuse-gueule.

La machine est lancée.

La subversion au service de la consommation

Voici la machine marketing en marche. Par mimétisme, le monde de la publicité se rend compte de ce nouvel ex-art de subversion, et veut à tout prix faire bénéficier ses clients de son cocktail détonnant [3]. Alors la déferlente s’abat : Mercedes-Benz (!) utilise des tags pour rajeunir son image, avant qu’une banque par téléphone utilise un environnement graffiti en guise de fond pour son affiche, et des centaines d’autres publicités suivent… Les univers les plus contraires à ce qu’est le graffiti par essence l’utilisent et arrosent le milieu de capitaux, puisqu’il permet de vendre, grâce aux mairies qui se sont chargées de le rendre inoffensif aux yeux de la ménagère, voire gentiment inconventionnel.

Génération custom, génération Banania

Happée par l’enthousiaste utilisation du graffiti par les grandes agences, dopée par l’enthousiasme et l’avidité de ceux qui défendaient encore quelques années plus tôt son côté subversif et incorruptible, une vague consumériste se développe dès lors, prenant corps dans une fashionerie extravagante et prenant essence dans une fascination pour l’interdit, l’inconnu, l’exotique qui rappelle les pires clichés néocoloniaux (génération banania). Désormais, le graffiti est à toutes les sauces, sous l’appellation hideuse de « street fashion » : la paire de Nike customisée, la planche de skate graffée, le modele Eastpack série limitée Daim, la montre Swatch… même le personnage en plastique qui s’appelle maintenant « Artoyz » est graffé, et il coute 350 euros chez Kidrobot, Lafayette St à New York… infection généralisée largement favorisée par les media, toujours là pour aider le message publicitaire à mieux passer. (le graffiti sur le plateau d’Ardisson était-il pour affirmer son identité, lui aussi, de pseudo-rebelle, ou pour mieux préparer ses consommateurs de téléspectateurs aux messages publicitaires ? Et que dire du plateau du Bigdil ?)

Le graffiti est mort.

Le graffiti est mort, car il a rompu totalement avec ce qu’il est par essence, pour devenir un objet strictement publicitaire, permettant de vendre des produits à une communauté d’acheteurs (segment, en marketing) autour de valeurs que les individus qui la composent pensent partager avec lui. Le graffiti est mort car les gens qui se prétendent être acteurs du graffiti n’en sont aujourd’hui que des pantins, au mieux artistes de galeries à la solde d’une marque de vêtements, au pire homme d’affaire véreux qui place ses billes dans les festivals graffiti comme hier dans l’achat d’action du NASDAQ. Le graffiti est mort parce que totalement canalisé par l’état et ses entreprises connexes (RATP, etc…) : il est cantonné à des lieux restreints invisibles à la population (donc contraire à son essence), souvent repoussé à la périphérie par la forte incitation que représente l’absence de mesure répressive s’il s’y contraint. Le graffiti est mort car les acteurs du graffiti marketing méprisent aujourd’hui le graffiti vandal, et le considèrent (à juste titre) comme une menace à la perception du graffiti par la population, et donc comme une menace directe à leur gagne-pain. Le graffiti est mort car les media se le sont appropriés dans l’unique but de malaxer un peu plus le cerveau de leurs auditeurs pour les préparer à ce nouvel outil publicitaire.

