Dans notre société où règne la rébellion Bisounours, l’insolence inoffensive, la critique politiquement correcte, le blabla chevaleresque, ou encore la prise de position profitable, j’observe et je constate que l’image du rebelle est exploitée, galvaudée et devient un argument mercantile quand ce n’est pas une ridicule tactique de drague.
Nous avons la chance de vivre dans l’époque dorée et dégoutante du RSC[1] « Rebelle Sans Cause ». Ils sont contre le système, ils critiquent notre génial capitalisme, ils parlent beaucoup de l’injustice, mais au fond pourquoi se battent-ils ? Quelle est leur cause ? Je crois deviner que la seule cause de leur combat-gagné-d’avance, c’est d’être un rebelle ou du moins le paraître aux yeux de tous. Quel noble combat ! Quel combat dangereux, et courageux! Le combat des grands gestes pour faire du vent, du crachat de poudre aux yeux du bout de la langue. Symbolique et paraboles, apparences et représentation, sophisme et comédies, je les fouetterais bien avec leur chaines invisibles qui les décrédibilisent à jamais. Ils sont prisonniers de leur rôles, esclaves du système comme nous tous, mais ce sont des trompeurs. Ils devraient être bâillonnés et avoir une obligation de résultat ou au moins de moyens. Vous l’aurez compris, je les porte dans mon coeur, et c’est avec une tendresse particulière que je crache à la gueule du super-héros qui dit combattre l’ordre établi, et se dorlote dans sont confort dés que les caméras sont éteintes. On veut tous de l’action, mais à quel prix ?
Quand le danger attaque ses valeurs et menace sa position dorée, le lâche demande aux autres le courage de ses opinions.
J’en ai finis avec eux, passons aux choses sérieuses…
L’argent et le confort nous ont volé toutes raisons de se révolter. L’immobilité de notre démocratie, les progrès en matière de justice sociale[2] et la reproduction sociale nous ont enlevé toutes causes qui mériteraient le sacrifice de nos vies. Nos vies ont trop de valeur, trop d’importance. Mon petit plaisir, mon train-train sécurisé vaut 100 fois plus que la mort d’enfants à 2000 kilomètres de chez moi, ou l’exploitation de ton grand-père sur les chemins de fers[3]. L’individualisme coupe à la racine les révoltes collectives. La soumission par l’oppression et les coups de bâtons ne sera jamais aussi efficace que la soumission par le plaisir. Nous en sommes la preuve, nous sommes les cobayes validant l’expérience.
Le meilleur moyen de changer les choses ce n’est surement pas de se révolter en criant fort et de s’afficher bêtement. Au contraire, c’est de pénétrer et d’utiliser les forces du système vainqueur pour le rendre meilleur. Vaste mission qui ne prend pas forcément la forme d’un combat et d’un sacrifice. Vaste mission qui ne se fait surement pas avec les mots, mais avec la hargne, la persévérance, la stratégie, et la discrétion. L’espoir fait vivre comme on dit, mais en attendant, on se fait tous chier, l’ennui c’est la vie. L’action réfléchie et redoutable au moins ça occupe. On ne peut pas combattre seul une armée en frontal. Il faut s’allier avec d’autres forces, ou se fondre en elle pour créer le dysfonctionnement interne.
Regardez les derniers mouvements sociaux et autre descente dans la rue du peuple français : Aujourd’hui, les révolutionnaires manifestent contre le changement ! Ils manifestent donc pour le maintien de la merde actuelle[4]. Moi je dis Bravo ! Notre cause ultime est de ne surtout pas évoluer et de garder nos petits privilèges minables: satisfaction de désirs quotidiens et personnels, vie relativement stable et sécurisée, sans oublier notre appétissant seuil de pauvreté.
La rébellion, la révolution c’est dans les films et les fantasmes. Nous sommes une génération qui ne peut pas se rebeller car rien n’est assez grave pour ça. L’Homme risque sa vie en dernier recours. Sinon ce n’est pas un homme, c’est un héros… ou un con. Les exceptions, les vrais révolutionnaires de notre époque sont des fous, des empathiques névrosés, des naïfs utopistes dont la seule faiblesse est d’être minoritaire et esseulés, ce sont des modèles qu’il faut intégrer et réadapter. Il n’y aura pas de changement sans ralliement sincère, donc il n’y aura pas de changement tant que nos conditions de vie seront « satisfaisantes ». Dans les pays développés nous avons trop de chose à perdre pour se rebeller, trop de confort, trop d’instruments d’oubli, trop de pilules gratuites faisant passer la souffrance de nos vies. Et quand on va vivre dans les pays sous-développés, on se rend vite compte que l’homme peut accepter beaucoup de brimades et d’injustices avant de s’organiser de se révolter. Il y a certes des avantages à vivre dans ces pays, avantages qui ne sont pas mesurables en PIB par tête, mais je constate que l’homme ne se regroupe qu’en dernier recours. Par nécessité ou pour l’appât du gain.
Je n’ai pourtant pas l’impression que l’on vit dans le meilleur des mondes. Je ne pense pas que nous avons atteint les limites de notre évolution, ni même les limites de l’amélioration sociétale et encore moins mondiale. Apparemment nous ne sommes pas faits pour atteindre nos limites et améliorer les choses. Nous sommes plutôt conditionnés pour s’assurer une vie paisible propice à la perpétuation de l’espèce même si celle-ci est loin de l’idéal et du sommet atteignable. Alors, notre monde moderne est ce qu’il se fait de mieux dans ce cas ! Félicitation, nous avons réussi, on peut dormir tranquille…
« Mourir pour des idées, l’idée est excellente, moi j’ai failli mourir de ne l’avoir pas eu… » (Georges Brassens)
Lashoz
Notes
[1] Rebel Sans Cause copyright Soral
[2] évidement on a encore une bonne marge de progression, mais on est plus au moyen âge
[3] chiffres tirés de l’institut supérieur de statistique Pasdeschiffons
[4] ce texte à été écrit en juin 2007, cependant je confirme aujourd’hui qu’il s’applique à la merde actuelle