Le graffiti phénix…

Bien que méprisé, marginalisé, raillé et systématiquement rabaissé en comparaison à son rejeton mutant, le graffiti vandal, quoiqu’affaibli, sort renforcé de cette invasion ultra violente et ultra rapide du monde politico-capitaliste. Regonflé par la haine qu’il reçoit dans l’attente de la rendre encore plus fort, redoublé de haine par la frustration de voir les faux-frères du mouvement s’enrichir et les enfoncer, gonflé dans ses certitudes a-politiques et anticapitalistes, le vrai graffiti vandal est toujours vivant, incontrôlable et indéfinissable, imprévisible et sur-puissant, comme une armée éparses faite de groupuscules autonomes[4]. Agissant sur tous les supports, sous toutes les formes, y compris la forme artistique (et agissant ici comme premier acte de cassure de la scission créée par l’alliance des pouvoirs, et rendant cette forme d’autant plus dure à interdire), il continue son chemin, refusant de courber l’échine, et continue de manifester sa présence contestataire en faisant chier tout le monde sans rien demander à personne. Ses artistes insoumis sont là pour rappeler à qui veut l’entendre, que la rue n’est pas un concept à vendre, que le graffiti ne se regarde pas proactivement dans un musée, dans un magazine ou dans un champs isolé a 40km de Paris, mais que le graffiti se vit, se subit, ne se contrôle pas, il se déplace, ne peut s’éviter, bouge et respire, s’adapte et attaque… le graffiti est vivant.

Notes

[1] exemple de la fille en survêtement Adidas dans la pub iPod : chacune des deux marques bénéficie de l’image de l’autre

[2] quand on voit qu’il s’agit là du même cirque qui a abrité le fiasco spectacle d’Arthur, on comprend mieux que sa destinée est d’accueillir les clowns…

[3] rebelle attitude, subversion, mais dans un nouveau cadre de légalité qui lui laisse les pleins pouvoirs pour l’exploiter, avec le consentement de ses acteurs

[4] mais ne négligeons pas la variété des motivations chez les graffeurs


8
mar 07

Les Sauvages et la Mairie

A Bondy sur un rond-point placé en plein dans le ghetto, la mairie a fait preuve d’un humour qui laisse à désirer. Comme tout le monde le sait, dans les cités la population est à 80% issue de l’immigration. C’est sans doute ce qui a donné cette géniale idée à la mairie.

Dans le cadre d’un investissement qui a pour but de rénover «le cadre de vie» entendez par là «comment gaspiller de l’argent», la mairie a placé sur ce fameux rond-point des mannequins représentant des «sauvages» africains vêtus de peaux de léopard avec lances et boucliers (il manquait plus que la marmite et les os dans le nez). Pourquoi? Sans doute pour qu’on puisse se sentir chez nous, évidement, quel imbécile je fais !

Cette magnifique représentation nous rappelle nos pays si éloignés où l’on chasse encore pour manger. C’est de renommée notoire, on vit encore dans des tentes, et on utilise les chameaux pour aller faire les courses chez Acima[1]. J’y ai moi-même rencontré Rahan[2] et quelques dinosaures la dernière fois en cherchant une PlayStation dans le rayon informatique de cette enseigne avide de part de marché vierge. A Bamako on se bat encore avec des lions, et au Zaïre on extrait les diamants de la place Vendôme avec nos mains de sauvages. Tout le monde le sait ! Qu’est-ce qu’on rigole, on risque de s’étouffer à la mairie!

Habituellement ce genre d’investissement sert à refaire les façades, repeindre les passages cloutés, construire un toboggan, et encore tout un tas de mesures ridicules qui permettent de ne rien changer mise a part certaines apparences qu’on ne voit même pas. Mais quand il s’agit de subventionner ou de libérer des locaux inutilisés pour de réelles associations de terrains aux ambitions nobles et humanistes (soutien scolaire, aide aux personnes âgées, atelier d’écriture et de lecture, cellule d’information sur nos droits et nos devoirs de citoyens, aide documentaire et personalisée à la recherche d’emploi), on se heurte à des murs massifs administratifs et politiques capable de dissuader un bulldozer accompagné d’un tank armé d’une bombe nucléaire. Ah pardon je suis mauvaise langue, ça se débloque un peu et seulement dans les paroles pendant les périodes électorales, où l’on vient dans nos quartiers pour gratter nos voies à coups de promesses et grands sourires machiavéliques. On est pas des chiffons et encore moins du PQ…

Alors merci à la mairie de Bondy (et aux autres) pour cette attention si délicate. Etre plus insultant aurait été difficile.

Notes

[1] le nom des délocalisations Auchan au Maroc.

[2] l’homme préhistorique blond, beau et intelligent, il était déjà plus évolué que nous, pfff… l’image ci-dessus est éloquente.